Le « décret tertiaire » oblige les propriétaires à la spéléo énergétique

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(@Avendreàlouer)

Le « décret tertiaire » destiné à améliorer la consommation des bâtiments de plus de 1 000 m2 et surtout ses arrêtés d’application n’ont pas fini de faire parler d’eux. Le premier, sur la méthodologie, est paru en début de mois. Le deuxième sur les valeurs énergétiques de référence par catégories de bâtiments était prévu pour ce printemps. Il a été reporté en septembre pour de premiers secteurs (non précisés) et en fin d’année pour les autres.

Mais l’obligation de résultats à terme est certaine, de même que la nécessité d’un état des lieux. Comme le fait remarquer Cyril Sailly, dirigeant et fondateur d’Advizeo, spécialisé dans l’amélioration énergétique des bâtiments et filiale du groupe d’ingénierie Setec, « le décret vient changer la manière de raisonner des propriétaires de bâtiments. Alors que les audits obligatoires étaient fondés sur ...

un échantillon représentatif de bâtiments, il va être nécessaire de mesurer puis d’améliorer la consommation de tous les bâtiments d’un parc, avec une obligation de résultats d’ici 2030″.

Retrouver les vieilles factures ?

L’exercice commence tout de suite, car une photographie de l’existant est attendue pour fin 2021 sur la plateforme de l’Ademe créée à cette fin. « Pour prouver que l’on obtient des économies, il faut savoir ce que l’on consomme. Les maîtres d’ouvrage vont devoir « ratisser » pour faire remonter les informations, en provenance des locataires de leurs locaux, des fournisseurs d’énergie, des gestionnaires de réseaux… « , explique Cyril Sailly. Les propriétaires d’actifs ont le choix d’arrêter une année de référence entre 2010 et aujourd’hui mais cela peut supposer de retrouver les vieilles factures. Lesquelles sont enfouies dans les services de comptabilité et devront pour bien faire être complétées par les données issues de l’exploitation énergétique des bâtiments. Celle-ci relève souvent des directions RSE. L’embrouillamini s’accentue quand les propriétaires des parcs s’aperçoivent que leurs bâtiments récents consomment plus que prévu et qu’une année récente de référence n’est pas un bon calcul. « Une GTB-GTC* sur deux dysfonctionne. Exemple typique : les programmations horaires se sont effacées et les ventilo-convecteurs chauffent la nuit, sans que les gestionnaires s’en rendent compte », illustre Cyril Sailly. Il compare le problème à celui des fuites d’eau.

Les gestionnaires de réseaux et leurs rustiques données issues directement des compteurs pourraient bien représenter l’ultime recours pour les propriétaires d’actifs incapables de reconstituer une image énergétique de leurs parcs à partir de leurs propres ressources. Mais ce ne sera pas si facile non plus, car ces relevés peuvent être difficiles à retrouver au delà de trois ans d’âge. 

Quel réel niveau d’exigence ?

Dans tous les cas, le premier chantier du décret tertiaire s’annonce lourd. L’inventaire suppose d’établir la liste de tous les sites – par exemple tous les magasins détenus par une foncière d’immobilier commercial -, de récupérer les données de surfaces et les points de livraisons (électricité, gaz, froid…) associés. Une exploration en forme d’expédition spéléo. Pour reconstituer leurs données énergétiques réelles, définir un niveau de référence et savoir si d’importants et coûteux travaux doivent être engagés ou non, des propriétaires d’immeubles vont sans doute recourir aux prestations de sociétés spécialisées dans l’efficacité énergétique comme Advizeo ou Deepki, qui constatent en ce moment un intérêt pour leurs services et leurs webinaires d’information. Employeur de 48 personnes, Advizeo s’attend à un chiffre d’affaires de 4,5 M€ cette année contre 3,5 M€ en 2019.

Il reste maintenant à savoir quelles valeurs de référence seront retenues dans les futurs arrêtés « modulations  » et si les efforts à fournir par les filières et notamment l’immobilier commercial seront réellement exigeants.

*Gestion technique des bâtiments et gestion technique contrôlée