Tarif éolien offshore : les développeurs sortent un nouvel argument

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Parc offshore de Great Yarmouth, au sud-est du Royaume-Uni © Martin Pettitt, Flickr

Pour l’instant, chacun campe sur ses positions dans le débat qui oppose le gouvernement aux consortiums en charge des projets d’éolien en mer attribués en 2012 et 2014, même si des discussions ont lieu. En marge de la présentation de la nouvelle stratégie d’EDF dans le stockage, Antoine Cahuzac, PDG d’EDF EN et membre du comité exécutif du groupe, a réaffirmé que l’accord trouvé en décembre dernier avec l’administration tient compte de la réalité économique des projets. Il n’y a donc pas de raison de renégocier, à ses yeux.

De 41 à 12 Mds€…

Le dirigeant regrette l’interprétation du chiffre de 41 milliards d’euros de soutien public, un montant repris par Olivier Dussopt lors de sa défense de l’amendement déposé par le gouvernement au Sénat le 14 mars, pour imposer une rénégociation des tarifs d’achat. « Les éoliennes autorisées en 2011 et 2014 coûtent 41 milliards d’euros aux finances publiques sur 20 ans, pour 3 gigawatts seulement » avait alors déclaré le secrétaire d’État aux comptes publics. 

Selon Antoine Cahuzac, cette somme se situerait ...

plutôt entre 12 et 15 Mds€… Un tel écart entre les deux estimations paraît à première vue incompréhensible. D’autant que la source d’information du gouvernement est des plus fiables. En juillet 2017, la Commission de régulation de l’énergie avait publié ses prévisions de charge de service public pour les énergies renouvelables et écrivait que « les charges déjà engagées s’élèvent à (…) 40,7 Md€ pour le seul éolien offshore », sur la durée de vie des contrats. 

Charges versus solde net, avec hypothèses

En fait, Antoine Cahuzac s’appuie sur une analyse du Syndicat des énergies renouvelables, publiée vendredi dernier. Cette note fait la différence entre les dépenses de service public et les recettes pour l’Etat, issue des parcs, c’est-à-dire le solde des projets pour la collectivité. Elle s’appuie sur cinq hypothèses :
le prix d’achat moyen de l’électricité des six parcs : 190 €/MWh à la date d’attribution (194 €/MWh à la mise en service ; puis indexation de 1% par an pendant la phase d’exploitation).
un prix de marché de l’électricité de gros de 53,7 €/MWh en 2023 (année de mise en service) ; 94,2 €/MWh en 2043 (fin du contrat d’achat), auquel s’ajoute le complément de rémunération pour arriver à 190 €.
le nombre d’heures de fonctionnement annuel : 3 500 heures
les taxes et impôts : 70 millions d’euros par an pendant 25 ans
un taux d’actualisation de 4%

Le « surcoût » des projets serait de 7 Mds€

Selon ces hypothèses, « les six premiers parcs éoliens en mer représentent un coût total pour le budget de l’Etat de l’ordre de 12,4 milliards d’euros, bien inférieurs aux 40,7 milliards d’euros qui ont pu être évoqués dans la presse et dans le rapport de la CRE de juillet 2017. Ce coût correspond à la différence entre le tarif d’achat et le prix de marché et prend en compte les taxes et impôts reversés par la société de projet à l’Etat (impôt sur les sociétés, redevance, taxe spéciale éolienne, …) », estime le rapport.

Si les projets actuels étaient remplacés par de nouveaux projets, plus puissants donc plus productifs, sans aucune usine dans l’Hexagone, le solde net pour l’Etat tournerait autour de 5 Mds€. Donc le prix à payer pour les projets tels qu’ils sont actuellement configurés, avec le « local content », peut être évalué à 7,2 Mds€, sur 20 ans. Si le SER voit juste dans ses hypothèses, on est assez loin du chiffre brut de 41 Mds€ qui prend en compte les charges mais pas les recettes.

Arguments martelés

Au delà de la question de l’évaluation du coût exact pour la collectivité, Antoine Cahuzac a réitéré ce midi les arguments majeurs des développeurs lors de leurs discussions avec les pouvoirs publics : 1) la ressource vent et les caractéristiques géologiques des sites français ne sont pas comparables aux sites européens où des tarifs bas ont été attribuées; 2) le tarif attribué à EDF EN (autour de 180 €/MWh selon nos informations) intègre le prix de la construction ex nihilo d’usines en France; 3) les parcs qui entrent en construction aujourd’hui, ailleurs en Europe, bénéficient d’un tarif autour de 120 à 130 €/MWh, à ne pas confondre avec les niveaux tarifaires plus faibles, voire nuls attribués lors des derniers appels d’offres aux Pays-Bas.