Election présidentielle : « Nous ne sommes pas inquiets mais… » [Jean-Louis Bal, SER]

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(DR)

Entretien avec Jean-Louis Bal, président du Syndicat des énergies renouvelables (SER) – 

Election présidentielle en France, nouveaux textes en préparation à l’échelon européen, mécanismes de soutien inédits, filière biogaz poussive, chaleur renouvelable affaiblie… : les axes de mobilisation du SER seront encore nombreux cette année. Des sujets traités dans le détail dans le Livre Blanc publié par le syndicat la semaine dernière et au menu de son colloque annuel, dont GreenUnivers est partenaire, le 31 janvier à Paris.

GreenUnivers : Quels sont les principaux sujets de préoccupation du SER cette année ?

Jean-Louis Bal : En premier lieu, le paquet européen sur l’énergie. Avec trois questions majeures : les appels d’offres à neutralité technologique, l’évolution de la proportion des biocarburants dans les transports et la part des énergies renouvelables dans la consommation en 2030. Notre deuxième sujet : l’élection présidentielle et, pour les mois qui précèdent, l’attention portée aux énergies renouvelables dans les programmes des candidats.

Appels d’offres neutres :  « La partie n’est pas jouée mais sera difficile »

GU : La France et l’Allemagne sont hostiles à la mise en concurrence des énergies dans les appels d’offres. Y a-t-il vraiment un risque que les appels d’offres neutres s’imposent partout en 2020 ?

J-L. B. : La position des deux pays représente un atout. La Commission européenne est elle-même divisée sur le sujet. Mais nous avons vu, au travers des échanges entre les différentes directions de la Commission lors de la préparation du paquet d’hiver, à quel point la DG Concurrence y est attachée. La partie n’est pas jouée mais sera difficile. Nous serons donc particulièrement vigilants et continuerons à expliquer pourquoi la neutralité technologique est une très mauvaise idée : équilibre du système électrique, aménagement du territoire, visibilité du développement des filières…

GU : Le projet de directive européenne vise 27% d’énergies renouvelables en 2030. Vous estimez cela insuffisant. Quel devrait être l’objectif ?

J-L. B. : Nous estimons que 30% est un minimum. D’autant que la consommation globale d’énergie devrait diminuer du fait des efforts d’efficacité énergétique. La France s’est fixé 32% en 2030. Je rappelle qu’entre 2010 et 2020, la part des EnR doit passer de 10% à 20% au plan européen. On ne voudrait pas prolonger cette dynamique dans la décennie suivante, alors que ces énergies coûtent de moins en moins cher ? La question nous préoccupe d’autant plus que cet objectif est seulement collectif et n’est pas décliné par Etat membre. Ce qui pose le problème de la responsabilité si la cible n’est pas atteinte.

GU :  Le bilan environnemental des agrocarburants de première génération est mauvais, du fait notamment de l’utilisation des pesticides, sans parler de la concurrence avec l’alimentation. La Commission européenne veut réduire leur part d’ici 2030, en passant d’une cible de 7% à 3,8%. Pourquoi vous opposez-vous à cela ?

J-L. B. : Les travaux de l’Ademe et de l’Inra montrent que leur bilan énergétique est bon et qu’il y a réduction effective des gaz à effet de serre. Le schéma volontaire de durabilité 2BsVs reconnu au niveau européen fixe des critères que les filières des biocarburants respectent depuis de nombreuses années ; sans cela, ils ne pourraient d’ailleurs pas être commercialisés. Les biocarburants conventionnels représentent la seule alternative significative aux carburants fossiles et constituent le socle de développement des biocarburants avancés. La décroissance de leur part dans les carburants fossiles, conjuguée à une baisse tendancielle de la consommation dans les transports, menacerait de nombreux sites industriels et des dizaines de milliers d’emplois. Les biocarburants permettent aussi de réduire les dépendances de la France en matière énergétique et en matière d’alimentation animale donc attention aux conséquences plus larges de tels objectifs. Une telle réduction est inacceptable, d’autant que les biocarburants de seconde génération, que ce soit en France, en Europe ou dans le monde, ne sont pas entrés en phase d’industrialisation, car ils ne sont pas encore compétitifs.

GU :  Rentrons en France et venons-en aux élections présidentielles. Vous invitez ...