Chimie verte : Metex se lance dans l’industrialisation, avec le fonds SPI

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Metex (METabolic EXplorer), se lance pour de bon dans l’aventure industrielle en France. Ce gros laboratoire de la chimie verte basé à Clermont-Ferrand, détenteur de brevets sur plusieurs molécules issues du végétal pour remplacer le pétrole, fait le choix de ne pas vivre que de la possible vente de licences. Il va installer une usine à Carling Saint-Avold en Moselle, sur le site pétrochimique de Total.

Un co-produit du biodiesel

Le financement, de 48 M€ en tout, ...

est apporté par une co-entreprise que créent Metex (55% du capital) et le fonds SPI (Société de projets industriels) de Bpifrance. Baptisée Metex Noovista, elle va financer la future usine à hauteur de 37 M€, le solde étant fourni, en cash ou en nature, par la communauté de communes, la Région, l’Etat et Total, qui a fermé il y a deux ans deux vapocrackers à Saint Avold.

Une cinquantaine d’emplois sont prévus dans la future usine du biochimiste, construite en 2019 et opérationnelle en 2020. L’unité produira des ingrédients pour la cosmétique (les crèmes notamment) et pour la nutrition animale, basés sur deux solutions chimiques : le PDO (propane-1,3-diol) et son sous-produit, l’acide butyrique, fabriqués longtemps avec du pétrole. Il est ici remplacé par la glycérine végétale, elle-même en provenance du colza, lors de sa transformation en agrocarburant. Cette solution sera directement concurrente de celle du chimiste DuPont. L’américain produit son PDO à partir de maïs OGM, avec une capacité installée de 80 000 tonnes par an. Pour sa part, Metex Noovista vise 5 000 tonnes pour commencer, en version non OGM donc. Elle pourrait bénéficier de la force de traction de son concurrent pionnier sur ce marché : « DuPont « market » le PDO sur la chaîne de valeur », affirme Benjamin Gonzalez , PDG et créateur de Metex. La société compte deux autres rivaux, en Asie, mais là aussi avec des solutions végétales OGM.

La Bourse allergique à l’industrie ? 

Bpifrance investit dans un projet lancé en 1999 et à l’histoire mouvementée, Metex ayant tenté sans succès de produire sur le continent asiatique. Son introduction en Bourse en 2007 pour 60 M€ «  a eu lieu trop tôt » comme le reconnaît le fondateur et ne sert pas à grand-chose aujourd’hui, car la Bourse est allergique aux investissements manufacturiers en France, trop risqués désormais : « Heureusement que SPI est là pour rendre possible l’étape industrielle », fait remarquer le dirigeant. Cela dit, pendant toutes ces années, le biochimiste français a compté au moins une réussite : la cession en 2016 à l’allemand Evonik d’une technologie de production par fermentation de méthionine, qui a rapporté 45 M€ et finance en partie la nouvelle aventure en Lorraine. Introduit à 8,30€ en avril 2007, le titre Metex cotait 2,25€ à 13.00, en hausse de 2,21%. 

Créé en 2015, doté de 800 M€ dont 100 M€ apporté la Banque européenne d’investissements (BEI), le fonds SPI est investi à hauteur de 350 M€, avec un ticket moyen de 20 M€. Metex Noovista est son 3e pari dans la chimie verte, avec Evertree et Carbiolice. Le fonds a aussi investi dans Suncnim (solaire thermique), Yposkesi (biothérapies géniques), Naval Energie (énergies marines) et Ecocis, liquidé en 2017.