Tour de France des acteurs des smart grids [6/7]

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internet-of-thingsDans son dossier spécial consacré à la révolution des smart grids, GreenUnivers a fait le point sur l’arrivée à maturité de l’effacement, et l’installation programmée des compteurs communicants dans les foyers français. Le tout, orchestré par des politiques publiques en charge d’orienter l’investissement. Après plusieurs années d’expérimentations, partout en France, les premiers enseignements se dégagent, les acteurs importants se distinguent. Le sixième volet de notre dossier dresse un panorama des acteurs français des smart grids. La chaîne de valeur réunit ...

trois grandes industries : énergie, télécommunications et informatique-Internet.

RTE et ERDF, deux gestionnaires indispensables

RTE sur l’effacement et ERDF sur les compteurs électriques communicants sont omniprésents sur les smart grids. Cette situation est appelée à être mieux encadrée pour réduire les distorsions de concurrence engendrées par les activités de production et fourniture d’énergie d’EDF(1).

Sur son réseau de transport, RTE (4,46 Mds€ de chiffre d’affaires en 2014) prévoit des investissements clés pour accompagner la transition énergétique, dans son 4èmeschéma décennal publié en 2014 (2). Entre 2005 et 2014, le gestionnaire a augmenté ses investissements de 11% par an en moyenne, atteignant ainsi 1,37 milliard d’euros. L’opérateur prévoit d’investir 1,49 milliard d’euros en 2015, et estime à 1,5 milliard d’euros le rythme d’investissement annuel à poursuivre pour adapter et moderniser ses infrastructures.

Sur son réseau de distribution, ERDF (13,8 Mds€ de chiffre d’affaires en 2013) a investi 3,2 milliards d’euros en 2013 et précise que ses investissements sont en hausse de 11% par an en moyenne depuis 2008, dont une partie est misée sur les smart grids. ERDF est impliqué sur une quinzaine de démonstrateurs majeurs en France (3).

Des meneurs

Des groupes pèsent sur le marché, soit par leur puissance commerciale, soit en constituant des consortiums pour répondre à des appels d’offres.

EDF (72,9 Mds€ de chiffre d’affaires en 2014), avec sa flopée de filiales spécialisées (EDF Énergies Nouvelles, Sodetrel, Edelia, Dalkia et EDF Optimal Solutions), et les start-up appuyées par son fonds Electranova (Actility, Forsee Power ou encore Enlighted), est surarmé.

Repère : Open innovation : 34 investissements réalisés par des groupes de l’énergie et utilities – Janvier 2015

En aval du compteur électrique, le groupe a aussi fédéré un écosystème d’entreprises prêt à répondre au marché à venir de la domotique, selon une étude du cabinet Xerfi(4).

GDF Suez (74,7 Mds€ de chiffre d’affaires en 2014) dispose d’une position stratégique large sur les smart grids (gaz, réseaux de chaleur et de froid, électricité) et vise 40% d’augmentation de son activité efficacité énergétique entre 2013 et 2018 (5). Sa filiale Cofely Ineo émerge comme un bras armé puissant. En 2014, son nouveau fonds corporate GDF Suez New Ventures (doté de 100 M€) a investi dans le belge Powerdale et l’américain Tendril. GDF Suez a aussi mis la main pour 335 millions de dollars sur l’américain Ecova (efficacité énergétique). En 2015, il a mis un pied dans Sigfox et son réseau pour l’Internet des objets et a accueilli des start-up dans son nouvel incubateur (Datapole, Energiency Solutions, Smart Impulse, etc.). En septembre 2014, il a lancé le démonstrateur Smart Grid Expérience à Toulouse.

Alstom Grid est en train de se rapprocher de l’américain General Electric et a profité de la galaxie Bouygues en France. Fournisseur d’équipements de réseau électrique, l’entreprise sera codétenue par GE et Alstom (branche transport, contrôlée par Bouygues), suite à l’acquisition par le premier de la branche énergie d’Alstom. Le futur d’Alstom Grid se conjuguera avec celui de GE Digital Energy (soit 4,9 Mds€ de CA et 21 000 employés pour l’entité rapprochée).

Repère : Quel avenir pour Alstom Grid chez GE ? – Août 2014

Alstom Grid développe une stratégie forte de partenariat (Cisco, Toshiba, Capgemini, Intel, G2mobility, ERDF, ETI SuperGrid) et fait fructifier son lien capitalistique avec le groupe Bouygues (Embix, Ijenko, Eco2Charge). À l’international, le groupe s’est distingué en 2014 avec un contrat inédit auprès de l’opérateur indien Power Grid Corporation of India Limited, d’une valeur de 41 millions d’euros.

Schneider Electric s’est plutôt concentré en 2014 sur sa croissance organique (24,9 Mds€ en 2014, + 6% par rapport à 2013) sur la gestion de l’énergie et les automatismes. L’année passée a été marquée par des offensives en France sur l’éolien en mer (contrat avec Areva), le solaire (contrat avec Neoen sur le projet de Cestas), le stockage d’énergie (coopération R&D avec Areva) et le réseau de distribution (avec ERDF). Le groupe est très actif sur l’effacement avec sa filiale Energy Pool, déjà présente en Belgique, au Royaume-Uni et, plus récemment, au Japon (2014) et en Corée du Sud (2015).

