Eolien offshore : Allié à Dong, EDF EN peaufine sa grande équipe (Premium)

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Il y a encore quelques semaines, EDF Energies Nouvelles, associé à Alstom Wind, enrôlait un par un les développeurs français de l’éolien en mer – Poweo Energies Renouvelables, WPD Offshore et enfin Nass&Wind Offshore – confortant un positionnement sur les cinq zones du futur appel d’offres français. Mais certains observateurs pointaient du doigt le statut trop franco-français de cette large équipe.

La filiale verte du groupe EDF comble cette lacune en s’alliant au danois Dong Energy, l’un des leaders mondiaux de l’éolien offshore. Ce dernier avait été annoncé un temps du côté de GDF Suez, mais Dong Energy avait affirmé à GreenUnivers il y a une dizaine de jours discuter avec plusieurs acteurs, dont EDF EN. Les négociations ont été intenses. L’arrivée de Dong Energy sur le marché français rappelle celle de l’espagnol Iberdrola la semaine dernière, recruté par le turbinier Areva.

L’entrée des poids lourds mondiaux du secteur dans le jeu français, ...

alors que l’appel d’offres n’est pas encore lancé — nos confrères du quotidien LesEchos annonce le 11 juillet comme date de lancement — est plutôt une bonne nouvelle. Elle montre que la France, avec son marché à 10 milliards d’euros à court terme (3.000 MW en 2015), devient un marché attractif au même titre que des pays pionniers comme le Danemark, l’Allemagne ou le Royaume-Uni.

EDF EN et Dong majoritaires

Concrètement, EDF EN signe un accord exclusif avec Dong Energy pour créer une structure commune. Le français sera majoritaire au capital de cette société « tête de pont » qui prendra une participation majoritaire dans les cinq sociétés de projets positionnées sur chacun des sites de l’appel d’offres.

À côté, les bureaux d’études alliés à EDF EN se positionneront de manière minoritaire dans une ou plusieurs sociétés de projets. Les détails financiers des alliances ne sont pas encore précisés, mais la répartition des rôles commence à se dessiner.

Sur la zone de Fécamp (Seine-Maritime, 500 MW), seul WPD Offshore interviendrait au côté d’EDF EN et Dong Energy. Sur Courseulles-sur-Mer (Calvados, 500 MW), WPD Offshore serait associé dans un co-développement avec Poweo EnR. Sur Saint-Brieuc (Côtes d’Armor, 500 MW) et Saint-Nazaire (Loire-Atlantique, 750 MW) Nass&Wind Offshore serait en première ligne. Reste encore quelques inconnus concernant Poweo EnR, qui pourrait intervenir sur d’autres zones. Et les positions sont encore floues sur le site du Tréport.

EDF EN explique avoir imaginé le schéma idéal pour répondre à l’appel d’offres de 3.000 MW. Ce grand consortium accueillera-t-il encore un partenaire de même rang ? De la même manière que GDF Suez s’est allié à Vinci, acteur du génie civil susceptible de se positionner sur plusieurs maillons (financement, construction et installation, mâts, fondations, etc). EDF EN répond avoir constitué une « équipe suffisante ». Des alliances avec d’autres partenaires devraient donc se faire par la suite au cas par cas, en fonction de chaque zone.

Dong : pionnier et expert

Avec Dong Energy, EDF EN a trouvé l’un des meilleurs partenaires en Europe, capable de lui apporter une expertise et une crédibilité à tous les niveaux : développement du projet, fixation du prix du kWh pour le dossier de l’appel d’offres, recherche de fournisseurs, construction et installation, facilité de financement auprès des banques, etc… Des compétences développées également à un moindre niveau par le groupe allemand WPD, engagé sur plusieurs projets en Europe.

Le retour d’expérience du danois est énorme. Engagé depuis plus d’une vingtaine d’années sur le marché européen, Dong Energy dispose à ce jour de plus de 1.000 MW et 12 parcs en exploitation, ainsi que 1.300 MW en construction. Il développe notamment le parc géant du London Array outre-Manche (1 GW planifié). L’association européenne de l’énergie éolienne, l’EWEA, avait recensé près de 3.000 MW de puissance offshore en exploitation à fin décembre 2010 en Europe. Pionnier, Dong Energy fait partie des poids lourds européens du marché, à l’instar du suédois Vattenfall ou de l’espagnol Iberdrola.

Un consortium ambitieux

EDF EN de son côté est engagé dans deux fermes éoliennes offshore en Europe : à Ostende en Belgique, dans le consortium C-Power (parc de 325 MW), et à Teesside au Royaume-Uni (67 MW). Il y a encore quelques mois, avant l’annonce du lancement d’un appel d’offres en France, EDF EN ne semblait pas vouloir se mouiller plus que cela dans ce secteur. A la lumière de ces récentes offensives, les choses ont bien changé !

L’ambition d’EDF EN et Dong Energy est matérialisée par les objectifs de leur fournisseur exclusif de turbines Alstom Wind. Ce dernier souhaite fournir plus d’un GW sur les trois en jeu du premier round français.

En Europe, Dong Energy est habitué à travailler avec le fournisseur allemand de turbines Siemens, numéro un mondial du marché offshore, avec qui il a encore signé un deal récemment. Indirectement, l’alliance entre EDF EN et Dong Energy engage ce dernier avec Alstom et crédibilise de fait les développements du français sur sa turbine de 6 MW. Si Areva, qui a déjà des turbines en mer, a réussi un beau coup en s’alliant à Iberdrola la semaine dernière, Alstom, qui n’a de turbine offshore que sur le papier, valide ses travaux auprès d’un des leaders du marché.

En France, les regards vont maintenant commencer à se tourner vers d’autres opérateurs d’énergie, encore très discrets, mais désireux de se lancer dans la bataille, comme Neoen ou le groupe britannique RES, via sa filiale française Eole Res.