Quel avenir pour Sunpartner, placé en redressement judiciaire ?

Print Friendly, PDF & Email
SunPartner est connu pour son procédé Wysips, qui permet de transformer n’importe quelle surface, même transparente, en mini centrale solaire.

L’année commence mal pour Sunpartner Technologies, mais elle n’est pas terminée. Le spécialiste du vitrage photovoltaïque, basé à Rousset (Bouches-du-Rhône) et fondé il y a dix ans par Ludovic Deblois vient d’être placé en redressement judiciaire, à partir du 8 janvier. Les repreneurs ont jusqu’au 18 février pour déposer leur candidature. Sunpartner est l’inventeur de films photovoltaïques invisibles destinés initialement à l’électronique grand public (appareils mobiles, objets connectés) puis, depuis 2016, aux bâtiments, qui disposent de surfaces à couvrir beaucoup plus grandes. Un virage pris lors de la reprise d’une partie des équipements et des effectifs de Nexcis, société fermée par EDF.

La BEI ne suit pas

Détenteur de 130 brevets, Sunpartner est malgré tout confronté au scepticisme de plusieurs de ses actionnaires, qui ont investi 73 M€ au fil des levées de fonds. Selon Ludovic Deblois, la Banque européenne d’investissement, SPDG, ...

L.A.C. International, Sigma Gestion, Davanière Capital Partenaire ont refusé de renflouer la société et, sur le fond, sont inquiets du manque de grosses commandes fermes. Ces acteurs sont aussi désorientés par le double positionnement de l’entreprise : produits électroniques d’un côté, marché du bâtiment de l’autre.

Une recapitalisation de 6 à 8 M€

« Nous avons besoin de 6 à 8 M€ cette année ; certains actionnaires étaient prêts à suivre mais ils ne sont pas assez nombreux. J’ai du mal à comprendre, car nous avons un portefeuille de projets de 20 M€ pour 2019 et 2020 », explique Ludovic Deblois. Le problème immédiat ? Sur les 10 M€ de commandes envisagées pour 2019, seules 20% ont, selon le dirigeant, des chances d’être traduites tout de suite en chiffre d’affaires, soit 2 M€. Or cet employeur de 68 personnes a besoin de trois fois plus pour continuer.

Ludovic Deblois explique le retard du chiffre d’affaires par le tempo lent du secteur du bâtiment : « il faut trois ans pour construire un bâtiment et la commande pour les vitrages photovoltaïques n’est passée que trois mois avant la fin de la construction ». L’émergence poussive du label constructif français E+C-, qui doit favoriser l’arrivée des bâtiments à énergie positive, n’aide pas non plus.

Des doutes sur la technologie ?

Pourtant, l’évolution des futures normes de la construction est la raison essentielle du virage stratégique pris par Sunpartner en 2016 et continue à inspirer de l’optimisme à son fondateur : « Au-delà de trois étages, l’intégration photovoltaïque sur la façade d’un bâtiment va devenir indispensable pour respecter les objectifs de performance énergétique, la toiture ne pourra pas suffire ». Sa société bénéficie notamment d’une forte marque d’intérêt de la part d’Arep, le cabinet d’architectes de la SNCF, en charge de la conception des verrières des gares. Une première installation a par ailleurs été réalisée sur la tour Silo à Lausanne, en Suisse.

Cela dit, la réticence des actionnaires pourrait avoir d’autres raisons : un investisseur spécialisé dans la transition énergétique, qui n’est pas présent au capital de Sunpartner, signale avoir des doutes sur la performance de la technologie, car la société resterait trop mystérieuse sur son innovation.

Scission et arrivée souhaitée des industriels

La crise actuelle se traduit d’ores et déjà par une scission définitive des activités. La fabrication des vitrages PV destinés aux montres connectées fait l’objet d’un transfert de technologies vers la Chine, via un accord de licence non exclusif au bénéfice de Truly Semiconductor. De premières commandes de fabricants de montres pourraient être livrées avant l’été.

En revanche, l’activité R&D et les lignes pilotes basées à Rousset et bénéficiaires d’une nouvelle usine depuis 2017 vont être proposées à des acteurs européens ou américains : des fabricants d’objets connectés (de montres, justement) ou des industriels des semi-conducteurs. Même logique pour l’activité du bâtiment. Sunpartner sollicite en ce moment des groupes de la construction, éventuellement spécialisés dans les portes et fenêtres, des verriers, des façadiers, mais aussi des fabricants de films photovoltaïques. Ludovic Deblois signale de réelles marques d’intérêt de la part de plusieurs entreprises mais préfère rester discret sur leur identité.