Le SER va proposer une PPE EnR par région et suggère une nouvelle trajectoire ZNI

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Jean-Louis Bal

Entretien avec Jean-Louis Bal, président du Syndicat des énergies renouvelables (SER) – 

Dans un contexte politique, réglementaire et économique  plus que favorable aux énergies renouvelables, le SER veut pousser son avantage et maximiser les objectifs de production, pendant le quinquennat et la décennie. Il va notamment proposer une cible pour chaque région et un nouveau plan pour les DOM, sans entrer dans le débat sur les centrales nucléaires. Seul vrai gros sujet d’inquiétude du SER pour l’instant : le manque de soutien à la production de chaleur d’origine renouvelable.

GreenUnivers : Le nouveau gouvernement est en place depuis neuf mois. Quelle appréciation portez-vous sur la prise en compte de la transition énergétique ?

Jean-Louis Bal : Le gouvernement actuel se place dans la continuité du précédent, mais avec des mesures qui vont permettre d’accélérer encore le développement des énergies renouvelables. Cela dit, entre 2014 et 2017, de nombreuses avancées avaient été impulsées, notamment la simplification dans l’éolien et la programmation d’appels d’offres photovoltaïques. Elles se traduisent d’ores et déjà par de bons résultats sur les raccordements en 2017.

GU : Lesquels ?

JLB : Dans l’éolien, 1 797 MW ont été mis en service l’année dernière et dans le solaire, nous en sommes à 887 MW. C’est nettement mieux que par le passé. On observe en particulier une forte accélération au dernier trimestre de l’année, avec pas moins de 1 106 MW installés. Il faut y voir l’effet des appels d’offres « CRE 3 » et des premières périodes de « CRE 4 ». Si l’on poursuit à ce rythme, soit 4 500 MW par an, 2018 devrait se rapprocher de la trajectoire visant l’objectif haut de la PPE* 2023 ; il manquera encore 500 MW annuels.

« Une mission confiée au CGEDD et à l’IGF sur le dimensionnement du fonds chaleur et les modalités d’aides »

GU : Quels sont vos principaux points de vigilance à l’heure actuelle ?

JLB : Notre principale inquiétude, qui n’est pas nouvelle, porte sur le Fonds chaleur. Son doublement pourtant promis n’est toujours pas à l’ordre du jour. Le gouvernement a confié une mission au Conseil général de l’environnement et du développement durable et à l’Inspection générale des finances pour étudier le dimensionnement du fonds et les modalités d’aides, ce qui va a priori dans le bon sens. Nous sommes aussi vigilants sur l’évolution en 2019 du Crédit d’impôt pour la transition énergétique : les équipements renouvelables doivent conserver les mêmes niveaux de soutien lors de la transformation du CITE en prime à l’investissement.

GU : Parmi les initiatives et décisions ministérielles récentes, lesquelles vous semblent les plus importantes ?

JLB : On peut retenir la poursuite de la simplification dans le secteur éolien, avec la suppression d’un niveau de juridiction qui va faire gagner un an et demi aux développeurs, l’augmentation des volumes d’appels d’offres photovoltaïques et tout particulièrement la nouvelle trajectoire de la Contribution climat-énergie.

« Des objectifs pour chacune des régions françaises, à inscrire dans les Sraddet »

GU : La révision de la PPE pour 2023 et la nouvelle pour 2028 figurent-elles parmi vos inquiétudes ?

JLB : C’est l’un des deux grands sujets de 2018, avec le paquet européen sur l’énergie propre. J’estime que les choses se présentent assez bien. Les deux scénarios de RTE retenus, Ampère et Volt, prévoient une forte augmentation de la part des énergies renouvelables dans le mix électrique. Dans les deux cas, nous sommes à 40% en 2030. Pour notre part, nous allons maintenant participer au débat public, en proposant des objectifs pour chacune des régions françaises, à inscrire dans les Sraddet**.

GU : Ne craignez-vous pas que la part du nucléaire ne diminue pas suffisamment, bloquant de ce fait la croissance des EnR électriques, d’autant que la consommation d’énergie est censée diminuer ?

JLB : Les deux scénarios prévoient une réduction de la capacité de production nucléaire. Ce qui est sûr, c’est que le sujet va être abordé, ce qui n’était pas le cas lors de la précédente PPE. La possibilité d’un calendrier de fermeture de centrales a récemment été évoquée par Nicolas Hulot.

GU : Le paquet européen sur l’énergie vous convient-il, au stade actuel, c’est-à-dire après le vote du Parlement ?

JLB : Nous ne pouvons que nous réjouir que les appels d’offres technologiquement neutres ne soient plus imposés, que le taux d’incorporation des biocarburants reste à 7% et que l’objectif d’énergie renouvelable soit porté à 35% en 2030. Mais il reste à connaître le résultat des discussions qui commencent entre le Parlement, le Conseil et la Commission.

« Nous devons être vigilants, sur la nouvelle répartition de la taxe Ifer par exemple »

GU : Revenons en France. Ne trouvez-vous pas que les propositions du groupe de travail éolien pèchent par manque d’ambition ?

JLB : Non, les avancées sont réelles. Et les travaux continuent, en particulier sur le balisage lumineux et les contraintes militaires, où le dialogue avec l’Armée est bel et bien lancé. Mais il est vrai que nous devons là aussi être vigilants. Sur la nouvelle répartition de la taxe Ifer*** par exemple, car il n’est pas exclu que les communautés de communes s’opposent à la réduction de leur part. Mais puisque l’on parle de la France, je vous rappelle que l’un de nos grands sujets de préoccupation se trouve dans les ZNI****…

GU : … car les ambitions y sont insuffisantes ?

JLB : Les PPE actuelles sont incohérentes avec la loi de Transition énergétique, qui prévoit l’autonomie de chaque territoire en 2030. Nous publions aujourd’hui un scénario qui montre que l’objectif est désormais accessible. Lors du dernier appel d’offres solaire avec stockage, le coût du kWh est en effet ressorti à 113 €/MWh, alors que celui du conventionnel revient à 170 € en Corse et à 300 € à Mayotte, par exemple.

* Programmation pluriannuelle de l’énergie

** Schéma régional d’aménagement, de développement durable et d’égalité des territoires

*** Imposition forfaitaire pour les entreprises de réseaux

**** Zones non interconnectées