La bulle solaire espagnole prête à éclater

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(c) Pixabay

Red Eléctrica de España (REE), vient de tirer la sonnette d’alarme. En ce début 2019, le gestionnaire de réseau espagnol a dénombré l’ensemble des demandes de connexion au réseau. Et le chiffre est monstrueux : pas moins de 150 GW de projets d’énergies renouvelables ! A titre de comparaison, cela représente une fois et demi l’ensemble des capacités de production électrique du Royaume. Problème, une grande partie d’entre eux sont des projets fantômes. Explications.

Une bulle à la connexion

Il y a un an, presque jour pour jour, GreenUnivers se faisait écho des 18 000 MW de projets renouvelables en développement hors appel d’offres en Espagne. Un chiffre déjà impressionnant mais qui parait aujourd’hui ridicule face aux 150 425 MW déclarés par ...

le gestionnaire de réseau. « J’ai été très surpris par ce chiffre. Il est vraiment impressionnant, même si on sentait gonfler la bulle à la connexion », admet un développeur EnR, expert du marché espagnol, qui préfère garder l’anonymat.

En effet, ces 150 GW ne correspondent pas à des projets ayant tous vocation à sortir de terre. Loin de là. Interrogé par GreenUnivers, l’un des principaux électriciens du pays évalue à peine à 20% la part des projets « sérieux ». Le directeur Opérations de REE, Miguel Duvison, a confirmé à nos confrère d’El Pais la formation de cette bulle financière, car derrière ces requêtes d’accès au réseau, se cache en réalité un marché secondaire de revente des points de connexion.

« Il y a des goulets d’étranglement partout en Espagne. Cela touche surtout les projets solaires, plus nombreux que l’éolien déjà bien implanté dans le pays. Des entreprises détiennent des points de connexion depuis des années, parfois 7 ou 8 ans, sans avoir aucunement l’intention de construire une centrale solaire. Elles attendent pour vendre au meilleur prix ces droits de connexion, parfois liés à des terrains réservés, aux acteurs les plus pressés, souvent des grands groupes désireux de prendre rapidement des positions sur le marché, et prêts à payer le prix fort pour cela », constate notre expert.

Far West ibérique

Cette situation n’est pas sans conséquence pour le secteur. Jordi Sevilla, le président de REE, s’est exprimé pour demander une modification de la réglementation qui régit l’accès et les connexions au réseau. Et pour cause, les prévisions d’investissements du GRT sont rendues plus difficiles par ces « fausses » demandes de connexion. Jordi Sevilla a également enjoint les acteurs du secteur à davantage de responsabilité : « Si l’intégration des énergies renouvelables ne dépendait que de Red Eléctrica, ce serait un succès. Mais il y a beaucoup plus d’acteurs impliqués. Tout le monde doit rendre cela possible », a-t-il estimé la semaine dernière.

Les développeurs EnR pâtissent évidemment de cette situation : « La part du coût de la connexion dans le Capex d’un projet a doublé ces dernières années passant de 10 à 20% », calcule un développeur. Une hausse qui s’explique par les effets conjugués de l’inflation des prix de vente de ces droits à la connexion, et la baisse concomitante des prix des modules.

Madrid commence à réglementer

Comme souvent, Madrid s’est saisi tardivement de ce dossier. « L’Espagne a toujours été un pays très spéculatif, bien moins réglementé que la France par exemple », constate le développeur EnR. Mais face à l’augmentation exponentielle de la bulle, le gouvernement a finalement décidé de réagir l’automne dernier en durcissant les conditions financières et opérationnelles. Les sociétés doivent désormais présenter des garanties financières à hauteur de 40€/kW (contre 10€ avant) et commencer les travaux de construction dans les 18 mois en moyenne, sous peine de perdre leur accès au réseau. « Ces décisions sont de nature à rétablir l’équilibre entre l’offre et la demande car les détenteurs des droits de connexion ne pourront plus les conserver ad vitam eternam. Il est fort probable que nous assistions à court ou moyen terme (18 mois) à une mise massive sur le marché de droits de connexion, apte à rétablir l’équilibre offre/demande. Le pic de la bulle spéculative est sans doute derrière nous », veut croire le développeur EnR.