La petite hydroélectricité de nouveau attractive

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© Ademe

Parent pauvre des énergies renouvelables, la petite hydroélectricité n’a pas dit son dernier mot. Cette filière, qui représente environ 10% de la production hydraulique en France, suscite un intérêt de plus en plus vif chez certains développeurs. Témoin Cap Vert Energie (CVE), qui va en faire son troisième domaine d’activité, avec le solaire et le biogaz. La société vise un portefeuille de 20 MW dans cinq ans, par rachat de centrales essentiellement, au moins pour démarrer.

Besoin d’industrialisation

« Composée surtout de producteurs autonomes, la petite hydroélectricité a besoin de s’industrialiser », estime Jean-Baptiste Sallé, qui vient de rejoindre CVE en tant que directeur de l’hydroélectricité. Des centrales vieillissantes, de fortes exigences administratives et environnementales (la modernisation des passes à poissons, notamment), un mécanisme de soutien considéré comme attractif et une production assez complémentaire du solaire : autant de raisons qui incitent CVE ...

à faire le pari de la petite hydroélectricité, en rachetant aux producteurs des unités entre 500 kW et 2 MW,  au fil de l’eau ou de haute chute, puis en préparant lui-même des projets.

Un appel d’offres sans doute plus fréquenté

Ils passeront peut-être par l’appel d’offres national de 105 MW, répartis en trois tranches annuelles de 35 MW sur la période 2018-2020, pour les centrales existantes ou nouvelles de plus de 1 MW. Le premier round s’est terminé en janvier et le secteur attend encore les résultats. Seront-ils meilleurs que ceux de la compétition précédente ? Lancée en 2016 sur 60 MW ouverts, elle n’avait vu que 19 MW attribués aux spécialistes Serhy, Pyrénées Energies et à la Société hydro-électrique de la moyenne Ariège (Shema), mais aussi à Quadran et Valorem, pour l’essentiel. Christine Etchegoyhen, présidente du syndicat France Hydro Electricité, veut le croire, à la veille des 10e Rencontres qu’elle organise à Arles, les 31 mai et 1er juin : « Nombre de nos adhérents ont participé à cette première session du nouvel appel d’offres », annonce-t-elle. Mais en attirant tout de suite l’attention sur les difficultés que rencontrent les projets lauréats de l’appel d’offres précédent, lors de leurs demandes d’autorisations. Le syndicat appelle de ses voeux une plus grande fluidité des relations avec l’administration et un niveau d’exigence environnementale raisonnable, par exemple sur l’augmentation des débits réservés (non turbinés).

Une PPE 2023 plus ambitieuse ? 

Il faut dire que le développement de nouvelles petites centrales fait l’objet d’une forte opposition des ONG, FNE par exemple qui estime que « l’hydroélectricité menace la biodiversité et contribue de façon majeure à la dégradation de l’état de nos eaux ». Pour sa part, la présidente de France Hydro Electricité affirme que ces barrages ne rompent pas la continuité écologique des cours d’eau et met en évidence l’efficacité des nouveaux équipements (grilles plus fines pour protéger des turbines, accès facilité aux passes pour toutes les espèces…) des installations.

Le syndicat est en tous cas persuadé que le secteur bénéficie d’une nouvelle image auprès des pouvoirs publics : « ils ont compris que nous avions des atouts », affirme Christine Etchegoyhen. Le ministère de la Transition écologique et solidaire serait sensible en particulier à une production électrique régulière, assez saisonnière, qui peut rendre de bons services-système et faciliter l’intégration des nouvelles EnR. Du coup, la filière s’attend à une Programmation pluriannuelle de l’énergie pour 2023 nettement plus proactive que dans la version actuelle : « Nous proposons un objectif de 550 MW supplémentaires dans cinq ans, et autant pour 2028 », annonce Christine Etchegoyhen.

(Source : RTE)

La PPE 2018 déjà dépassée

Pour rappel, les centrales hydroélectriques de moins de 500 kW bénéficient d’un tarif d’achat et celles de 500 kW à 1 MW d’un complément de rémunération après vente sur le marché. Les puissances supérieures bénéficient aussi d’un complément de rémunération, mais doivent gagner les appels d’offres. La valeur d’une centrale peut varier considérablement d’une installation à l’autre (de 2 000 €/kW à 7 000 €/kW selon certains développeurs), en fonction des travaux à réaliser, l’existence d’un tarif d’achat étant un must absolu pour les investisseurs.

Selon France Hydroélectricité, la France compte environ 2 200 centrales hydroélectriques, sur 250 000 km de rivières ; 1 200 unités se situent sur le segment des 500 kW-2 MW. La filière assure une production de 7 TWh, soit 1/10e de la production hydroélectrique totale, et dispose d’une puissance de 2 GW. A comparer aux 25,5 GW de capacité installée pour toute l’hydroélectricité française, un secteur qui ne s’est pas vu assigner d’importants objectifs de développement jusqu’à aujourd’hui. Ce qui explique qu’il ait déjà dépassé ses cibles PPE pour 2018 et atteint à 99% celles pour 2023, fourchette basse, soit 25 800 MW, la fourchette haute se situant à 26 000 MW ; seulement 16 MW ont été installés l’année dernière.