Batteries lithium-ion : « le problème, c’est le financement »

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(Crédit : T. Blosseville)

Les batteries ont beau représenter un marché d’avenir, l’Europe est mal partie face à la concurrence asiatique. Pour inverser cette tendance, l’Ademe, Bpifrance et InnoEnergy organisaient ce 28 mai un business workshop. Objectif : rattraper le retard industriel français et européen, « mesurer les chances de voir émerger des projets ambitieux » et « comprendre les dynamiques au sein de la chaîne de valeur ».

Pour rappel, l’ambition de la Commission européenne est de disposer à l’horizon 2025 de 10 à 20 « gigafactories » représentant une capacité de production qui pourrait atteindre 400 GWh/an. Mais le temps presse. « Si l’on décide d’investir aujourd’hui dans une usine, le délai pour sa mise en route sera de 4 à 7 ans. C’est donc maintenant qu’il faut prendre des décisions », a rappelé en guise d’introduction à la conférence Diego Pavia, PDG de la société InnoEnergy, spécialisée dans le soutien aux start-up.

Le coût des matériaux

Son propos a été suivi de celui de Christophe Pillot, directeur général du cabinet de conseil Avicenne Energy : « En Europe, nous maîtrisons les technologies de batteries. Mais le problème, ...

c’est le financement ». Spécialiste du stockage d’énergie, Avicenne a ouvert l’événement en présentant son analyse du marché des batteries. Sans surprise, la croissance attendue est forte : le marché mondial des batteries lithium-ion est déjà passé de 2 GWh en 2000 à 160 GWh en 2018, et pourrait grimper à 1,2 TWh à l’horizon 2030 d’après les prévisions du cabinet. A cette échéance, le marché sera porté à 85% par les applications dans les voitures.

Le plomb toujours très présent

Toutes applications et toutes technologies confondues, le marché mondial des batteries a atteint 95 Mds$ en 2018 (contre 88 Mds$ en 2017 et 82 Mds$ en 2016) d’après Avicenne Energy. Dont 40 Mds$ pour les batteries rechargeables au plomb dans les voitures pour assister les moteurs à combustion classiques, mais aussi pour d’autres applications comme les chariots élévateurs et les stations télécoms. Et aussi 40 Mds$ pour le lithium-ion, surtout porté par l’électrification du parc automobile.

Le cabinet Avicenne a tout de même mis plusieurs bémols aux ambitions françaises et européennes. D’abord, tout dépendra de l’évolution exacte du parc automobile. « Un véhicule hybride embarque une capacité de stockage de 1 kWh. Pour les hybrides rechargeables, c’est plutôt 7 à 20 kWh. Pour une voiture tout électrique, 50 à 100 kWh. Et pour un bus électrique, 300 kWh », chiffre Christophe Pillot. Le volume du marché sera donc d’abord fonction du mix de mobilité. Ensuite, la filière batteries doit faire face à plusieurs freins. Et pas des moindres. « Le temps de mise sur le marché d’une nouvelle technologie de batteries est très long, de l’ordre de 10 à 15 ans, en particulier dans l’automobile, où les exigences sont plus fortes que dans d’autres secteurs. » Notamment pour des raisons de sécurité.

Investir à perte ?

Il y a aussi la question du prix des batteries, qui pourrait ne pas baisser aussi vite qu’espéré. « 60 à 70% du coût est dû aux matériaux », souligne Christophe Pillot. Bien que les ressources sur Terre soient a priori suffisantes pour répondre à la demande, il y aura probablement des tensions sur le marché. « Il suffit d’une grève au Congo pour que le prix du cobalt remonte ou qu’il pleuve pendant deux mois en Argentine pour renchérir celui du lithium », formule-t-il.

Il y a, enfin et surtout, besoin de multiplier les sources de financement. D’après Avicenne Energy, des fabricants asiatiques comme Samsung et LG investissent à perte – pour s’imposer sur le marché – grâce aux revenus tirés de leurs autres activités. « Si l’on veut être un acteur crédible sur le marché des batteries, il faut être capable de produire au minimum 5 à 10 GWh par an. Sinon les économies d’échelles ne seront pas au rendez-vous. Cela suppose d’investir 500 M€ voire 1 Md€ », calcule Christophe Pillot. Et ceci, tous les deux ans pour maintenir sa position dans un marché en forte croissance. A titre de comparaison, c’est le montant maximum que les gouvernements français et allemand prévoient de mobiliser sous forme de subventions publiques pour lancer un premier consortium industriel. En espérant attirer des fonds privés en complément.