Stockage : EDF se lance à son tour

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(Crédit : EDF)

Après le solaire, EDF a un plan pour le stockage électrique. Présenté ce matin par Jean-Bernard Lévy, président du groupe, il prévoit 10 GW de puissance installée en 2035 qui s’ajouteront aux 5 GW détenus à l’heure actuelle dans ses 6 stations de transfert d’énergie par pompage (Step) de l’Hexagone. Le tout suppose un investissement global de 8 Mds€. L’opération se justifie, aux yeux de Jean-Bernard Lévy, par la nécessité de « lisser l’intermittence des EnR, d’équilibrer le réseau du fait du développement de systèmes décentralisés et de favoriser l’autoconsommation ». Et le modèle économique balbutiant est fourni par la baisse du coût moyen des batteries, passé de 1 000 €/kWh en 2010 à 209 €/kWh en 2017.

Trois marchés-cibles

EDF compte travailler en parallèle sur trois marchés. En premier lieu, les services aux grands systèmes électriques, où il espère disposer d’une capacité de 6 GW en 2035 composé de STEP et de batteries. L’énergéticien ne part pas sans référence avec deux installations aux Etats-Unis et à La Réunion, bientôt une troisième en Grande-Bretagne et deux projets à venir dont un en Allemagne. Deuxième segment, l’autoconsommation + stockage (4 GW) en France, Outre-Manche, Italie et Belgique. Le troisième créneau sera celui du hors réseau, en Afrique, en Côte d’Ivoire puis au Ghana pour commencer, des accords ayant déjà été passés, avec Off Grid Electric notamment. 

Ce plan est chiffré à 8 Mds€, le gros étant du financement bancaire. EDF ne prendra qu’une petite part, les fonds propres pouvant en outre être apportés par des partenaires, exactement comme il le prévoit pour son plan solaire et comme compte procéder Engie, par exemple avec Susi Partners. Mais il n’y a pas urgence. Même si  ...

Jean-Bernard Lévy parle de « révolution » du stockage, dans l’immédiat les besoins du groupe sont faibles, de même que ses ambitions à court terme. Le groupe pense surtout mobiliser un peu plus sa R&D, notamment dans le stockage pour le système électrique, en y affectant 100 chercheurs et en doublant le budget afférent (70 M€) sur la période 2018-2020. Dans le même temps, EDF Nouveaux Business orientera 15 M vers les projets et start-up liés au stockage électrique et à la flexibilité.

Prudentes ambitions

Le projet étant transdisciplinaire et international, EDF a nommé un « responsable du plan stockage », Alexandre Perra, mais n’a pas créé de structure dédiée. Signe que le sujet reste émergent et pas encore structurant pour l’organisation. Cette prudence est liée aussi à la situation juridique. Pour matérialiser ses ambitions, EDF veut d’abord, évidemment, sécuriser ses équipements existants et donc en savoir plus sur le sort de ses six Step actuelles et sur leur éventuelle rénovation. Certaines concessions arrivent à expiration et doivent théoriquement être soumises à la concurrence – c’est la demande de la Commission européenne… Du coup, dans les années qui viennent, c’est peut-être l’international qui tirera la croissance en la matière. Le Français a ainsi décroché l’année dernière un contrat d’ingénierie pour une STEP à Dubaï pour le compte de Dewa, et concourt à la première STEP en Israël.

Réservoir de Hatta, dans l’émirat de Dubaï, à une
centaine de kilomètre de la ville éponyme, Emirats
arabes unis. Crédit : Creative commons/Axilera

Ce plan stockage du géant français de l’électricité possède quatre points en commun avec sa stratégie solaire en France : il est massif mais lointain (2035), il mobilisera un jour beaucoup d’argent mais pas celui du groupe, il s’appuie sur une expertise R&D exceptionnelle accumulée depuis des années mais jamais valorisée commercialement. Enfin il capitalise sur des actifs historiques : les STEP pour le stockage, le foncier autour des centrales, pour le solaire.