Stratégie bas-carbone : comment la France peut rattraper son retard

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Nicolas Hulot (ministère de la Transition écologique et solidaire)

Peut mieux faire, beaucoup mieux faire. Alors que la France doit se fixer en 2018 une nouvelle trajectoire de réduction des émissions de gaz à effet de serre, le premier point d’étape de sa stratégie nationale bas-carbone est mauvais : ses émissions ont dépassé de 3,6% le plafond prévu en 2016, d’après la première publication des indicateurs de suivi. Mais, si cet état des lieux pointe du doigt le retard pris dans plusieurs secteurs, il indique aussi les leviers à actionner pour corriger le tir. On y lit en creux le programme de travail pour le gouvernement cette année. « Pour compenser la sur-émission de 2016 et respecter le budget-carbone 2015-2018, il faudra ...

faire mieux que les valeurs indicatives retenues pour 2017 et 2018″, commente le ministère de la Transition écologique.

Le solaire à la peine

Dans ce point d’étape, les énergies renouvelables – et plus largement la production d’énergie – font figure de bonne élève. Les tendances sont jugées « très satisfaisantes » pour l’éolien et les bioénergies. Seuls quelques segments de marché sont véritablement à la peine. A commencer par le solaire, un constat qui n’est sans doute pas étranger à la priorité accordée hier à cette filière par Nicolas Hulot lors de ses vœux pour l’année 2018. Dans son état des lieux, qui porte sur l’évolution entre 2015 et 2016, le ministère pointe un volume de 581 MW installés, contre 1800 MW attendus. Ce constat explique sans doute aussi les récentes annonces du ministre pour « changer d’échelle » dans cette filière.

On notera aussi l’attention accordée à la méthanisation agricole : « l’objectif du plan EMAA (Énergie méthanisation autonomie azote), à savoir l’installation de 1000 méthaniseurs à la ferme d’ici 2020, était atteint à hauteur de 27% en 2016 », signale le ministère. Et certains segments bien spécifiques comme la consommation par l’industrie d’EnR thermiques et issues des déchets, qui s’écarte « significativement » de la trajectoire attendue « depuis 2014 ». Ou le développement des EnR dans le secteur tertiaire dont l’évolution est jugée « la plus préoccupante » et « beaucoup moins rapide qu’attendu, engendrant un écart de -45% par rapport au scénario en 2015 ».

Des filières d’excellence ?

Les EnR sont loin d’être les seules concernées. Contrairement à ce que les premières polémiques sur la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE) pourraient laisser croire, les regards vont aussi se porter en 2018 sur les bâtiments et la mobilité. Dans ces secteurs, nombre de politiques sont considérées comme insuffisantes.

Dans les transports, c’est le cas du déploiement des infrastructures de recharge pour les carburants alternatifs. Ainsi, pour les voitures électriques, la loi sur la transition énergétique a fixé un objectif de 7 millions de points de recharge à l’horizon 2030, soit environ 500 000 nouveaux points par an. Entre juillet 2012 et juillet 2017, seules 3400 stations, avec 3 points de charge en moyenne, ont été créées par an. Un projet de loi sur la mobilité est attendue en 2018, il contiendra sans doute des mesures pour favoriser l’intermodalité entre les transports et le développement du covoiturage. La prorogation ce 23 janvier de la déclaration d’utilité publique du projet de contournement autoroutier de Strasbourg n’envoie toutefois pas des signaux en faveur des mobilités douces.

Le bilan d’étape du ministère souligne aussi les efforts à accomplir pour améliorer l’efficacité énergétique des motorisations conventionnelles, « et atteindre notamment les 2L/100km en moyenne pour les véhicules particuliers vendus en 2030 ». Plus largement, il pointe des insuffisances en termes de fiscalité, d’investissement public, de politiques industrielles et d’innovation si la France veut « constituer des filières d’excellence dans les énergies renouvelables et technologies bas-carbone ainsi que dans l’efficacité énergétique ».

Les investissements dans la rénovation

Dans le bâtiment, le plan national sur la rénovation, encore assez théorique, est évidemment très attendu. « Malgré une mobilisation croissante des propriétaires privés pour la rénovation énergétique, les investissements publics et privés dédiés à la transition énergétique (volet bâtiment) n’ont augmenté que de +7,7% entre 2014 et 2015, alors que le scénario de référence envisageait +22,17 % d’augmentation. Cela vient donc souligner la nécessité d’un important renforcement des mesures. » Ce sont à la fois le rythme des rénovations et les gains obtenus lors des travaux qui sont dans la ligne de mire.

Signaux-prix, tiers-financement et mesures coercitives

Les mesures attendues ? Elles sont connues. Un déploiement plus large des passeports de la rénovation énergétique pour accompagner les particuliers, des mesures « incitatives et coercitives » pour que les propriétaires rénovent les passoires énergétiques mises en location, le renforcement des dispositifs d’information des consommateurs et la mobilisation des signaux-prix. Et, dans l’industrie, le développement de services d’efficacité énergétique « de qualité » et du tiers-financement.

  • Parcourez ci-dessous le suivi des indicateurs sectoriels de la stratégie nationale bas carbone (ou ici en PDF)