« Le coût du soutien aux EnR est exorbitant », Julien Aubert (LR)

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(c) Julien Aubert Twitter

Entretien avec Julien Aubert, député LR du Vaucluse –

La commission d’enquête parlementaire sur les énergies renouvelables et la transition énergétique a démarré aujourd’hui ses premières auditions. Julien Aubert, à l’origine de la création de cette commission, a accordé un entretien à GreenUnivers pour expliquer son initiative et préciser les modalités de ce travail parlementaire.

GreenUnivers : Vous avez lancé votre commission d’enquête parlementaire sur les énergies renouvelables et la transition énergétique début février. Quel sera le calendrier ?

Julien Aubert : Le groupe majoritaire a choisi sa rapporteure la semaine dernière en la personne de Marjolaine Meynier-Millefert (députée LREM de l’Isère). Nous commençons nos auditions ce mardi 12 mars et les poursuivrons jusqu’à la fin juillet à un rythme d’une audition tous les mardis, ainsi qu’un jeudi par mois. Pour cette première audition, nous recevons les représentants de l’Union française des industries pétrolières (Ufip) ainsi que ceux de la Fédération Française des Combustibles, Carburants & Chauffage (FF3C). Il nous semblait logique de commencer par eux puisque la crise des Gilets jaunes est partie des prix des carburants à la pompe. Suivront les représentants de la filière électrique, puis de la filière gazière.

« Etabir une photographie de l’ensemble des technologies »

GU : Comment se dérouleront les auditions concrètement ?

J.A : Nous allons organiser nos travaux autours de quatre volets. Le ...

premier consiste à recenser l’ensemble des prélèvements liés à l’énergie et au financement de la transition énergétique. Le deuxième s’intéressera à l’inverse aux dépenses publiques en matière de transition énergétique. Le troisième s’interrogera sur l’efficacité des différentes technologies en matière d’émissions de CO2 mais aussi d’impact social, industriel ainsi que le point central de l’acceptabilité. Enfin le quatrième volet se penchera sur des exemples internationaux et les modes de soutiens publics les plus efficients en termes de baisse des émissions de CO2 sur sommes investies.

L’objectif est d’arriver à une photographie de l’ensemble des technologies qui permettent de réduire les émissions à moindre coût avec une meilleure acceptation du citoyen. C’est un travail qui devrait logiquement être réalisé par le ministère de la Transition écologique et solidaire (MTES) pour éclairer les députés dans leurs choix.

GU : Votre audition portera sur toutes les nouvelles technologies de l’énergie. Cela comprend donc le nouveau nucléaire (EPR) ?

J.A : Non, le nucléaire n’entre pas dans le périmètre de cette commission car l’EPR n’est pas à proprement parlé une nouvelle technologie, mais une amélioration d’une technologie existante. Par ailleurs, le sujet a déjà été amplement traité par le passé avec deux commissions d’enquête parlementaire dédiées au sujet.

« Notre but ici n’est pas de réinventer le mix énergétique français »

GU : Evacuer du débat une énergie qui produit 75% de l’électricité française et qui impacte mécaniquement l’ensemble du secteur énergétique ne va-t-il pas biaiser votre enquête ?

J.A : Notre but ici n’est pas de réinventer le mix énergétique français mais d’étudier le rapport coût efficacité des technologies qui ont vocation à compenser la fermeture de réacteurs nucléaires. La loi de Transition énergétique de 2015 était trop ambitieuse et ne donnait pas de solutions crédibles pour baisser à 50% la part du nucléaire dans le mix électrique. Le projet de PPE commet la même erreur en donnant des objectifs d’installation d’énergies renouvelables en Gigawatts alors que la finalité consiste surtout à baisser nos émissions de gaz à effet de serre. Remplacer du nucléaire par des énergies renouvelables ne fait pas avancer cet objectif.

GU : Outre les représentants de syndicats professionnels et d’entreprises que vous avez sollicités, ceux qui le demandent pourront-ils être auditionnés par votre commission ?

J.A : Toutes les demandes seront étudiées mais certains n’ont pas forcément vocation à s’exprimer dans cette commission. Notre temps est compté.

« Le coût du soutien aux renouvelables est exorbitant »

GU : Dans l’exposé des motifs qui a conduit à la création de cette commission, vous évoquez les montants que vous considérez très élevés du soutien public aux énergies renouvelables. Que proposez-vous pour y remédier ?

J.A : Selon un rapport de la Cour des comptes de l’année dernière, dont je respecte les analyses pour y avoir travaillé, le coût du soutien aux renouvelables s’élève au bas mot à 121 Mds€ sur l’ensemble de la durée des contrats d’achat. Ce montant exorbitant est d’autant moins justifié qu’il ne bénéficie que très peu à l’industrie des énergies renouvelables faiblement porteuse d’emplois qualifiés. On peut tout de même s’interroger sur l’efficacité de ces dépenses publiques.

Crédit Orsted (ex Dong Energy)

Par ailleurs je note avec attention que le gouvernement a négocié l’année dernière une baisse des subventions à l’éolien en mer, ce qui montre qu’il est possible de réduire la facture, même si ces négociations ont été pour le moins opaques. Entre les arrangements sur le Turpe, la CSPE et les coûts de raccordement, je crains que le contribuable n’ait pas économisé grand-chose.

Les nouveaux mécanismes de soutien se basent sur un prix de l’électricité sur le marché de gros que personne ne peut sérieusement prédire. Cela engendre une incertitude sur les finances publiques qui est insupportable. Il pourrait être tout à fait imaginable de fixer une enveloppe globale dédiée à la transition énergétique pour donner davantage de visibilité aux gouvernants.

GU : Toujours dans votre exposé des motifs, vous indiquez que vous souhaitez également aborder le volet pénal de la transition énergétique. Qu’entendez-vous par là ?

J.A : Sous couvert de transition énergétique, des agissements très graves ont été mis sous silence à l’instar de la fraude massif aux certificats d’économies d’énergie (CEE) révélée par Tracfin. Il y a eu plusieurs affaires de corruption et de trafic d’influence dans des projets de parcs éoliens. En 2017, le maire de Tigné, dans le Maine-et-Loire, a démissionné de ses mandats électifs après avoir été condamné l’année précédente pour prise illégale d’intérêt dans l’implantation d’un parc éolien. Un rapport d’Europol de juillet 2013 avait pointé du doigt les investissements de mafias italiennes dans des parcs éoliens (italiens) pour blanchir leurs revenus illégaux et bénéficier des aides européennes. Sans empiéter sur la compétence de l’autorité judiciaire, le Parlement doit faire toute la lumière sur l’origine des financements de certaines énergies renouvelables et sur leur gestion par les autorités publiques.

Propos recueillis par Romain Chicheportiche