Démarrage de la centrale solaire de Lieberose en Allemagne, avec 53 MW, un record

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lieberoseInaugurée cette semaine, la centrale allemande de Lieberose et ses 560.000 panneaux photovoltaïques est devenue l’une des deux plus grandes centrales solaires photovoltaïques en activité au monde.

C’est le fruit d’une alliance entre l’ambitieux installateur allemand de parcs éoliens et solaires, Juwi, et l’américain First Solar, devenu en quelques années premier fabricant américain de cellules solaires et numéro 3 mondial.

Installée au au sud de Berlin, dans l’ex-Allemagne de l’Est, elle a une puissance de 53 MW, et produit 53 millions de kilowatts-heure, de quoi alimenter 15.000 foyers. Elle couvre l’équivalent de 210 terrains de football (c’est-à-dire environ 100 hectares), sur un ancien terrain de manœuvre de l’Armée rouge. Sa construction a coûté 160 millions d’euros, un coût bien plus bas que les centrales construites les années précédentes.

Avec cette puissance, Lieberose gagne le premier rang mondial des centrales photovoltaïques en activité, en terme de puissance théorique, et le second en terme de production d’électricité réelle.

Le record revenait jusqu’ici à la centrale portugaise d’Amareleja, ouverte en début d’année à Moura, à 150 km au sud de Lisbonne, et opérée par le groupe espagnol Acciona Energy, d’une puissance théorique de 46 MW mais qui produit 93 millions de de kilowatts-heure, grâce à l’ensoleillement très supérieur du Portugal par rapport à l’Allemagne. Elle doit être agrandie à 64 MW en 2010. (Voir notre Repère : les plus grands projets photovoltaïques au monde). En avril, le japonais Mitsubishi en a racheté 34%.

Il est très intéressant de comparer ces deux centrales, ouvertes à quelques mois d’écarts : un coût divisé par deux et une toute autre technologie.

La centrale portugaise a coûté bien plus cher que la centrale allemande — 261 millions d’euros –, l’illustration de la dégringolade des prix du solaire ces derniers mois, notamment des coûts des cellules fournies par First Solar, l’un des fournisseurs les moins chers du marché, qui a réussi le premier en début d’année à descendre son coût de production sous 1 dollar par watt.

Le coût du watt installé pour la centrale portugaise était donc de 5,6 euros, contre 3 euros pour la centrale allemande, presque deux fois plus. Mais en raison de la différence d’ensoleillement des deux régions, le coût du kilowatt-heure produit est quasiment identique dans les deux cas ! Bref, la baisse des coûts des panneaux a rendu possible de créer des centrales solaires en Europe du  Nord.

Côté technologies, là encore nous avons deux choix radicalement différents. La centrale portugaise compte beaucoup moins de panneaux solaires (268.000) mais qui sont à la fois bien plus coûteux et bien plus puissants, et montés sur des supports mobiles qui suivent le mouvement du soleil. C’est que les deux centrales n’ont pas du tout le même type de panneaux. La centrale allemande est composée de panneaux à couches minces, bien moins chers mais au rendement (taux de conversion de la lumière en électricité) nettement inférieur aux cellules photovoltaïques classiques (en silicium polycristallin) utilisées pour  la centrale portugaise.

Apparues récemment, les cellules solaires à couches minces, dont First Solar est leader mondial, sont composées d’une fine couche d’un alliage de métaux sur un support qui peut-être de plastique. Elle seront, selon les analystes, l’avenir du secteur : elles ne représentent que 15% de la production actuelle mais pourraient en représenter 40% dans les 5 ans. Les cellules au silicium, elles, sont tout simplement des galettes (wafers) de silicium, qu’on produit à partir de sable chauffé.

C’est encore une fois un très joli coup pour First Solar, leader américain des cellules solaires, qui vient d’annoncer une future usine en France, et devient décidément un acteur incontournable du solaire européen. Il vient aussi d’annoncer deux projets de centrales d’un total de 550 MW en Californie.

La centrale allemande de Juwi et First Solar a beaucoup tardé à apparaître au point que certains accusait ce projet d’être un projet fantôme.

Il faut savoir que ce type de centrale n’est rien à côté des projets solaires annoncés aux Etats-Unis et en Chine, comme la centrale de panneaux solaires à couche mince Topaz de 550 MW projetée à San Luis Obispo, en Californie, alors que la Chine prévoit le projet photovoltaïque le plus ambitieux au monde, de 1 GW, dans le bassin du Qaidam, sur le désertique haut-plateau tibétain, au nord-ouest de la Chine.

Même la France prépare déjà des centrales qui auront le double de la puissance de la centrale allemande : 104 MW projetés dans le sud de la France par Voltalia, une centrale qui doit être  installée sur la commune de La Barben, près de Marseille (Bouches-du-Rhône).

Et si l’on y ajoute à cette comparaison les futures centrales solaires thermiques, composées elles de miroirs, les puissances à venir sont encore plus spectaculaires.

Voir notre « Repère : les plus grandes centrales photovoltaïques au monde » et « Les plus grandes centrales solaires thermiques au monde ».