« Le renouvelable devra s’approcher de notre profil de consommation », Olivier Menuet (SNCF)

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Olivier Menuet, SNCF Energie

Entretien avec Olivier Menuet, directeur de l’énergie à la SNCF et président de la société SNCF Energie –

En France, la SNCF vient de donner le top départ des transactions directes entre producteurs d’énergie renouvelable et (très) grands acheteurs. D’autres se mettent en place en ce moment, chez Aéroports de Paris notamment. Quelle est la « stratégie CPPA* » de la société ferroviaire, son programme, sa politique énergétique au-delà de son attrait pour l’électricité verte ? Mise en perspectives et réponses précises de l’artisan d’une évolution marquante.

GreenUnivers : SNCF Energie a conclu en juin un premier contrat à long terme d’approvisionnement en électricité solaire, avec Voltalia. Quels sont vos objectifs et où en êtes-vous exactement ?

Olivier Menuet : Nous souhaitons disposer de CPPA* d’énergie renouvelable de 15 à 20 ans sur 20% de nos besoins en électricité, soit 1 TWh à 1,5 TWh. De nouvelles signatures auront lieu dans les douze mois qui viennent. Nous pensons conclure 6 à 7 contrats en tout, dans la mesure du possible pour des parcs et centrales à faire sortir de terre, avec un raccordement proche du réseau de manière à obtenir des prix compétitifs. Nous souhaitons aussi travailler avec des acteurs à l’actionnariat solide, pérenne, garant d’une prestation de qualité et pendant longtemps, comme peut l’être la famille Mulliez chez Voltalia.

GU : Recherchez-vous aussi un agrégateur ?

OM. : Notre filiale SNCF Energie à Lyon, qui est un fournisseur d’électricité disposant d’une plate-forme de trading et d’achat d’énergie sur ...

les marchés, étudie la possibilité d’un appel d’offres auprès d’agrégateurs. L’électricité renouvelable devra progressivement s’approcher de notre profil de consommation, journalier, hebdomadaire, annuel. A l’agrégateur d’élaborer un produit le plus possible « en base », à partir de sources hydroélectriques, éoliennes, solaires.

A l’agrégateur d’élaborer un produit à partir de sources hydroélectriques, éoliennes, solaires

GU : La SNCF est pionnière dans les CCPA français, d’où vient cet intérêt  ?

OM. : Nous considérons que l’énergie n’est pas seulement une prise de courant ou une pompe à gasoil… Dans ce secteur aussi, notre politique achats doit être « responsable ». D’autant plus que l’énergie subit des évolutions profondes qui nous obligent à améliorer notre capacité d’anticipation, je ne citerais que la fiscalité sur le CO2, les zones à faibles émissions en ville, le dérèglement climatique. Une autre motivation réside dans la proposition tarifaire. Les énergies renouvelables affichent des prix performants et des coûts prévisibles à très long terme. Cette nouvelle configuration nous a conduit à étudier de très près le marché en 2017 et à constater d’ailleurs qu’en France, toute l’ingénierie contractuelle et financière était à créer.

GU : Justement, le prix obtenu de la part de Voltalia était significativement inférieur à celui du marché long terme, c’est-à-dire largement en deçà de 52€/MWh, au moment de la signature. Tourne-t-il en fait autour de ce nouveau point de repère qu’est le prix proposé par EDF pour son futur parc éolien de Dunkerque, soit 44€/MWh?

OM. : Je ne peux dévoiler le prix exact de l’énergie dans ce contrat. Sachez simplement que n’importe qui peut proposer un CPPA à 60€/MWh et que nous en sommes très éloignés. Quant au prix proposé à Dunkerque, il montre que l’électricité renouvelable se rapproche de plus en plus de celui de l’Arenh**. Lorsqu’elle passera sous ce seuil, nous n’aurons plus besoin d’Arenh, du seul point de vue tarifaire bien entendu.

GU : L’année dernière, le Plan gouvernemental Place au Soleil mettait à contribution la SNCF, censée devenir producteur d’électricité… Là aussi, où en est l’entreprise ?

OM. : Les surfaces sont en cours d’inventaire, pour 100 hectares et une quinzaine de sites, notamment des délaissés ferroviaires. Nous étudions aussi de près les modalités financières de ces projets, avec nos fonds propres ou en tiers investissement, sachant que SNCF Réseau n’a pas de capitaux à investir dans l’énergie, car elle se consacre à la modernisation du réseau ferré. D’autres surfaces vont être solarisées, comme les toits de nos gares et bâtiments industriels, les ombrières de nos parkings. Les équipes de SNCF Immobilier et SNCF Gares & Connexions sont mobilisées. Nous allons par exemple couvrir le toit de notre technicentre de Hellemmes-Lille dans les Hauts-de-France de 9 000 mètres carrés de panneaux solaires, soit 1,8 MW et 30% des besoins du site, sans stockage pour l’instant car les batteries sont bien trop onéreuses.

SNCF Réseau n’a pas de capitaux à investir dans l’énergie

GU : Avec ses 9 TWh, la SNCF est le premier consommateur français d’électricité. Mais vous brûlez aussi du carburant, pour l’équivalent de 7 TWh et du gaz, pour 1 TWh. Ce qui fait 17 TWh en tout. Vous avez engagé un plan global d’économies d’énergie entre 2015 et 2020. Sont-elles au rendez-vous ?

OM. : Nos dépenses d’énergies ont baissé de 10% entre 2015 et aujourd’hui, pour s’établir à 1,2 Md€. En proportion du trafic voyageur – qui augmente – , la performance énergétique s’est améliorée de 9%. En valeur absolue, la consommation baisse légèrement, car notre volume d’activité progresse.

GU : Dans ce cas, l’abandon des trains au diesel paraît urgent…

OM. : Nous n’allons pas pouvoir tout électrifier tout de suite. D’autres pistes, complémentaires, peuvent être suivies. Nous lançons dès 2020 une expérimentation, sur une ligne régionale, pour un train 100% biodiesel. Nous travaillons aussi sur les trains régionaux hybrides diesel + batteries. Mais aussi sur l’électrification « frugale », avec des trains à caténaire et à batterie, de manière à franchir les tunnels, lesquels n’ont pas été construits pour accueillir des câbles électriques.

GU : Qu’en est-il de vos trains à hydrogène ? La molécule sera-t-elle grise, bleue ou verte ?

OM. : Les premiers trains sont prévus pour 2022-2023. Toutes les régions s’intéressent à cette technologie. La vraie question est ici celle du réseau de distribution, que chaque région devra mettre en place. Dans un premier temps, l’hydrogène pourra être « gris », c’est-à-dire d’origine fossile. Il s’agit avant tout de faire émerger le réseau d’approvisionnement pour basculer ensuite vers une molécule décarbonée ou renouvelable. C’est le concept H2 green ready. Mais l’arrivée de l’hydrogène renouvelable suppose que le prix du CO2 augmente suffisamment, tout en restant acceptable par les consommateurs.

*CPPA : Corporate power purchase agreement, contrat d’achat privé d’électricité
**Accès Régulé à l’Electricité Nucléaire Historique, soit 100 TWh annuels (pour l’instant…) d’électricité produite par les centrales nucléaires d’EDF, vendus à prix fixe (42€/MWh) aux fournisseurs alternatifs, par exemple à Total-Direct Energie.