Quelles stratégies corporate pour financer la croissance ? [Compte-rendu]

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De gauche à droite : Jean-Yves Grandidier, Nicolas Couderc, Patricia Laurent, Eric Scotto, Jérôme Pécresse (crédit : Marie-Pierre Dieterlé)

[Compte-rendu de la conférence GreenUnivers du 28 juin sur le Financement des projets d’EnR]

Indépendance, coopérations, acquisitions : quelle(s) solution(s) pour financer la croissance ? Les réponses de Nicolas Couderc, directeur France et énergies réparties d’EDF EN, Jean-Yves Grandidier, président de Valorem, Jérôme Pécresse, CEO de GE Renewable Energy, et Eric Scotto, président d’Akuo Energy.

EDF a-t-il toujours les moyens de ses ambitions dans les énergies renouvelables en général et dans le solaire en France en particulier ?
Annonce spectaculaire de l’automne 2017, le plan solaire de 30 GW pour 2035 d’EDF en France représente un investissement de 25 Mds€ ; il sera composé à 75% de dette. Les fonds propres seront apportés par EDF, bien sûr, mais aussi par des partenaires. « Nous ne sommes pas propriétaires à 100% des actifs que nous développons et exploitons », précise Nicolas Couderc, directeur France et énergies réparties d’EDF EN. Au final, les 30 GW solaires devraient supposer un apport net de 200 M€ par an. Aujourd’hui, 2 Mds€ sont investis par le groupe dans le monde dans les EnR, chaque année. « Le vrai sujet n’est pas de trouver des fonds, mais des ...

projets rentables », fait remarquer le dirigeant, évoquant une forme de spéculation qui amène certains compétiteurs à prendre trop de risques. Par exemple, en intégrant une baisse des taux d’intérêt dans leurs futurs modèles d’affaires.

Les PME et ETI peuvent-elles rester indépendantes, dans un marché de plus en plus compétitif ?
La réponse dépend de la stratégie des actionnaires, qui font ou non le choix d’être présents à long terme. « Nous avons sécurisé notre capital avec une famille qui met le long terme au cœur de sa stratégie. C’est une autre vision des choses, qui implique par exemple de s’ancrer dans les territoires – dans la transition agricole, notamment – et de redistribuer de la rentabilité court terme pour développer des activités d’avenir, comme le solaire flottant ou l’agrivoltaïque, illustre Eric Scotto, président d’Akuo Energy, Nous acceptons de « gagner » un peu moins pendant les années qui viennent, mais nous serons encore là dans quarante ans ».

Un point de vue partagé par Jean-Yves Grandidier, président de Valorem. A 60 ans, ce précurseur des EnR a encore envie de « continuer l’aventure », ce qui implique de mettre en place de nouveaux modèles pour sa société. Le dirigeant donne deux exemples : 1) le financement participatif, source de nouveaux moyens financiers – dont Valorem est un pionnier – mais en faisant attention aux contre-références, c’est-à-dire au risque de trop promettre aux épargnants ; 2) Les projets respectueux de la biodiversité et du partage de la valeur, qui vont être de plus en plus demandés à l’avenir selon lui.

Certaines PME peuvent elles devenir un pôle de regroupement ?
« Pour les PME-ETI des EnR, la croissance externe est difficile en France, car tout le monde est à l’achat, avec des valorisations élevées. On ne peut pas lutter. Mais avons-nous vraiment besoin d’acheter dans l’Hexagone ? Notre portefeuille de projets est déjà très conséquent », explique Eric Scotto. De son côté, Valorem mise avant tout sur sa capacité à dégager des bénéfices sur la vente d’énergie pour développer ensuite de nouveaux projets. « Nous visons 500 MW surtout éoliens en 2021, contre 200 MW aujourd’hui, annonce Jean-Yves Grandidier. Notre actionnaire 3i partage cette stratégie ». Une démarche qu’autorise encore le marché éolien, qui demeure porteur y compris pour les PME : les tarifs du MWh baissent moins vite que ne progresse la performance des turbines, le tout sur fond de crédit meilleur marché.

Une forme de coopération est-elle possible entre les PME du secteur ?
Elle existe déjà, cela s’appelle du co-développement, des partenariats, rappelle Eric Scotto. Mais le président d’Akuo Energy reconnaît que la formule se raréfie : « des co-développeurs, il n’y en a plus beaucoup en France. Pour une stratégie long terme, il faut un seul responsable. Le chacun chez soi va donc prédominer ».

Quel sera le moteur du développement des EnR à l’avenir ?
Partout, les énergies renouvelables convergent vers la parité réseau, grâce à la technologie, constate Jérôme Pécresse, CEO de GE Renewable Energy. Il évoque à cet égard les toutes nouvelles éoliennes terrestres de 4,8 MW et 158 mètres de rotors de GE. Et croit aussi à « l’hybridation », ie à l’association avec les batteries, de même qu’à l’effet des volumes, évoquant un projet éolien de 650 MW en Suède à l’heure actuelle. Cet optimisme est cependant tempéré par « le problème endémique, en France, des délais de développement de projets, plus de 10 ans pour l’éolien offshore ». Pourtant, pour accélérer dans les EnR, « la France n’a pas besoin de grand chose : des délais normaux et de la stabilité réglementaire et contractuelle ».

L’électricité nucléaire est-elle le dernier obstacle ?
« Pour les développeurs d’électricité d’origine renouvelable, tout va dépendre de la volonté politique de rééquilibrer le mix électrique. Mais je pense que nous allons dans la bonne direction », estime Eric Scotto. Une priorisation que ne partage pas Nicolas Couderc, pour qui le seul challenge est le climat, donc la sortie de l’électricité carbonée. Il prévoit que « l’électrification consécutive des usages aura besoin de l’énergie nucléaire ». Comprendre : la baisse du nucléaire à 50% du mix français se fera sur fond d’augmentation de la demande électrique, donc le parc nucléaire va devoir rester puissant.