Eolien en mer : les objectifs 2020 dans les choux

Print Friendly, PDF & Email

chouComme pour l’éolien terrestre, où l’objectif des 19 GW prévus en 2020 par le Grenelle de l’environnement sera difficilement réalisable, les 6 GW d’éolien en mer fixés pour la même date semblent désormais enterrés. Bonne nouvelle en trompe-l’œil pour la filière, l’annonce mardi 8 janvier d’un deuxième appel d’offres de 1 GW, prévu pour une mise en service en 2021-2023, marque cependant un aveu de faiblesse de l’État sur ses objectifs 2020, alors que les pays voisins, Allemagne et Grande-Bretagne en tête, ont déjà construit plusieurs mégawatts en mer.

Etape un : au moins 1,9 GW en 2020 au plus tard

L’État a en effet beaucoup de difficultés à respecter les calendriers qu’il s’est imposé sur l’éolien en mer. Pour illustrer cette situation, il suffit de décortiquer le premier appel d’offres d’envergure de 3 GW (baptisé round 1), lancé sur cinq zones il y a quelques mois. Tout avait commencé en mai 2010, avec la présentation de la feuille de route : lancement de l’appel d’offres en septembre 2010 et choix des candidats durant l’été 2011.

Au final, le calendrier réel a été celui-ci : modalités de la compétition présentées en janvier 2011, appel d’offres officiellement lancé en juillet 2011 pour des résultats publiés en avril 2012. Soit avec une dizaine de mois de retard. Point positif, le lancement de l’appel d’offres a bien eu l’effet escompté de déclencher l’annonce de plusieurs usines par Areva et Alstom, qui vont donner naissance à une nouvelle filière industrielle en France.

Mais sur les 3 GW en jeu, 1,9 GW seulement ont réellement été attribués, sur quatre sites (Fécamp, Courseulles-sur-mer, Saint-Brieuc, Saint-Nazaire), la zone du Tréport étant déclarée infructueuse à cause de l’offre unique présentée par le consortium piloté par GDF Suez, qui a été jugé trop gourmand sur le prix proposé.

Le gouvernement Fillon avait prévu le lancement d’un deuxième appel d’offres de 3 GW (dit round 2) pour avril 2012, avant les élections présidentielles. Il n’en a rien été, et la balle a changé de camp au printemps avec la victoire de François Hollande.

Etape deux : 2,9 GW en 2023 au plus tard

Le gouvernement Ayrault fera-t-il mieux sur l’éolien marin ? Les modalités du projet de « round 2 » viennent d’être présentées avec quelques semaines de retard sur la date initiale de décembre 2012 que le gouvernement actuel s’était fixé.

Surtout, le volume de ce nouveau round n’est pas de 3 GW comme escompté, mais de 1 GW seulement. Autrement dit, la France lance une sorte de round 2 a minima, incluant la zone (hier infructueuse) du Tréport et une nouvelle zone attendue de longue date, Noirmoutier.

Avec ces deux rounds, et si les timings sont respectés, la France comptera donc 1,9 GW d’éolien en mer en 2020 au mieux, puis 2,9 GW en 2023. Une situation qui permettrait au pays d’atteindre seulement 50% de l’objectif fixé par le Grenelle… Et avec trois ans de retard !

Les 6 GW dans un lointain futur

Pour finir, un savant calcul réalisé sur ces 2,9 GW permet de comprendre qu’il faut environ une dizaine d’années en France entre le lancement d’un appel d’offres et la mise en service théorique des parcs.

Quand la France atteindra-t-elle 6 GW d’éolien en mer ? Pour répondre, il faut que le gouvernement s’attèlle à mettre en place un troisième et dernier round de 3 GW sur des zones qui restent encore aujourd’hui à identifier ! Puis d’ajouter à cette date 10 ans environ. Mathématiquement, ce round sera compliqué à lancer en 2013. Ainsi, sauf performance exceptionnelle, le pays n’aura jamais 6 GW d’éolien en mer en 2020.

Or l’éolien, à terre comme en mer, est indispensable pour que la France atteigne son objectif d’avoir 23% d’énergies renouvelables du total de son énergie finale consommée en 2020. Des anticipations réalisées courant 2012 montrent déjà que le pays est sur la mauvaise courbe.

La situation de l’éolien offshore pourrait acter l’échec des objectifs pour 2020 et assombrir les plans politiques à 2025. Le « mix énergétique » promu par François Hollande à cet horizon – avec un nucléaire descendu de 75% à 50% de la production électrique – pourrait en effet s’avérer être un véritable challenge, si ce n’est un vœu pieux… La transition énergétique n’est donc pas gagnée d’avance.

Pendant ce temps, la Grande-Bretagne vient d’installer la 175ème et dernière turbine du parc du London Array, dans l’estuaire de la Tamise, de 630 MW au total, le plus puissant parc éolien offshore du monde à ce jour.