Eren Re invite Total à son capital, avec intégration probable dans cinq ans

Print Friendly, PDF & Email
(Crédit : Eren)

Lors de la présentation de la stratégie à 20 ans de son groupe, Patrick Pouyanné, président de Total, avait clairement annoncé la couleur en avril 2016 :«  Nous voulons figurer dans le top 3 mondial de l’énergie solaire, nous développer dans le trading d’électricité, dans le stockage d’énergie, être leader sur les biocarburants (…) mais aussi envisager des développements possibles dans les autres énergies renouvelables ».

Le plan prend une tournure de plus en plus concrète. En témoignent les deux annonces d’aujourdhui : le rachat de la société GreenFlex et l’entrée au capital d’Eren Re, la filiale consacrée aux EnR du groupe Eren fondé en 2012 par Pâris Mouratoglou et David Corchia, le duo qui a fait la fortune d’EDF EN.

23 % et plus si affinités

Coté Eren Re, la major française du pétrole souscrit à hauteur de 237,5 M€ à une augmentation de capital et prend une participation indirecte de 23% dans cette société. L’accord prévoit que Total pourra en prendre ...

le contrôle dans cinq ans. Le deal ne porte pas sur les activités industrielles du groupe Eren, qui comprennent cinq entreprises : Orège,  TMWVoltalis, Osmos et Fafco et dont les besoins de financement sont l’instant couverts en interne, selon le groupe Eren.

Attention, la prise de participation de Total dans Eren Re est indirecte, car l’énergéticien entre dans une holding toute neuve qui coiffe Eren Re, dans laquelle il prend 34% du capital, le solde et donc le contrôle restant dans les mains de Pâris Mouratoglou et David Corchia, lesquels ne vendent aucun titre dans cette opération. Cette holding va détenir 69% du capital d’Eren Re, aux cotés des autres actionnaires actuels, ie Bpifrance, Next World, Tikehau et Foncière et Financière de Participations (FFP, holding de la famille Peugeot). 

Besoin de financement et dimension mondiale 

Lancé dans un développement international solaire et éolien à marche forcée, Eren Re a de gros besoins de financements chaque année, une problématique que rencontrent désormais tous les pionniers des énergies renouvelables, en France et ailleurs.  «  Notre ambition est de construire 500 à 600 MW chaque année, ce qui représente un investissement annuel d’environ 500 à 600 M€, dont 120 à 150 M€ en equity  », explique David Corchia. Pour répondre, les deux fondateurs avaient le choix entre trois options : refaire une augmentation de capital privé avec les mêmes investisseurs (200 M€ ont été levés depuis 2015), accélérer le processus d’introduction en Bourse ou conclure tout de suite avec un partenaire stratégique.

David Corchia, co-fondateur d’Eren Groupe.

Après de premiers contacts sur la question avec Total en mai, le deal a été bouclé à vitesse accélérée cet été. Pourquoi choisir la troisième solution et pourquoi Total, Eren ayant été approché ces derniers temps par plusieurs prétendants ? Parce que la dimension mondiale de Total et les ambitions d’Eren Re s’emboîtent plutôt bien. La major est présente partout dans le monde et notamment en Afrique, un continent où Eren Re prospecte de plus en plus.  «  Total apporte historiquement surtout du pétrole et du gaz à ses clients, mais souhaite désormais faire de même avec les énergies renouvelables. Dans les pays émergents, de grandes synergies sont possibles avec Eren Re, par exemple sur les centrales hybrides, mais aussi sur le off grid électrique et en fait dans à peu près toutes nos activités », illustre David Corchia. 

Un début de world company des EnR

Dans les EnR proprement dites et via le développeur et fabricant photovoltaïque SunPower, Total est plutôt présent en Amérique du Nord et en Europe. Alors que le portefeuille (650 MW à l’heure actuelle, installés ou en construction) et l’essentiel du pipe (1,5 GW) d’Eren Re se situent surtout en Asie-Pacifique, en Amérique latine et en Afrique et se trouvent plutôt focalisés sur les marchés émergents, dans une trentaine de pays. Autre emboîtement, celui de l’énergie solaire, fer de lance de Total, et de l’éolien, qui représente  plus de la moitié de la capacité installée et en développement d’Eren Re. L’addition de tout cela ressemble à un embryon de world company des EnR et correspond  à ce que veut construire Total.

D’où cet accord à 5 ans pour prendre éventuellement le contrôle d’Eren Re, une option que Total voulait absolument posséder. Mais David Corchia signale qu’à côté de cette intégration perdure une autre possibilité qui sera discutée avec Total et les autres actionnaires : une introduction en Bourse à un horizon de cinq ans, avec Total en tant qu’actionnaire principal et de référence. D’ici là, les deux nouveaux associés auront appris à travailler ensemble : « Total nous laisse clairement notre flexibilité et notre autonomie, précise David Corchia. Le groupe veut préserver notre agilité et notre rapidité et surtout ne pas « casser la machine ». Nous allons travailler en parfaite symbiose avec ce géant de l’énergie. »

Pour sa part et dans le communiqué de son groupe, Patrick Pouyanné a déjà souhaité « bienvenue à Total Eren dans le groupe Total ! », ce qui laisse peu de doute sur les intentions du pétrolier et sur les perspectives du deal.