L’avenir énergétique de la Corse sera solaire mais aussi thermique

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(c) Romain Chicheportiche

La Corse se trouve à un moment clé de sa transition énergétique. Alors que sa Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) est en cours d’élaboration, le débat de cristallise autour de la construction d’une centrale thermique près d’Ajaccio. À l’occasion de l’inauguration d’une centrale solaire avec stockage, GreenUnivers fait le point sur la situation de l’île de Beauté*.

Couvrir la pointe

Mardi 8 octobre, Corsica Sole a inauguré la centrale photovoltaïque de Giuncaggio (5 MWc) dotée d’une capacité de stockage de 7,5 MWh. Située sur une partie en friche d’une carrière de pierres, elle représente un investissement de 20 M€, et fait partie d’un lot de 4 projets PV+stockage cumulant 13 MWc et 20 MWh. Il a été remporté dans le cadre de l’appel d’offres de la Commission de régulation de l’énergie (CRE) de 2016 dédié aux Zones non interconnectées (ZNI). Trois centrales sont déjà raccordées, la quatrième entrant en service à la fin de l’année.

(c) Romain Chicheportiche

Elles sont toutes équipées de ...

modules solaires de Sunpower (filiale de Total) et du Powerpack de Tesla. Un choix très premium qu’Anthony Bonello, directeur de projet, explique : « Le choix de Sunpower répond à une logique d’optimisation du foncier, peu disponible en Corse. Quant à Tesla, nous avons opté pour ses batteries en raison de leur fiabilité et surtout de leur offre de maintenance sur 25 ans avec une garantie sur la capacité de stockage ». Concrètement, la compagnie américaine s’engage sur 7,5 MWh de stockage et a, pour cela, installé l’équivalent de 8,2 MWh pour anticiper la perte progressive de puissance. Les équipes de maintenance se chargeront de maintenir la capacité des Powerpacks par ajout de nouvelles batteries au fil du temps. « Cela s’avère finalement plus rentable que d’opter pour des produits certes moins chers, mais dont le remplacement tous les 10 ans représente un coût significatif. Par ailleurs, notre business model s’appuie sur cette capacité de stockage, elle ne doit pas nous faire défaut », explique Anthony Bonello.

En effet, Corsica Sole a élaboré son propre Energy system management (EMS) qui calcule la veille pour le lendemain la production anticipée pour chaque minute, lui permettant de s’engager auprès d’EDF sur ses livraisons et d’optimiser le stockage pour couvrir la pointe électrique de fin de journée. Le cahier des charges de la CRE prévoit des pénalités financières en cas d’écarts supérieurs à 5%. L’enjeu pour Corsica Sole est donc de calculer de manière la plus fine possible sa production afin de maximiser son chiffre d’affaires, mais aussi prouver que son système est capable de se substituer aux moyens pilotables de base dans les ZNI. Le tout pour un coût de production de 100 €/MWh, soit en-deçà des coûts d’EDF en pointe. L’entreprise, qui compte 100 MWc PV et 60 MWh de stockage en construction ou exploitation, est en train de dupliquer son modèle à la Réunion et en Martinique (mises en service en 2020) et va lever des fonds en novembre prochain pour financer ses projets.

Une centrale vitrine de la transition énergétique

L’inauguration de cette centrale a attiré bon nombre de représentants politiques de l’île. Pas seulement parce que l’un des trois fondateurs de Corsica Sole est un « enfant du pays », mais aussi pour se convaincre que ces centrales solaires de nouvelle génération sont à même de remplacer les centrales thermiques vieillissantes de l’île de Beauté. « Nous avons fait un petit jeu prospectif en interne. Nous avons calculé que l’arrêt d’une centrale thermique de 150 MW pouvait être compensée par l’installation de 900 MWc de solaire associée à 1 000 MWh de stockage », affirme Paul Antoniotti, fondateur de Corsica Sole.

C’est un exercice très politique auquel s’est livré ainsi Paul Antoniotti car se joue actuellement l’avenir énergétique de l’île. La prochaine PPE doit être dévoilée en décembre, et avec elle, le futur projet de centrale thermique de 250 MW que souhaite construire EDF pour remplacer sa vieille unité de Vazzio, près d’Ajaccio. Alimenté dans un premier temps au fuel léger, puis au gaz naturel, ce projet est jugé indispensable par l’électricien pour maintenir la sécurité d’approvisionnement à tout moment. Beaucoup estiment au contraire qu’un tel investissement serait anachronique et ralentirait mécaniquement le développement des énergies renouvelables.

Une PPE consensuelle

Jean-Guy Talamoni (c) Romain Chicheportiche

Invité à l’inauguration, Jean-Guy Talamoni, le président nationaliste de l’Assemblée de Corse, s’est montré un fervent défenseur des EnR : « Les énergies renouvelables doivent être davantage encouragées car notre indépendance énergétique nous conduira naturellement vers l’indépendance politique », énonce-t-il. Interrogé par GreenUnivers sur la PPE, il juge que : « Notre situation énergétique est assez semblable à celle qui prévaut dans les déchets. Nous savons où nous voulons aller, la problématique est de gérer la période de transition entre les deux modèles. J’étais personnellement réservé sur cette centrale thermique mais il va falloir en passer par là. En revanche, elle sera redimensionnée pour laisser la place à davantage d’énergie solaire », confie-t-il. Selon nos informations, la prochaine PPE Corse comprendra donc une nouvelle unité thermique en remplacement de Vazzio, d’une capacité de 125 MW au lieu des 250 MW prévus. Le projet de gazoduc serait quant à lui enterré.

Les tenants d’une transition énergétique plus rapide se consoleront avec un objectif d’ajout de 200 MWc supplémentaires de photovoltaïque. Un chiffre rondelet qui représente davantage que l’ensemble du parc solaire installé de l’île (152 MWc). L’éolien ne semble quant à lui guère recueillir les faveurs des politiques corses. Mais le solaire n’a pas pour autant carte blanche : « Nous serons vigilants sur les zones d’implantation car certains projets n’ont pas été développés dans de bonnes conditions. Il faudra privilégier les friches industrielles, certes peu nombreuses, et les zones peu en vue », prévient l’indépendantiste. L’enjeu principal pour les développeurs sera donc d’identifier les terrains susceptibles de correspondre à ces caractéristiques, soit au bas mot 200 hectares de foncier à trouver.

* GreenUnivers était invité par Corsica Sole à l’inauguration de la centrale de Giuncaggio en Corse.