Pourquoi Akuo Energy lance sa propre plateforme de financement participatif

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Pourquoi confier aux autres ce que l’on peut faire soi-même ? Certains développeurs comme Quadran appliquent cette logique à la vente d’électricité. D’autres comme Akuo Energy le font désormais dans le financement participatif. Après un an de préparatifs, la société fondée et dirigée par Eric Scotto a présenté ce matin sa propre plateforme de crowdlending, baptisée AkuoCoop. Elle va proposer aux particuliers français de cofinancer les projets de la société. La démarche n’est pas réservée aux riverains et pas non plus aux projets d’Akuo. Mais pour l’instant, le pipe d’AkuoCoop est 100% maison.

Associer pour lever les oppositions

Le premier appel aux prêteurs porte sur une ferme de 14 éoliennes et 28 MW en service depuis 2014 et qui a coûté 50 M€ dette comprise. Akuo désinvestit 100 000 euros, un montant qu’il propose aux épargnants d’investir jusqu’en mai, à un taux de 4% avec remboursement in fine. D’autres projets vont suivre (dans l’hydro et le solaire) cette année et dans les années qui viennent. Par exemple ceux issus lors de la première tranche CRE4. Les 60 MW présentés par Akuo (32 MW sélectionnés) étaient tous en mode participatif.

Cette irruption dans un secteur dominé par des sites indépendants – exception faite de GreenChannel, créé par Engie, et qui a mis la clé sous la porte – est ...

destiné avant tout à favoriser l’acceptabilité des projets, notamment éoliens, et à profiter de la popularité de ce mode de financement. « Dans notre secteur, aucun projet ne se fait plus contre les gens, ce temps-là est révolu », explique Eric Scotto, qui ne prévoit pas de faire des profits sur AkuoCoop, l’activité visant seulement à être équilibrée.

Prévenir le risque de mauvais image

Mais alors, pourquoi « squeezzer » les professionnels déjà installés et expérimentés et consacrer de l’argent à développer un outil ? Eric Scotto met en avant deux raisons. Le risque de réputation tout d’abord, en cas de défaillance d’une plateforme. Les acteurs du crowdfunding sont selon lui engagés dans une course au volume et certains proposent des projets encore en développement, qui peuvent donc échouer. « AkuoCoop nous procure une certitude sur la qualité d’exécution. D’ailleurs, nous proposerons exclusivement des projets en construction ou en service ». Dit autrement, Akuo Energy ne veut pas être noyé dans la masse des projets présentés sur les plateformes indépendantes, lesquelles pourraient prendre de plus en plus de risques pour grandir. Et si d’autres développeurs demandent à utiliser AkuoCoop, leurs projets seront audités par l’équipe du développeur et exploitant.

Le second motif ? « Le financement participatif nous rapproche du client final et correspond de la sorte au mouvement global des énergies renouvelables », répond le président d’Akuo. C’est la même tendance qui pousse des producteurs à créer leur propre fournisseur d’énergie.

Juge et partie ? 

Interrogé sur cette arrivée d’un développeur sur son marché, la plateforme de crowdlending Lendosphere estime que c’est un bon signe, qui témoigne du fort intérêt des professionnels. Mais Amaury Blais, son cofondateur, rappelle que « l’Autorité des marchés financiers (AMF) ne permet pas à une plateforme de conseiller exclusivement des financements pour le compte de son propre actionnaire, afin d’éviter le risque évident d’être juge et partie dans le conseil en financement. » De fait, AkuoCoop n’est pas un Conseiller en investissement participatif (mais sous statut d’Investisseur en Financement participatif, IFP) et ne relève pas de l’AMF.

Quant au risque de défaillance, ce spécialiste reconnaît que « certaines plateformes ont été trop laxistes dans la sélection des projets et en paient le prix aujourd’hui quand certains engagements ne sont pas honorés. » Mais cette éventualité serait faible chez les sites spécialisés dans les EnR, qui connaissent l’économie du secteur et ses protagonistes : « si Lendosphere est la plateforme française qui a collecté le montant le plus important auprès des particuliers en 2016, c’est probablement lié au fait que c’est une des seules plateformes – parmi les cinq les plus importantes – à n’avoir aucune défaillance », affirme Amaury Blais.