Total n’est pas le plus attendu sur le marché des réseaux électriques intelligents, mais une dynamique change la donne : sa filiale solaire SunPower et ses 3 milliards de dollars de chiffre d’affaires en 2014. Elle se positionne dans le stockage et la gestion intelligente de l’énergie solaire. En témoignent les 20 millions de dollars injectés dans l’américain Tendril en décembre 2014.

Repère : SunPower met le cap vers les nouveaux métiers du solaire – Décembre 2014

Le fonds corporate Total Energy Ventures investit aussi sur le secteur (Stem, Aquion Energy et Sunverge).

Sagemcom (près de 1,2 Md€ de chiffre d’affaires) a réussi à se placer au centre de la filière française des compteurs communicants électriques (Linky) et de gaz (Gazpar).

Cisco, géant américain des équipements de réseau, a promis, en février 2015, d’investir 100 millions de dollars (environ 90 M€) dans des start-up tricolores de la ville intelligente, et prévoit un démonstrateur en France.

IBM, est également très présent dans l’Hexagone sur la smart city.

Agitation d’électrons libres

L’indépendant Direct Energie, troisième fournisseur d’énergie tricolore, a levé 40 millions d’euros en 2014. Il vise le marché de la maîtrise de la demande d’énergie, et est devenu l’un des premiers opérateurs d’effacement reconnus par RTE. Il prépare aussi l’arrivée de Linky et Gazpar et mène le projet Modelec, notamment avec Ijenko (smart home), dont il est actionnaire.

Voltalis, trublion historique de l’effacement diffus en France, soutenu historiquement par la famille Mulliez (fonds Creadev), est piloté et contrôlé depuis 2013 par le tandem Pâris Mouratoglou-David Corchia, anciens dirigeants d’EDF EN, via leur nouveau groupe Eren.

Deux acteurs se placent comme société de services d’efficacité énergétique, dit SSEE. Eric Berthaud, serial entrepreneur et ancien président de Watteco, ambitieux depuis trois ans sur l’efficacité énergétique et la maison connectée, construit un petit groupe à coup d’acquisitions et de créations d’entreprises, avec Budget Telecom, (opérateur d’effacement en gestation), Vity Technology (domotique), WattGo (software l’efficacité énergétique) et Effineo (efficacité énergétique dans le logement collectif).

La seconde SSEE autoproclamée est Geo PLC, dirigée par Christophe Février. Elle a racheté, début 2014, la société Deltawatt (bureau d’études énergétiques) et vise l’acquisition d’un acteur de l’effacement dans les prochains mois.

D’autres sont dynamiques, comme GreenFlex, qui a fait l’acquisition en avril 2014 de la start-up toulousaine BNext Energy, spécialiste de solutions de management multi-énergies dans le bâtiment. Des acteurs comme Actility (plateforme de communication M2M), et Greengest (pilotage de l’énergie sur le marché B2B) se développent. Pour Ijenko (plateforme de maîtrise de la demande d’énergie résidentielle), 2014 marque une énième levée de fonds (2,6 M€) et l’ambition d’attaquer les marchés européens (Allemagne, Royaume-Uni, Suisse, Italie, etc.).

De nouveaux acteurs

Après une première génération de jeunes pousses (Fludia, Voltalis, Energy Pool, Grid Pocket, Ijenko, Avob ou encore Neelogy), lancée pour certaines sur les marchés étrangers, une nouvelle vague commence à se faire repérer. Fondées principalement après 2010, ces sociétés innovantes ont levé des fonds ces deux dernières années : Qos Energy (1,1 M€), GreenPriz (690 000 €), Comwatt (300 000 €), Qualisteo (2 M€), Agora Energy (260 000 €) ou encore Smart Home International. Et d’autres émergent, comme Deepki ou eGreen.

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(1) L’effacement est, par exemple, un marché scruté par l’Autorité de la concurrence. Marché de l’effacement de consommation d’électricité, Avis du 13 janvier 2014.

(2) Exemple d’investissements menés par RTE : intégration des énergies renouvelables prévues par les Schémas régionaux climat air énergie (45 GW cumulés d’ici à 2020), construction de 10 GW de capacité d’interconnexion européenne additionnelle (supergrid, à l’image de la ligne France-Espagne inaugurée en février 2015) ou encore création de 4 GW d’accueil de production éolienne offshore.

(3) ERDF, un distributeur d’électricité tourné vers l’avenir, plaquette institutionnelle ERDF. Les 15 projets démonstrateurs sont IssyGrid, Infini Drive, Houat et Hoëdic, Smart Grid Vendée, Pilotes Linky, SoGrid, Advanced (UE), NiceGrid (et Grid4EU), Smart Electric Lyon, Smart Community Lyon Confluence, Smart Cities TransForm, Watt&Moi, Greenys, Venteea, Postes Intelligents.

(4) Les réseaux électriques jettent les fondements de la smart city, décembre 2014, Etude Xerfi.

(5) Lettre n°18, septembre 2014, GDF Suez.