Engie veut industrialiser le gaz renouvelable

Print Friendly, PDF & Email
La méga-centrale biométhane de Groen Gas Gelderland aux Pays-Bas (Crédit : Biogas Plus)

On en sait un peu plus sur les intentions d’Engie dans le gaz renouvelable, c’est-à-dire le biogaz et l’hydrogène (H2) vert. Début novembre, l’énergéticien avait annoncé la création d’une entité « à vocation mondiale » pour coordonner la stratégie du groupe et développer directement « des projets industriels majeurs de production, transport et vente d’hydrogène ».

Ce matin, lors  ...

d’un point avec la presse, Isabelle Kocher a de fait évoqué des projets de production d’hydrogène vert à grande échelle, centralisés et tournés vers l’exportation. La directrice générale du groupe a donné l’exemple du Chili, un pays où le Français est fortement implanté et où des centaines de MW solaires pourraient un jour alimenter des usines de dessalement d’eau de mer et des électrolyseurs pour produire de l’hydrogène, acheminée ensuite vers les pays consommateurs. Cette production de dimension industrielle serait le gage de la compétitivité de l’hydrogène renouvelable – actuellement le vaporeformage est trois fois moins cher que l’électrolyse.

40 projets en France

Cela dit, le groupe ne jure pas que par l’hydrogène vert mondialisé et ses investissements à plusieurs milliards d’euros. Parmi les projets « sur lesquels Engie peut faire la différence », Isabelle Kocher a aussi fait allusion à la « zéro émission vallée » de la région Rhône-Alpes-Auvergne. La région prévoit d’y faire circuler un millier de véhicules H2 et de déployer un réseau de 20 stations et 15 électrolyseurs. Le groupe est aussi engagé dans un projet de bus à Pau. Ces intentions d’Engie ont pour l’instant donné lieu à une business unit dédiée et à quelques investissements, dont celui dans Symbio avec Michelin

Cap sur le biogaz

Cette logique industrielle à double détente, mondiale mais aussi locale si nécessité, doit également prévaloir dans l’autre gaz renouvelable recherché par Engie, le biogaz. Le but consiste là aussi à trouver la voie de la compétitivité, en l’occurrence la parité tarifaire avec le gaz naturel d’ici 2030. Engie annonce 70 projets dans cette filière, dont 40 en France, à différents stades et de gabarits variés, en tant qu’investisseur toujours minoritaire et sous la bannière Engie Biogaz. Mais côté production, le groupe s’intéresse avant tout aux grandes unités de méthanisation et qui s’inscrivent déjà dans une perspective industrielle et non plus artisanale, comme celle qu’il développe aux Pays-Bas. Ouverte en septembre, située près d’Arnhem, cette centrale de 11,7 M€ va traiter 100 000 tonnes de déchets (fumiers, herbes) par an et produire 70 GWh. La seule question est de savoir si la méthanisation, par nature décentralisée et surtout agricole, peut se prêter à une industrialisation rapide et tirer le prix du biométhane suffisamment vers le bas pour rivaliser dans quelques années avec son concurrent fossile.

Pour l’instant et en France, le développement longtemps poussif de la filière s’accélère : 40 installations sont en service dans l’Hexagone, 9 ont été mises en service au premier semestre, soit autant que sur l’année 2016. Selon le Panorama 2016 du gaz renouvelable, le pipe national contient 241 projets, deux tiers ayant de bonnes chances d’aller au bout.