Plan solaire : « Les grands groupes auront eux aussi besoin de tarifs garantis » [André Joffre]

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Trois questions à André Joffre, président de Tecsol, co-fondateur d’Enerplan –

GreenUnivers : EDF, Engie, Total, la grande distribution, l’armée, la SNCF vont participer au plan ministériel pour accélérer dans le solaire, présenté hier jeudi 28 juin. Total veut développer 10 GW dans les dix ans qui viennent. Pensez-vous que de la sorte, la France va enfin faire une « place au soleil » ?

André Joffre : Vous savez, nous n’avons eu que des petits pas depuis 2006. Cette fois, on voit que le gouvernement a décidé d’aller plus loin. Donc, il y a du progrès. Mais attention : pour concrétiser leurs annonces, tous ces grands groupes auront eux aussi besoin de tarifs garantis, et de terrains disponibles bien entendu. Pour le foncier, je pense que des surfaces vont se libérer, comme le montre la proposition de l’armée par exemple. En revanche, les grands énergéticiens sont loin d’être les mieux armés pour gagner les appels d’offres. Ils ont des exigences de rentabilité élevées.

GU : Vous pensez que Total aura du mal a remporter des projets ?

AJ : Des trois grands, Total est celui qui a le plus d’arguments. C’est un industriel en train de devenir un groupe solaire intégré, avec la fabrication de panneaux, les batteries, le développement de projets avec Quadran, la vente d’énergie via Direct Energie. Il va commencer à s’intéresser aux économies d’échelle, en particulier sur les approvisionnements et donc avoir un jour des marges de manœuvres lors des appels d’offres. En revanche, vous avez remarqué comme moi qu’EDF EN remporte peu de centrales au sol en France.

GU : L’autoconsommation bénéficie de nouvelles mesures, notamment sur la maille réseau, la libération du tiers financement, des appels à projets pour le collectif. C’est le top départ ?

AJ : Pas vraiment, mais c’est mieux que rien. La fiscalité des projets collectif reste floue, une éventuelle exonération de CSPE est semble-t-il reportée à la prochaine loi de finances. Je rappelle que l’incertitude fiscale est à l’origine de l’échec de l’appel d’offres autoconsommationL’acquis le plus intéressant ? C’est l’élargissement du périmètre d’autoconsommation collective à 1 km. Soit dit en passant, cela démontre a posteriori la faiblesse des arguments de la Commission de régulation de l’énergie, qui refusait d’aller en amont du transformateur. Mais du coup, je le demande tout de suite aux pouvoirs publics : pourquoi ne pas autoriser 2 kms et plus, puisque de toute façon le tarif d’utilisation du réseau n’est pas adapté ? Il est probable que tout cela sera encore revu dans un ou deux ans, sous l’influence de la nouvelle directive européenne  en particulier. Le pays continue à faire des petits pas, à perdre du temps, à empêcher les professionnels de miser à fond sur la convergence entre solaire et digital, qui va être le moteur de l’autoconsommation.

Une conférence pour y voir plus clair
Cela tombe bien. Pile une semaine après la présentation du plan solaire gouvernemental, Tecsol organise le 5 juillet prochain un séminaire d’un journée à Paris sur « La nouvelle équation solaire », qui réunit trois thématiques : l’autoconsommation, le stockage et la mobilité – en particulier la relation PV-bornes de recharge. La thématique numérique sera aussi abordée, via la blockchain notamment. La conférence est à recommander, car elle donne la parole à des professionnels « pointus » dans leur domaine, parmi lesquels Nicolas Ott de BCM Energie (trading, négoce), Frédéric Letty, expert « smart grids » d’Enedis, David Arnaud, de Tesla, Pascal Richard, président d’AURA Digital Solairesur les collectivités, le solaire et le numérique –  et d’autres intervenants qualifiés, notamment sur les modèles économiques et les questions juridiques. Participeront aussi deux représentants des pouvoirs publics : Olivier David, sous-directeur à la DGEC, et Didier Lafaille, chef du département technique de la CRE, spécialiste de la mobilité et  et des réseaux intelligents.