La protection des oiseaux, une question en ascension dans l’éolien

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(Crédit : Enercon)

« Dans cinq ans, les développeurs ne se demanderont plus s’ils doivent installer ou non des capteurs de détection des oiseaux » : Henri-Pierre Roche, fondateur de l’entreprise bitterroise Biodiv-Wind est certain de ne pas manquer de travail. Ce fournisseur de caméras en pied d’éolienne annonce un pipe de plusieurs centaines de machines à équiper et 70 réalisations à ce jour. Baptisée Safe Wind et brevetée, sa solution de vidéo-surveillance repère les oiseaux puis, en fonction de l’urgence, déclenche ou non la sirène. Fait notable, le pilotage stoppe l’effarouchement dès que les animaux s’écartent, pour éviter ...

qu’ils s’habituent au bruit et se remettent en danger ; mais aussi de façon à limiter les nuisances sonores pour les éventuels riverains.

Parcs à l’arrêt en Allemagne

Comme le constatent également les développeurs-exploitants ayant travaillé sérieusement sur le sujet, « les accidents avec les oiseaux varient fortement selon les parcs. Une chose est certaine : la mortalité affecte des espèces particulièrement fragiles et protégées, comme les aigles, les vautours et les rapaces en général », observe Henri-Pierre Roche. Cet ornithologue a la particularité d’avoir aussi travaillé pendant cinq ans au développement de projets chez EDF Renouvelables et connaît donc bien les facettes du sujet « éoliennes et nature ». Il signale certaines mesures prises outre-Rhin depuis 2015 et la publication d’une étude scientifique sur l’avifaune : « les Allemands ont constaté une importante mortalité chez les milans royaux, par exemple. Les cigognes sont aussi touchées, entre autres. En conséquence, des turbines voire des parcs entiers peuvent être stoppés entre mars et octobre ». Cette évolution commence à inquiéter sérieusement l’industrie. Dans son magazine Windblatt de février 2018, le turbinier Enercon regrettait que les mesures de conservation des espèces animales contribuent à bloquer 2 GW de ses projets en Allemagne.

De nouvelles précautions commencent aussi à être prises dans l’Hexagone, en particulier pour les prochains projets éoliens flottants, pour lesquelles l’Autorité environnementale recommande une surveillance et des contre-mesures systématiques. D’autant plus qu’en milieu marin, les oiseaux tués ne pourront pas être retrouvés, à la différence des fermes terrestres.

Présent la semaine dernière pour la première fois au salon Seanergy organisé à Dunkerque, Biodiv-Wind veut contribuer à limiter l’impact des futurs parcs français flottants ou posés : « la mortalité des oiseaux n’est pas très importante pour les projets marins, mais elle affecte toutes les espèces d’oiseaux, les goélands, les fous de Bassan, les sternes… », s’inquiète Henri-Pierre Roche. Il estime que le futur lauréat de l’appel d’offres public à Dunkerque devra prêter une forte attention au sujet, pour améliorer l’acceptabilité de son dossier et en particulier les relations avec les associations environnementales de la région.