Marées écossaises pour secrets bancaires

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pentland-firthImaginez, à la pointe nord de l’Ecosse, une vaste centrale marémotrice qui alimenterait en électricité un grand centre de données informatiques.

Ce projet, lancé par Atlantis Resources Corporation et la banque Morgan Stanley, prend forme : il s’agit de mettre en place des hydroliennes actionnées par la marée dans le détroit de Pentland Firth, qui sépare le nord de la côte écossaise des îles Orkney, pour fournir en électricité un centre de données de Morgan Stanley, qui serait construit sur la pointe, près du merveilleux château de Mey, où le Prince Charles cultive du bio.

Le centre  aurait besoin de 150 MWh pour fonctionner— autant qu’une petite ville. Et pas besoin d’attendre que la centrale marémotrice soit raccordée au réseau électrique, une opération souvent très longue.

L’an dernier, la Couronne britannique, propriétaire des droits d’exploitation des eaux côtières, a lancé un appel d’offres pour louer des emplacements dans cet étroit  détroit  – déjà surnommé par les plus optimistes « Arabie saoudite des vagues » —  et y installer jusqu’à 700 MW de projets d’énergie marine. Une quarantaine d’entreprises sont déjà sur les rangs.

Mais le projet d’Atlantis, mené en parallèle, est plus précis, d’autant qu’il est soutenu par la banque d’affaires Morgan Stanley.

D’origine australienne, mais depuis peu installée à Singapour, Atlantis Resources Corporation est une pionnière des marées : elle teste depuis 10 ans en Australie des hydroliennes géantes aux formes originales.

Elle s’est faite racheter l’an dernier par Morgan Stanley, qui, en échange, lui a apporté ses propres activités naissantes d’énergie marémotrice.

nereon-atlantis1Atlantis a conçu deux types de turbines : la Nereus, un engin qui évoque des chenilles de char d’assaut, à installer en eaux peu profondes, et peut produire 150 à 400 kilowatts.

solon-atlantisEt puis la Solon, énorme tube qui doit flotter en eaux profondes, et qui est probablement la plus grosse turbine marine horizontale du monde, avec une production de 500 kW.

Elle espère mette en place dans le Pentland Firth une centrale marémotrice pour alimenter en électricité le très grand centre de données de Morgan Stanley, qui serait construit sur la côte voisine, près du Château de Mey. Elle espère l’achever en 2012.

Ce projet de 250 millions de livres, qui doit créer 700 emplois et générer 150 MW, a reçu un gros coup de pouce cette semaine avec l’arrivée comme nouveau partenaire de la compagnie d’énergie norvégienne Statkraft, qui avec Morgan Stanley a apporté à Atlantis Resources Corporation, 14 millions de dollars d’argent frais, une levée de fonds qu’on n’a pas vu depuis plusieurs mois dans le secteur de l’énergie marine, l’un des plus incertains des cleantech.

D’autres groupes rêvent eux aussi de dompter les océans pour créer de l’énergie. Ainsi l’an dernier, la société britannique Lunar Energy et la société coréenne Korean Midland Power ont annoncé vouloir créer une centrale marémotrice qui alimenterait 200.000 foyers en Corée du Sud en 2015.

A titre de comparaison, l’usine marémotrice de la Rance qui joue hors catégorie compte 240 MW installés.

Vagues ou marées ?

En fait, deux camps sont en présence, qui tous les deux ont marqué des points ces dernière semaines.

Un point pour les vagues : un autre pionnier du secteur, la société Aquamarine, a annoncé cette semaine qu’elle renonçait aux marées pour se concentrer uniquement sur les vagues : il ne vendra plus que son Oyster Wave Energy Converter, une sorte de crécelle géante de 12 mètres de haut qui se pose au fond de l’eau et se soulève avec les vagues, produisant de l’énergie. Il doit en installer en Grande-Bretagne avec Airtricity, filiale d’énergies renouvelables de Scottish and Southern Energy, et veut installer des sites de 1 GW d’ici 2020.  Aquamarine préfère donc pour l’instant mettre en sommeil son appareil d’énergie marémotrice, la Neptune.

Un point contre les vagues : les gros problèmes des Pelamis, sortes de serpents flottants qui oscillent avec les vagues et devaient produire de l’électricité au large du Portugal, avant d’être retirés de l’eau le mois dernier pour cause de problèmes d’articulations.

D’autres projets d’énergie marine sont en cours d’expérimentation. Seagen, la plus grosse hydrolienne du monde, a été installée aux larges des côtes d’Irlande du nord par le groupe britannique Marine Current Turbines. Et en France, EDF prépare pour 2012 la mise en service d’un premier parc hydrolien au large de Paimpol, dans les côtes d’Armor.