Chine, Etats-Unis, Australie… Qui ne prépare pas son marché du carbone ?

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L’Union européenne fait des émules. Pionnière, elle a mis en place dès 2005 un système d’échange de quotas d’émissions de CO2 qui concerne aujourd’hui plus de 11 400 installations parmi les plus polluantes. L’Islande, qui ne fait pas partie de l’Union même si elle réfléchit à une intégration, envisage aujourd’hui de rejoindre ce marché européen du carbone.

Sa motivation est autant économique qu’environnementale : en faillite, l’Islande a besoin de récupérer d’urgence de l’argent. Compte-tenu de ses efforts pour réduire ses émissions de CO2 et développer les énergies renouvelables ces dernières années, elle a obtenu, dans le cadre du protocole de Kyoto, le droit d’augmenter ses émissions de CO2 de 10% par rapport à son niveau de 1990 : une réserve qu’elle espère aujourd’hui monnayer.

De nombreux pays sont aujourd’hui en train de s’inspirer du modèle européen pour des projets similaires destinés à réduire leurs émissions de CO2. Le plus attendu est celui des Etats-Unis, où pour l’instant seules quelques expérimentations régionales existent. La mise en place d’un marché fédéral du carbone obligatoire figure dans le programme du président élu, Barack Obama. Le dossier pourrait avancer très vite. James Grumet, son conseiller pour l’énergie et l’environnement, vient d’indiquer que le président annoncerait rapidement des mesures après sa prise de fonction, le 20 janvier prochain, et qu’il fallait s’attendre à une année 2009 très active dans ce domaine.

C’est pour Obama le moyen d’atteindre son objectif ambitieux d’une réduction des émissions de CO2 des Etats-Unis de 80% d’ici à 2050 (par rapport au niveau de 1990). Mais la mise en œuvre opérationnelle du futur dispositif ne pourra sans doute pas se faire avant 2011, selon de nombreux experts.

La Chine, devenue le plus gros émetteur de CO2 de la planète en 2007, avance également. Selon des médias chinois, le gouvernement, qui veut créer une civilisation « bas carbone », compte mettre en place un système d’échange de quotas entre les provinces du pays. Les régions qui investissent dans les technologies propres, comme la capture et le stockage du CO2, pourraient récupérer de l’argent de celles qui ne font rien.

Ce marché aurait surtout un impact national et peu d’effets sur les échanges internationaux de crédits carbone, dont la Chine est par ailleurs un très grand pourvoyeur dans le cadre des Mécanismes de développement propres (MDP) qui sont localisés à plus de 70% sur son territoire, selon le bilan 2007 de la Banque mondiale.

En Asie toujours, la Corée du sud et le Japon sont également dans les starting-blocks. Le gouvernement japonais vient de donner son feu vert pour la mise en place d’un marché du CO2 qui ne sera pas obligatoire mais auquel les entreprises auront la possibilité d’adhérer. Un millier d’entreprises, selon les estimations, pourraient accepter et procéder à des échanges de quotas de CO2. Les premiers échanges sont prévus pour mi-2009.

En Australie, qui a ratifié fin 2007 le protocole de Kyoto, le gouvernement a récemment présenté son projet de dispositif d’échange de permis d’émissions. Il devrait être opérationnel mi-2010 avec des mises aux enchères de quotas. 75% des émissions du pays devraient être couvertes par ce dispositif qui inclut les 1000 plus gros pollueurs du pays (producteurs d’énergie, compagnies minières, industrie lourde…). Le secteur agricole devrait être intégré dans un second temps, à partir de 2015.

Alors que les entreprises australiennes ont alerté sur l’impact de ce système sur leur compétitivité, le gouvernement a annoncé des mesures pour les aider à évoluer vers des technologies plus propres ou une meilleure efficacité énergétique. De même, les fournisseurs d’énergie devraient recevoir 30% de permis d’émissions gratuits.

Le jeune marché du carbone devrait bien sûr être boosté par tous ces mouvements. Selon une étude publiée mi-octobre par la société New Carbon Finance, le marché global du carbone avait augmenté de 81% sur les neuf premiers mois de 2008 pour atteindre 87 milliards de dollars. L’étude prévoyait qu’il franchirait le cap des 100 milliards de dollars d’ici à la fin de l’année, en raison d’une double hausse, des volumes échangés d’une part et des prix de la tonne de CO2 d’autre part. Depuis, les prix ont cependant baissé, tirés vers le bas par le ralentissement économique mondial. Sur BlueNext, le quota européen (EUA) était à 17,50 euros sur le marché spot le 14 novembre.