Eiffel Investment et la BEI vont financer des prêts-relais pour les développeurs

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(Source : Frits Ahlefeldt Hiking.org)

Existe-t-il un « no man’s land » dans le financement des énergies renouvelables ? Le nouveau fonds Eiffel Energy Transition veut en tout cas apporter une solution aux développeurs avant la phase de construction pour « défricher un secteur laissé à l’abandon par les acteurs traditionnels du financement », promet Fabrice Dumonteil, président d’Eiffel Investment. Ce gestionnaire d’actifs spécialisé dans le financement d’entreprises (600 M€ d’encours sous gestion) a présenté ce matin Eiffel Energy Transition, lancé avec l’aide de la Banque européenne d’investissement (BEI). Doté pour l’instant de 100 M€, dont 40 M€ apportés par l’institution européenne, le fonds vise 200 M€ d’ici à la fin de l’année.

Outre la BEI, le pool de souscripteurs comprend ...

des banques françaises, assureurs, mutuelles et fonds corporate dont l’identité reste pour l’instant confidentielle. L’Etat français est en train d’étudier une prise de participation et a mandaté l’Ademe à cette fin. Selon Fabrice Dumonteil, son apport pourrait s’élever à 40 M€.

Le fonds prêtera à court terme (6 à 36 mois) des montants compris entre 1 et 30 M€ (grand maximum) à des sociétés de projet dans les énergies renouvelables et l’efficacité énergétique, avant l’arrivée des investisseurs de long terme. Les projets financés devront être implantés en Europe, notamment en France. Toutes les technologies sont visées, y compris les énergies marines à l’exception de l’éolien offshore. Il n’y a pas de pourcentage arrêté mais une petite partie du fonds ira à des solutions innovantes qui n’ont pas encore été prouvées sur le marché. Le rendement net escompté est de l’ordre de 5%.

Débloquer rapidement les fonds

Eiffel Energy Transition devra être réactif. « Un développeur trop lent ne va pas gagner d’argent. Nous ne comptons pas en mois, mais en semaines », assure Pierre-Antoine Machelon, gérant du fonds. Ce véhicule ne cible pas les géants de l’énergie, mais surtout la « ligue 2 » des PME-ETI. Parmi les développeurs déjà intéressés par le dispositif, on trouve par exemple le développeur et exploitant Akuo Energy. Présente dans 30 pays, cette ETI a 200 projets en cours dans le monde, et donc beaucoup d’argent bloqué pour plusieurs années. « Après avoir gagné un appel d’offres, il faut s’adresser à une banque senior afin d’obtenir la dette nécessaire, rappelle Eric Scotto, président d’Akuo. Mais structurer une dette prend du temps et cela reste difficile pour les petits montants. » Les prêts d’Eiffel Energy Transition devront, dans de telles situations, permettre de débloquer des fonds pour enclencher de nouveaux projets. Le fonds pourrait par exemple être sollicité par Akuo pour des projets en Croatie, à l’instar de la centrale biomasse dont il finalise actuellement la structuration de la dette.

Autre client potentiel, Helexia, intégrateur de solutions photovoltaïques et d’efficacité énergétique pour les bâtiments commerciaux et industriels. Cette entreprise d’une quarantaine de personnes, qui a déjà installé 32 MWc, se positionne notamment comme tiers-investisseur pour ses clients. Ce qui suppose un « risque de contrepartie », explique Benjamin Simonis, cofondateur et directeur financier. Or, les banques ne connaissent pas nécessairement les clients d’Helixia, qui assureront le revenu de cette dernière. C’est pourquoi Eiffel Energy  Transition « répond à nos enjeux de manière pertinente », commente le dirigeant.

Projets « quasi-sécurisés »

Le fonds cible les sociétés de projet ayant déjà obtenu les permis requis, ce qui limite le risque. « Le fonds couvre cet espace de lancement des projets au stade où ils sont quasi-sécurisés. Par exemple, lorsque dans un projet de production d’énergie renouvelable, il ne reste plus qu’à obtenir une convention d’occupation du domaine public maritime », indique Laurent Michel, à la tête de la direction générale énergie climat (DGEC) au ministère de l’Environnement.

Le fonds est pensé pour durer 10 ans. Le remboursement des prêts et de leurs intérêts permettra de l’alimenter. « Nous avons déjà identifié un certains nombre de projets et d’acteurs, donc les 200 M€ seront certainement très vite investis », affirme Jacques Veyrat, président-fondateur de la holding d’investissement Impala, actionnaire d’Eiffel et également de Neoen et Direct Energie.

Le fonds mise aussi sur la flexibilité, en ce qui concerne les périodes de remboursement. Les garanties demandées comprendront un nantissement sur le projet.

Répliques possibles en Europe

Pour la BEI, ce fonds fait office de véhicule financier pilote : elle espère créer des répliques ailleurs en Europe. « Ce fonds répond à une vraie faille de marché, qui freine l’accélération du développement de la transition énergétique en Europe et en France », estime Ambroise Fayolle, vice-président de l’institution. Juridiquement, l’implication de la BEI dans ce nouveau fonds relève du « plan Juncker », du nom de l’actuel président de la Commission européenne. Appliqué depuis 2015, il vise à relancer l’investissement dans les pays de l’Union européenne.

La BEI a pour objectif de réaliser au moins 25% de ses investissements dans le domaine de la lutte contre le changement climatique. Objectif respecté, puisqu’elle dit atteindre 26% en moyenne dans l’Union européenne et 35% en France.