STEPSol, lauréat de l’AO ZNI, montre de belles ambitions

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(c) STEPSol

STEPSol a remporté son premier projet lors de l’appel d’offres solaire+stockage dans les zones non-interconnectées (ZNI) de la Commission de régulation de l’énergie (CRE), dont les résultats ont été rendus publics début avril. La start-up corse, qui a élaboré un concept innovant de mini-station de transfert d’énergie par pompage (STEP) associée à du photovoltaïque, tient ainsi son tout premier projet commercial. Loin de s’en satisfaire, elle multiplie les projets sur l’île de Beauté mais aussi à l’international. Et finalise par ailleurs une augmentation de capital.

Un projet compétitif et environnemental

Le projet présenté par STEPSol aura une capacité PV de 250 kWc et de stockage de 125 kW. Il sera situé sur la petite commune corse de Mausoleo (80 habitants). La centrale solaire sera installée sur un hangar qui recouvrera le bassin aval. Elle alimentera la pompe qui fera remonter l’eau du bassin bas vers l’amont situé 130 mètres plus haut. L’électricité en surplus sera injectée dans le réseau. Les 1 000 m3 d’eau feront tourner la turbine hydroélectrique de 125 kW qui prendra le relais de la centrale solaire lorsque le soleil se couche et que la consommation d’électricité atteint son pic entre  ...

18h30 et 22h. « Le cahier des charges de la CRE prévoit une surprime de 200 €/MWh entre 19h et 21h. C’est un peu dommage car notre concept nous permet de proposer une production d’électricité stable sur au moins 4h mais nous nous y plierons bien volontiers », explique Didier Pierrat-Agostini, PDG de la société. Le prix peut sembler élevé, mais les coûts de production sur l’île le sont bien davantage en période de pointe : entre 173 et 442 €/MWh selon les calculs de la CRE.

Outre l’intérêt économique, le concept de STEPSol se veut également environnemental. Ces micro-STEP n’ont rien de comparable avec les installations multi-mégawatts qui offrent à la France une capacité de stockage d’électricité fiable et bon marché, mais qui nécessitent d’important travaux de génie civil. Ici, pas question de noyer des vallées entières. Les bassins sont de taille modeste et en l’espèce, l’un d’entre eux ne sera qu’une bâche souple posée à même le sol. Autre point important, les deux équipements de rétention seront construits de telle sorte que les pompiers pourront y avoir accès facilement. Ils représenteront donc un intérêt majeur dans le cadre de la lutte contre les incendies de forêts, fréquents dans cette partie de l’île en proximité immédiate du massif forestier de Targine/Melaja.

De manière générale, STEPSol veut développer la mixité des usages pour réduire son empreinte sur la nature. « Je suis en relation avec Saveriu Luciani, président de l’Office Hydraulique, pour voir comment nous pouvons mutualiser les équipements hydrauliques existants en Corse », explique Didier Pierrat-Agostini.

Une SEM, un golf et un rêve

Le projet a été élaboré en concertation étroite avec la communauté de commune Lisula Balagna. Cette dernière va d’ailleurs constituer une société d’économie mixte (SEM) afin de prendre des parts du capital de la société de projet. « La Banque de Territoires devrait aussi sans doute intégrer la SEM », précise Didier Pierrat-Agostini. Le report des élections municipales ne facilite pas les prises de décisions mais selon le chef d’entreprise, les élus locaux lui auraient donner l’assurance que cela ne les empêchera pas d’avancer en ce sens. De fait, alors que la société dispose de deux ans pour construire la centrale, elle vise une mise en service dès juin 2021.

(c) Wikipedia

Outre le projet de Mausoleo, STEPSol poursuit un autre projet déjà évoqué dans GreenUnivers concernant un agrigolf à Sartène sur un domaine vinicole. L’idée est de concilier agriculture, tourisme œnologique et golf. STEPSol y installerait sa centrale qui récupérerait les eaux de pluie (ce qui aurait au moins l’avantage de réduire un peu la consommation d’eau) et fournirait de l’électricité verte au complexe. Le permis de construire est toujours en attente d’approbation. Autre projet sur l’île de Beauté, l’électrification d’un village : Muna. Datant du XVIIIe siècle, niché à flanc de falaise, il a été presque totalement abandonné depuis la première guerre mondiale et ne dispose pas de l’électricité. Il est constitué d’une centaine de maisons en pierre et d’une église visitée par les randonneurs en été. Son électrification pourrait potentiellement lui redonner vie. Un rêve pour certains habitants de la région.

International et augmentation de capital

A peine lauréat de la CRE, STEPSol voit déjà plus loin, bien plus loin : à l’autre bout de la planète. Didier Pierrat-Agostini est allé en Polynésie française pour visiter certaines îles qui auraient du potentiel. Si la plupart sont très « plates », les îles Marquises ou Tahiti présenteraient des dénivelés opportuns pour y développer son concept. Autre marché cible : la Colombie. Bien que le pays ne soit pas une île, il existerait beaucoup de villages isolés. Tirer des lignes électriques à travers la jungle coûterait bien trop cher et sa solution serait adaptée car le pays se caractérise par de forts dénivelés. Depuis sa victoire à l’appel d’offres de la CRE, STEPSol peut désormais prétendre à bénéficier des aides mises en place par l’Agence française de développement et la Direction générale du Trésor, notamment le Fasep Innovations Vertes.

Last but not least, la levée de fonds prévue sur Wiseed a finalement tourné court, mais la société finalise en ce moment même une augmentation de capital qui devrait intervenir dans les prochains jours.