Le député Julien Aubert passe à l’attaque contre l’éolien

Print Friendly, PDF & Email
Eolien (Crédit: Anne-Claire Poirier)

Il n’avait pas caché ses intentions : en lançant une commission d’enquête parlementaire sur la transition énergétique, Julien Aubert comptait dénoncer le soutien public aux énergies renouvelables. Un soutien au montant « exorbitant », estimait le député Les Républicains (LR) dans une interview accordée à GreenUnivers. L’élu du Vaucluse n’aura pas attendu les conclusions de cette commission pour tirer ses premières cartouches. Et il a ciblé la filière éolienne. « Une folie budgétaire », assène-t-il à propos des ...

projets terrestres. Une filière à soutenir « sous conditions », en ce qui concerne les parcs en mer. Il finalise un rapport sur le sujet. Ce rapport n’a pas encore été publié, mais sa version quasi-définitive peut être consultée ci-dessous.

Entre 72,7 et 90 Mds€

Le député LR a déjà profité le 6 juin d’une réunion de la Commission d’évaluation des politiques publiques à l’Assemblée nationale pour présenter ses conclusions. Il s’exprimait en tant que rapporteur spécial sur les questions d’énergie pour ladite commission, mais il a concentré son propos sur la seule filière éolienne. Son argumentation pourrait sembler isolée et anecdotique si le gouvernement n’envisageait pas, par ailleurs, de lancer une grande concertation sur l’éolien. Et si des élus locaux, par exemple en Normandie, n’affichaient pas leur prudence sur la filière à cause des problèmes d’acceptabilité sociale.

En s’appuyant sur des chiffres fournis par la Commission de régulation de l’énergie (CRE), Julien Aubert dénonce la facture de l’éolien pour l’Etat français, comprise « entre 72,7 et 90 Mds€ ». Pour être exact, cette somme regroupe trois cas de figure bien distincts. Il y a d’abord 9 Mds€ pour « ce qui a été dépensé depuis 2001 au profit des éoliennes terrestres ». Ensuite, 45 Mds€ pour « ce qui va être dépensé en application de contrats déjà signés mais non encore complètement exécutés ». En l’espèce, cela correspond à 22 Mds€ pour les projets en mer et 23 Mds€ pour des parcs terrestres. Enfin, le député Aubert ajoute « entre 18,7 et 36 Mds€ » pour ce qui va être dépensé d’ici 2028 pour atteindre les objectifs de la programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE).

L’éolien plus cher que le nucléaire ?

Pour parfaire sa démonstration, il se réfère aux investissements publics réalisés dans l’atome. « En 2012, la Cour des comptes a estimé à 72 Mds€ le coût de construction initial de l’ensemble du parc nucléaire français – en valeur 2010. Soit environ 80 Mds€ en valeur 2019 », calcule-t-il. « Or, en 2018, ce parc nucléaire a produit 71,7% de l’électricité française. » A comparer selon lui au budget de 72,7 à 90 Mds€ mobilisés pour l’éolien, qui produira « seulement » 15% de l’électricité tricolore en 2028 d’après la PPE.

« Il est encore temps d’arrêter les frais », défend le député qui réclame un moratoire sur le soutien public à l’éolien terrestre. « Le secteur éolien dit qu’il est compétitif. Très bien ! Alors qu’il se débrouille seul ! » Pour l’éolien en mer, sa position est plus ouverte, en tout cas en apparence. Car il pose des conditions : développer les parcs à plus de 50 km des côtes et revoir à la baisse les tarifs d’achat des 6 projets déjà attribués (et déjà renégociés l’an passé à la baisse à 142€/MWh en moyenne) pour les aligner sur les offres déposées pour Dunkerque (50€/MWh en moyenne).

En réponse, le ministre François de Rugy, présent le 6 juin lors de l’intervention du député, lui a suggéré d’être « rigoureux », lui reprochant de ne pas tenir compte de tous les coûts du nucléaire, mais sans évoquer pour sa part la différence entre production commandable et production variable. Au regard du dispositif Arenh, le prix du nucléaire historique est de 42€/MWh. « Mais avec le grand carénage, la Cour des comptes estime que l’on se rapproche plutôt des 60€/MWh », signale le ministre en charge de la Transition écologique. « Or, l’éolien retenu dans les appels d’offres en 2018 était en moyenne à 66€/MWh. Et même 63€ pour le dernier appel d’offres, dont les résultats n’ont pas encore été annoncés. On peut estimer que certains projets seront en dessous des 60€. » Donc qu’ils rivaliseraient avec le nucléaire.

  • Lisez ci-dessous le projet de rapport du député Julien Aubert (ou ici en PDF)