Quelle rentabilité aujourd’hui pour les énergies renouvelables ? [Compte-rendu]

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De gauche à droite : Xavier Barbaro (Neoen), Patricia Laurent (GreenUnivers), Nicolas Couderc (EDF EN) et Sébastien Clerc (Voltalia) (Crédit : Olivier Crénon)

[Compte-rendu de la conférence GreenUnivers du 30 mai]

Au fur et à mesure qu’il gagne en maturité, le secteur des énergies renouvelables voit la rentabilité des investissements s’éroder. Un phénomène normal auquel les acteurs doivent néanmoins s’adapter. D’autant que des risques encore importants pèsent sur le développement des projets, notamment à l’international.

Érosion de la rentabilité : bonne ou mauvaise nouvelle ?

Nicolas Couderc, EDF EN
(Crédit : Olivier Crénon)

« Quand on cherchait 15% de rentabilité il y a encore quelques années, on doit désormais se satisfaire de 5 ou 6 points de moins, constate Xavier Barbaro, PDG de Neoen. Mais une rentabilité sobre est caractéristique d’un marché sérieux ».

D’autant qu’il faut relativiser la baisse des TRI des projets d’énergies renouvelables compte tenu de la faiblesse actuelle des taux d’intérêt.

« D’un marché de niche à un marché de masse »

« Les taux de rentabilité baissent partout dans le monde », confirme Nicolas Couderc, directeur France et énergies réparties d’EDF EN, ce qui résulte de plusieurs phénomènes, pour la plupart positifs. Premièrement, le coût des technologies s’est effondré en même temps que la confiance dans ces énergies s’est accrue. « Nous sommes passé d’un marché de niche à un marché de masse. De façon tout à fait logique, la baisse des risques a donc entraîné la baisse de la rentabilité », assure-t-il.

« Intégration verticale »

« L’intégration verticale a également permis de limiter les marges, ajoute Xavier Barbaro. Il y a quelques années, il y avait tout un séquencement dans la chaîne de valeur et chaque acteur prenait une marge. Il y a encore des permis construire qui se vendent 700 k€/MW mais globalement, la disparition de ce séquencement fait baisser les prix », selon lui.

« Concurrence »

Xavier Barbaro, Neoen
(Crédit : Olivier Crénon)

Un dernier élément tient à la concurrence, parfois sévère, entre les acteurs qui a permis de limiter la gourmandise des uns et des autres. Mais ce dernier phénomène suscite quelques inquiétudes parmi les trois conférenciers. « Les prix bas sont une bonne nouvelle à condition que les projets soient effectivement construits », alerte Nicolas Couderc.

En France, le taux d’abandon aux appels d’offres CRE a été très fort par le passé, atteignant près de 50% d’après Nicolas Couderc. « Les nouvelles règles issues de la réforme – et notamment la nécessité de présenter des projets « permittés » – devrait faire baisser ce taux, mais il faut effectivement que les règles des appels d’offres tricolores soient plus incitatives à construire », juge Xavier Barbaro. Un exemple : « En France, le montant des garanties financières demandées lors des dépôts est bas, cela part d’un bon sentiment, on veut que les petits acteurs puissent participer mais dans ce cas, il faut un tri plus attentif de l’administration ».

Syndrome SunEdison

A l’étranger, les appels d’offres conduisent parfois à des résultats un peu extravagants : Nicolas Couderc se souvient d’avoir cherché à comprendre, en vain, la stratégie de l’américain SunEdison au moment où celui-ci raflait tous les appels d’offres internationaux. Quelles étaient ses secrets pour pouvoir proposer des prix aussi bas ? La réponse est désormais clair puisque le développeur a fait faillite faute d’avoir trouvé la rentabilité. « Le risque dans ce secteur, c’est de voir arriver à nouveau des acteurs comme SunEdison, qui prétendent à des rentabilités irréalistes et génère des situations explosives », s’inquiète Nicolas Couderc. D’après Xavier Barbaro, quelques acteurs continuent de faire peser ce risque sur le marché : « Il y a une vraie bulle provoquée par des utilities en retard dans les énergies renouvelables et qui veulent à tout prix revenir dans la course, quitte à rogner dangereusement sur les marges. Une certaine fièvre est revenue dernièrement. Avec l’incertitude sur l’évolution des taux d’intérêt, le cocktail peut être explosif ».

Les taux bas : une drogue douce

Sébastien Clerc, Voltalia
(Crédit : Olivier Crénon)

Pour Sébastien Clerc, directeur général de Voltalia, les taux d’intérêt bas constituent en effet une « drogue douce » pour les développeurs. Leur remontée, dont personne ne sait quand elle interviendra, en fera souffrir plus d’un selon lui. « Il y a encore quelques années, ceux qui ont fait des offres très agressives ont été sauvés par la baisse des taux d’intérêt mais à l’inverse leur remontée va en coincer beaucoup », prévient-il. D’autant que cette remontée devrait avoir un effet particulièrement important sur le secteur des EnR dont la structure de coûts est généralement caractérisé par beaucoup de Capex et pas d’Opex. « Cette situation fait que la hausse des taux va renchérir le coût des EnR par rapport au gaz, qui nécessite moins de Capex », prévient-il.

Un risque pays parfois mal pris en compte

Dans les pays en développement, où les taux sont globalement plus élevés, leur remontée devrait être comparativement moins douloureuse pour les développeurs, selon Xavier Barbaro. Mais là-bas, c’est le risque pays qui est mal anticipé. « Il est frappant de voir qu’il n’y a que 5 à 6 points d’écart entre du financement de projets dans des pays de la zone OCDE et d’autres plus risqués », constate-t-il. « Pourtant, on sait d’expérience qu’il peut se passer un nombre incroyable de bouleversements en 25 ans dans certains pays d’Afrique ou d’Amérique du sud… ». Même son de cloche pour Sébastien Clerc qui assure que « les primes de risques pour les pays émergents sont en général insuffisantes ». Le fait que les créanciers y réclament une part de fonds propres plus importantes (jusqu’à 40%) pour boucler le financement des projets est un premier garde-fou, selon Xavier Barbaro. Pour autant, les primes de risques devraient tout de même remonter.

(Crédit : Olivier Crénon)

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