Hydrogène : Zev ne fait pas de bruit mais avance

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(Crédit : Engie)

Avec un millier de véhicules et vingt stations de recharge annoncés dans cinq ans, le projet de mobilité à l’hydrogène Zero Emission Valley (Zev) de la région Auvergne-Rhône-Alpes (Aura) est le plus important de ce genre en Europe, à ce jour, même si l’initiative emmenée par Akuo Energy en Ile-de-France ne manque pas non plus d’ambition.

Présenté il y a douze mois, Zev n’a pas donné beaucoup de nouvelles ces derniers temps. Alors, où en est-il ? « La région Aura vient d’être reconnue « investisseur avisé » dans la société de projet dédiée, Hympulsion, ce qui est obligatoire pour un acteur public présent dans une structure commerciale. La prochaine étape aura lieu le ...

14 février, l’assemblée plénière d’Aura devant alors valider le montant de l’investissement consenti », situe Jean-Sébastien Bisch, chef de projet Zev au Conseil régional.

Tour de table terminé

Un budget de 41 M€ est d’ores et déjà prévu pour Hympulsion, qui doit lancer, exploiter temporairement puis revendre le réseau de points de ravitaillement. Aura devra en détenir 33% et la CDC 17%, pour amener la part publique à 49,9% du capital ; le reste est partagé entre Engie, Michelin, des fonds d’investissement et un établissement bancaire. Le tour de table de cette société dédiée à l’infrastructure – et non aux futurs véhicules – est bouclé mais pas encore dévoilé dans ses détails.

Le projet Zev dans son ensemble, stations et voitures, va aussi bénéficier de subventions européennes (10 M€), nationales et régionales, affectées à la fois à la construction du réseau et à l’achat de véhicules, ce deuxième volet étant subventionné par les appels à projets de la région. Le tout doit maintenant aller vite puisque le plan de financement et les participations des différents protagonistes – en particulier les promesses d’achat de véhicules – doivent être bouclés avant le 16 avril prochain, date butoir pour bénéficier des soutiens européens.

Des engagements concrets dans deux villes

Justement, en parallèle du montage capitalistique, assez long car public-privé, le projet a pris une tournure concrète avec les engagements pris à Chambéry et Clermont Ferrand par des collectivités et des entreprises. «  A Chambéry, quarante entités se sont engagées à acheter chacune une ou plusieurs voitures à hydrogène », annonce Jean-Sébastien Bish. A Clermont-Ferrand, 37 lettres d’intention ont été obtenues pour l’instant.

Zev semble a priori bien parti pour mettre en pratique son concept encore original, pensé pour exfiltrer la mobilité du piège de la poule et de l’oeuf et faire éclore en même temps l’infrastructure et le marché des utilisateurs. « Avec une exigence supplémentaire : que chaque véhicule roule plus de 18 000 km par an à l’hydrogène », ajoute Jean-Sébastien Bisch, en précisant que cette mesure vise à garantir à la fois du débit dans les stations-service et l’arrivée rapide de voitures H2 dans les flottes, les véhicules gros rouleurs étant aussi ceux que l’on remplace le plus fréquemment. Cette subtilité sans doute pas du tout accessoire est une condition sine qua non des aides financières, en l’occurrence 18 000 € par véhicule, fournies par les appels à projets lancés par Aura.

Subventions sous conditions

(Crédit : Symbio FCell)

Quels véhicules seront choisis ? En tout premier lieu des utilitaires Kangoo électriques de Renault équipés du prolongateur d’autonomie de Symbio – une entreprise grenobloise investie par Engie et Michelin – , qui devront donc rouler au moins 50% du temps à l’hydrogène. Selon Jean-Sébastien Bisch, les voitures de Renault-Symbio (prix catalogue : 48 000 €) devraient capter au moins la moitié des aides prévues (18 000 € x 1 000) pour le volet voitures du projet Zev.

Le reste devrait aller aux deux autres (et uniques) modèles à hydrogène disponibles, de Toyota et Hyundai. Plus chers (70 000 € environ) que les Renault-Symbio, ces berlines asiatiques sont tournées vers un usage commercial ou de voiture de fonction ; elles conviennent aussi aux taxis et composent d’ailleurs la flotte de la compagnie parisienne pionnière Hype.

Un réseau sur le marché dans quelque temps

L’année 2019 devrait donc être celle des premiers tours de roues de Zev, à deux endroits et avec quelques dizaines de véhicules au moins. Ensuite, dix-huit sites doivent s’ajouter dans la région, selon des principes d’aménagement du territoire et en suivant les axes Est-Ouest et Nord-Sud. Mais la logique géographique devra aussi composer avec les réalités économiques, ie les commandes des entreprises, des opérateurs de transport et des communes : « Nous ferons preuve de souplesse et nous assurerons que le marché local est suffisant », prévient Jean-Sébastien Bisch.

A plus longue échéance, dans cinq ans, le signe du succès de cette démarche structurante devrait être… sa disparition même. Hympulsion et les appels à projets doivent « impulser un marché. Ils n’ont pas vocation à être présents sur le long terme », fait remarquer Jean-Sébastien Bisch. Le réseau de stations sera donc cédé. Le futur acquéreur pourrait réaliser une affaire intéressante si Zev se révèle alors opérationnel et 100% dérisqué par l’actuelle coopération entre public et privé.