Les grands groupes (se) font une « Place au soleil »

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(Crédit : Pixabay)

Le 28 juin 2018 fera peut-être date : le jour où l’énergie solaire a officiellement changé d’échelle en France. Réunis par Sébastien Lecornu au ministère de la Transition écologique et solidaire (MTES), les patrons d’EDF, Engie, Total et des principales enseignes de la grande distribution ont annoncé ou précisé de grands engagements. Lesquels correspondent à leur contribution au programme d’accélération préparé par le secrétaire d’Etat, baptisé « Place au soleil » et issu du groupe de travail solaire ministériel.  Mises à part ces contributions, le plan est lui-même des plus modestes, inversement proportionnel aux nouvelles ambitions des industriels, en quelque sorte.

10 GW pour Total

Patrick Pouyanné a ainsi promis que la major pétrolière qu’il préside développera 10 GW en 10 ans en France. Il annonce pour l’instant 600 MW à installer, via Quadran-Direct Energie et Total Solar. Total commencera par solariser massivement son propre foncier, en particulier la plupart de ses stations-services : « nous faisons moins qu’EDF mais nous irons plus vite », a commenté le dirigeant dans un sourire, en référence aux 30 GW annoncés en 2017 par l’électricien national pour 2035. Du coup, pour démontrer qu’EDF prend pour de bon le solaire français au sérieux, son président Jean-Bernard Lévy a livré un aperçu d ...

 modus operandi de départ : « Nous avons 100 MW à construire à court terme sur notre foncier. Pour commencer, nous allons couvrir d’ombrières photovoltaïques la totalité des parkings des centrales nucléaires. En plus de nos propres terrains, nous avons identifié 1 000 hectares, que nous étudions ».

Dans les années 2020, les objectifs cumulés des uns et des autres supposent de passer à plusieurs GW installés annuellement, sans doute autour de 5 GW. Pour rappel, 887 MW ont été raccordés en métropole l’an dernier ; entre 1,2 GW et 1,5 GW sont attendus en 2018. 

Les grandes surfaces vont se solariser

Au delà des énergéticiens, le MTES a aussi voulu sonner la mobilisation dans la grande distribution et a manifestement été entendu. « Nous répondons présents, en espérant que votre politique fera preuve de stabilité », a néanmoins prévenu Michel-Edouard Leclerc, en promettant d’équiper 500 000 m² d’ombrières de parking d’ici 2025, entre autres. Auchan, Carrefour, Casino – avec sa filiale GreenYellow qui a proposé hier soir ses services à tout le secteur -, Système U, Les Mousquetaires se sont aussi engagés à favoriser les projets solaires sur leurs magasins et parkings, pour plusieurs dizaines d’hectares respectivement, associés parfois avec des bornes de recharge pour les véhicules électriques.

L’armée propose 2 000 hectares

Mais le secteur public n’a pas voulu laisser aux grandes entreprises le monopole du nouvel enthousiasme. La SNCF, qui reconnaît son retard en la matière, a ainsi caractérisé 700 hectares à équiper et programme pour l’instant 100 hectares en 5 ans, dans dix sites déjà identifiés. Cela dit, l’annonce la plus spectaculaire revient aux Armées, qui vont allouer 2 000 hectares d’ici 2025 – sur les 270 000 occupés. Une mesure prévue depuis des mois mais dont l’application reste à préciser, en particulier sur l’organisation des appels d’offres et les quotas réservés ou non aux développeurs de taille moyenne. Interrogé sur le sujet par GreenUnivers, Sébastien Lecornu évoque seulement un mécanisme classique de tiers investisseur, qui sera précisé par le ministère des Armées.

Le soutien public en réduction 

L’ambition de ces « deals » passés avec les énergéticiens, les grandes surfaces et les grands détenteurs de foncier public met d’autant plus en relief la modestie des nouvelles aides accordés à la filière. A l’exception de l’autoconsommation, du solaire thermique et d’une mobilisation exceptionnelle pour l’Outremer (lire encadré), les demandes des organismes représentant la filière n’ont pas été retenues. Le guichet ouvert ne reviendra pas pour les projets sur toitures entre 100 et 500 kW . Même refus du MTES pour la régionalisation des appels d’offres dans l’Hexagone, pour soutenir les projets moins rentables du Nord et de l’Est : « Le marché a changé la donne. Nous n’avons pas besoin de « sur-administration » territoriale », affirme Sébastien Lecornu, qui attend que la filière démontre maintenant, dans tous les domaines et pour commencer dans l’Outremer, « sa capacité à faire ».

Un smal business act pour les PME ?

La formule n’a pas été des plus appréciées par les développeurs et producteurs de taille moyenne, pionniers du secteur. Ils se considèrent comme le parent pauvre du plan présenté hier et s’inquiètent aussi de leurs futures marges de manœuvre, face à l’offensive que préparent les grands groupes. Eric Scotto, président d’Akuo Energy, suggère un « smal business act pour les PME et ETI » et rappelle que sa société est en pointe dans la détection de nouveaux gisements, comme le solaire flottant ou les tuiles photovoltaïques. Même tonalité chez Daniel Bour, président du syndicat Enerplan et de la Générale du solaire. S’il estime que « le groupe de travail a tenu une partie de ses promesses » et salue la simplification des procédures – qui reste à vérifier sur le terrain -, il regrette le maintien des appels d’offres sur le segment 100 à 500 kW : « ce système centralisé par la Commission de régulation de l’énergie fait porter aux professionnels des surcoûts de développement disproportionnés et est inadapté pour des projets de petite taille ».

Les mesures clés
Parmi les 40 mesures présentées par le MTES et consultables ci-dessous, plusieurs dispositions concernent l’autoconsommation. La plus innovante élargit le périmètre d’autoconsommation collective à 1 km ; la fiscalité semble inchangée mais cela reste à confirmer. Le solaire thermique bénéficie de soutiens renforcés, en particulier un taux de chaleur renouvelable minimal dans les bâtiments neufs et une aide supplémentaire pour les chauffe-eaux solaires via le Crédit d’impôt pour la transition énergétique. Dans les zones non interconnectées, des appels d’offres pluriannuels vont être relancés dans chaque territoire, avec et sans stockage et pour l’autoconsommation. Sur ce dernier segment et comme en métropole, une prime à l’investissement et un tarif d’achat du surplus vont être mis en place. L’appel d’offres solaire dit « CRE4 » sur les toitures augmente de 50%. Une mesure qui encouragera un peu plus les projets dans l’agriculture – la moitié des dossiers lauréats. Celle-ci va aussi profiter de l’augmentation de 30% de volume des appels d’offres pour l’agrivoltaïsme.