Pourquoi le green bond de l’Etat français est bien parti

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Annoncée par François Hollande lors de la Conférence environnementale d’avril 2016, la toute première obligation verte émise par le Trésor français est imminente, sans doute pour fin janvier. Et l’émission se présente plutôt bien, si l’on en croit Axa Investment Managers (Axa IM), l’un des grands gestionnaires d’actifs mondiaux (700 Mds€ sous gestion), familier des green bonds et qui compte bien participer à la  souscription. « Nous estimons qu’il existe une vraie cohérence entre cette émission et la politique menée par le gouvernement français. L’obligation verte va aussi bénéficier d’un processus de sélection précis et indépendant », indique Jérôme Broustra, responsable de la gestion de taux d’Axa IM.

Une OAT mais en vert

Cet investisseur s’attend à une émission tournant autour de 10 Mds€, [am4show have=’g1;g2;g4′ user_error=’Please_Upgrade’ guest_error=’Please_Subscribe’]sans doute en plusieurs tranches, avec 5 Mds€ pour commencer dans quinze jours. C’est selon lui le bon moment pour émettre à bas coût, avant la remontée des taux que tout le monde prédit.

Le rendement justement ? Axa IM prévoit un taux comparable à celui des Obligations Assimilables au Trésor (OAT) classiques, soit 1,55% sur les maturités longues en ce moment. « La volonté de la direction du Trésor est d’insérer cette obligation verte parmi les OAT standards, avec la qualité de crédit de l’Etat français. Cette standardisation va sans doute contribuer fortement à l’essor du marché », estime Jérôme Broustra. Actuellement estimé à 160 Mds$ (150 Mds€) selon Axa IM, ce marché croît en moyenne de 50 Mds$ par an mais avec l’arrivée des émetteurs souverains, le marché pourrait, selon ce spécialiste, doubler voire tripler.

Passer le cap des élections

La maturité de ce produit inédit, du fait de la nature de l’émetteur souverain et du montant de la somme empruntée, sera longue. Une vingtaine d’années au bas mot, pour permettre de financer des projets de durées différentes et notamment les travaux d’efficacité énergétique, peu rentables à court terme pour l’instant.

Pour rassurer un peu plus les investisseurs, le Trésor ne fait pas entrer de nouvelles dépenses dans le champ de son obligation verte mais uniquement des projets déjà prévus au financement (transports « propres », bâtiments durables, biodiversité…). Cela dit, l’émission est aussi une manière pour le gouvernement actuel de sécuriser ces investissements verts, puisqu’un prochain gouvernement ne pourra pas remettre en cause le deal passé avec les investisseurs.

Axa pourrait participer jusqu’à 150 M€

Reste une seule vraie incertitude : l’obligation verte sera-t-elle aussi facilement échangeable sur le marché secondaire que les OAT conventionnelles ? « Tout dépendra de la nature et du comportement des investisseurs : s’ils sont surtout spécialisés dans les green bonds et souhaitent conserver leurs titres, la liquidité ne sera pas au rendez-vous. Ce qui freinerait la tendance actuelle à la standardisation des obligations vertes ».

Ce professionnel s’attend néanmoins à ce que le green bond de l’Etat français donne un fort coup d’accélérateur au marché. La raison est simple : tout le monde ou presque pourrait se montrer intéressé par des obligations vertes avec une bonne note de crédit et payées correctement. Pas seulement les usual suspects que sont les fonds spécialisés ISR (Investissement socialement responsable). Ainsi, Axa IM ne compte pas seulement souscrire à la fois via son fonds Axa WF Planet Bonds dédié. « Nos fonds standards devraient aussi participer », annonce Jérôme Broustra. Le groupe français prévoit de demander au moins plusieurs dizaines de millions d’euros et pourrait aller jusqu’à 150 M€. [/restrict-content]