Hauts-de-France : quelles priorités pour la transition énergétique ? [Entretien]

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Entretien avec Frédéric Nihous, conseiller régional des Hauts-de-France (LR, ex président de Chasse, pêche, nature et traditions), délégué à la politique de l’énergie et à la transition énergétique –

(Crédit Région Hauts-de-France)

La Région Hauts-de-France défend une politique d’aménagement énergétique du territoire qui veille à considérer les zones urbaines et rurales. Solaire, biométhane, hydrogène, rénovation des logements… Toutes les filières pourraient en profiter, hormis l’éolien.

GreenUnivers : Quelles sont les priorités des Hauts-de-France dans l’énergie ?

Frédéric Nihous : La Région travaille autour d’un triptyque incontournable : écologie, économie et social. La transition énergétique est un vrai sujet d’aménagement du territoire. Nous plaidons d’ailleurs pour un nouvel acte de décentralisation énergétique qui pourrait, par exemple, prendre la forme d’une régionalisation des appels d’offres. Prenez l’énergie solaire : nous voulons la développer fortement, mais les mécanismes nationaux nous mettent en concurrence avec des régions plus ensoleillées comme Occitanie et Sud Paca, avec les mêmes tarifs d’achats.

« Nous voulons multiplier par dix notre production d’énergie solaire »

GU : Les Hauts-de-France mobilisent tout de même déjà ...

des moyens…

FN : Oui, 300 M€ de fonds régionaux et européens ont été injectés en 2018 dans la transition énergétique. A elles deux, notre SEM Energies Hauts-de-France et notre société de capital investissement CAP3RI représentent une enveloppe de 40 M€. Quant à notre fonds régional Fratri*, il a financé l’an passé 200 projets pour un total de 18 M€. Son budget est passé cette année à 23 M€. Sans oublier le fonds européen Feder que nous gérons au niveau régional et qui apporte 320 M€ sur la période 2014-2020.

GU : Certains projets sont-ils privilégiés ?

FN : Le nucléaire doit garder une place importante. La Région est candidate à l’accueil d’un EPR. En complément, nous souhaitons développer toutes les énergies renouvelables, partout et pour tous, hormis l’éolien. Les Hauts-de-France ont déjà largement contribué à cette filière. La région produit plus du quart de l’énergie éolienne de France. Pour le reste, l’objectif est de doubler d’ici à 2030 notre production EnR avec des petits et des gros projets, dans l’urbain et le rural. Nous voulons multiplier par dix notre production solaire : la région possède beaucoup de friches qui offrent des opportunités. Nous allons aussi développer la géothermie et le bois énergie. La Région a voté une délibération pour raccorder tous ses bâtiments – quand c’est possible – à des réseaux de chaleur. Autre exemple, la petite hydroélectricité, en milieu rural. Il y aussi le biogaz, sur lequel nous regrettons le manque d’ambition du gouvernement. La Région Hauts-de-France veut devenir la première d’Europe pour l’injection de biométhane. Le président Xavier Bertand a aussi demandé pour fin 2019 des feuilles de route sur les énergies marines et l’hydrogène.

« Nous allons étendre notre service public de l’efficacité énergétique »

GU : Que prévoyez-vous dans l’hydrogène ?

FN : La Région a participé au financement des bus du syndicat mixte de transport Artois-Gohelle. Nous accompagnons aussi les communes qui veulent candidater à l’appel à projets de l’Ademe. Mais, avec leurs ports et aéroports, les Hauts-de-France peuvent développer plus largement cette filière d’avenir. Nous allons créer un groupe de travail à ce sujet comme nous l’avons fait avec le biométhane, le solaire et les réseaux intelligents. L’idée est de travailler avec les acteurs intéressés pour identifier les besoins.

GU : Vous avez évoqué les énergies marines…

FN : Hormis l’éolien en mer, sur lequel nous émettons des réserves, le but est d’étudier tout le champ des possibles : le marémoteur, la méthanisation à partir de déchets de la pêche… et des activités comme la thalassothermie. L’idée n’est pas de nous limiter à la production d’énergie, mais de réfléchir aussi à son utilisation sur le littoral.

GU : Justement, sur le volet consommation, comment abordez-vous la rénovation des logements ?

FN : C’est un enjeu clé dans une région où près d’un ménage sur cinq est en situation de vulnérabilité énergétique. La régie régionale, expérimentée depuis 2014 dans l’ex-région Picardie, a accompagné la rénovation de 1 500 passoires thermiques. Son activité va être étendue à tous les Hauts-de-France d’ici la fin 2019. La Région a aussi instauré une aide directe pour les propriétaires modestes, en complément de l’Anah, de 1 500 à 3 000 euros. Il y a par exemple un bonus de 500 euros en zone rurale, un autre du même montant si les matériaux utilisés sont issus de sources locales ou du recyclage. En un an, 3 000 personnes en ont bénéficié. Le rôle de la Région est aussi d’accompagner l’innovation. Nous souhaitons équiper d’énergies renouvelables les 262 lycées de la région. Ils pourraient aussi servir de terrain d’expérimentation. Pourquoi pas sur la gestion intelligente ou le stockage de l’énergie ?

*Fonds régional d’amplification de la troisième révolution industrielle (Fratri)

Retrouvez plus d’informations sur la transition énergétique en Hauts-de-France dans notre Benchmark des régions