“Nous devrions devenir leader mondial de l’éolien flottant” : Philippe Kavafyan [MHI-Vestas]

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Philippe Kavafyan (DR)

Entretien avec Philippe Kavafyan, président de MHI-Vestas –

Senvion en faillite, Nordex soutenu par son actionnaire espagnol Acciona pour sauver l’activité : la fabrication des éoliennes en Europe pâtit d’une guerre commerciale sans merci, de la baisse des commandes sur le stratégique marché allemand et de la concurrence de plus en plus forte des industriels chinois. Qu’en est-il du segment de l’offshore, est-il promis à d’aussi fortes turbulences que son homologue terrestre ? Le point de vue de Philippe Kavafyan, aux commandes de MHI-Vestas, la co-entreprise à 50/50 entre le fabricant danois Vestas et l’industriel japonais Mitsubishi Heavy Industries. Il vient de remporter le marché de la ferme pilote flottante de Groix-Belle Ile, en France, un contrat annoncé à la conférence bilatérale franco-danoise sur le développement durable, les 7 et 8 octobre, à Paris.

GreenUnivers : A la suite de la défection de GE Re, MHI-Vestas vient d’être choisi pour fournir les trois turbines du projet éolien flottant breton de Groix-Belle-Ile développé par le consortium emmené par Eolfi et CGN. Qu’est-ce qui a fait pencher la balance en votre faveur ?

Philippe Kavafyan : Notre engagement ancien dans l’éolien flottant, notre volonté d’être leader dans ce secteur et notre capacité à fournir une machine puissante. Nous avons ...

été présents très tôt dans le projet pilote WindFloat 1 au Portugal puis choisis pour WindFloat 2, en association avec le flotteur semi-submersible de Principle Power, pour une turbine de 9,5 MW, ce qui permet de réduire le nombre d’appareils de quatre à trois. Ils sont en cours d’installation et seront prêts à la fin de l’année. L’année prochaine, nous installerons les 5 machines du projet Kincardine en Ecosse, également avec notre 9,5 MW et toujours sur le flotteur de Principle Power. Avec le projet français de Groix-Belle-Ile, la capacité éolienne flottante installée par MHI-Vestas devrait selon toute vraisemblance se révéler leader mondial. C’est important pour nous dans ce secteur prometteur.

« Nous faisons tout pour remporter le projet pilote EolMed »

GU : Toujours dans l’éolien flottant, MHI Vestas va-t-il remplacer Senvion en tant que fournisseur du projet pilote EolMed, la décision devant être prise rapidement pour boucler l’obtention des aides publiques de l’Ademe ?

PK : Nous faisons tout pour cela. Une de nos machines, de 2 MW, équipe déjà l’éolienne pilote Floatgen actuellement en test en France, sur le flotteur d’Ideol. Nous sommes confiants quant à la capacité d’adaptation de nos grandes turbines à cette technologie.

GU : Lors de la conférence bilatérale franco-danoise consacrée à la transition énergétique avec de nombreux industriels danois, vous avez déclaré que l’éolien manquait de projets et que le cas allemand s’apparentait à un désastre. Considérez-vous que le marché offshore est à l’abri de ce type de déboires ?

PK : Je me garderai bien de toute prévision de cet ordre. En revanche, une chose est sûre, l’éolien terrestre et l’éolien offshore se comportent différemment. Le cycle de l’offshore est long, de trois à quatre ans entre les commandes de turbines et leur mise en service. Celui du terrestre ne dure que 12 à 18 mois et les effets des appels d’offres, en Allemagne par exemple, se font déjà sentir lourdement.

« Sur l’exercice 2020-2021, le chiffre d’affaires de MHI-Vestas va doubler »

A contrario, dans notre secteur, tous les voyants sont au vert ! Nous sommes portés par les ambitions nationales, partout dans le monde et en Europe par les objectifs de plus en plus importants au Royaume-Uni, en France, en Belgique, aux Pays-Bas, en Allemagne, en Pologne où le marché démarre en ce moment. Sur l’exercice 2020-2021, le chiffre d’affaires de MHI-Vestas va purement et simplement doubler, du fait des mises en service de turbines commandées en 2017, en particulier au Royaume-Uni. Pour 2019-2020, nous prévoyons un revenu assez proche de l’exercice précédent, autour de 1,3 Md€.

GU : Qu’en est-il de la rentabilité des opérations, alors que les turbiniers chinois s’intéressent de plus en plus à l’export, dans l’éolien terrestre et marin ?

PK : Je vous répondrai de façon un peu immodeste : dans l’offshore, les européens sont encore les champions du monde par la qualité de la technologie. Quant aux prix, je considère que MHI Vestas tire bien son épingle du jeu. Nous sommes devenus profitables l’année dernière et comptons bien le rester.