Petite hydro : les 19 centrales de NEH-CHCR valorisées 250 M€

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(Crédit : Envinergy)

L’hydroélectricité n’a pas fini de faire parler d’elle et pas seulement parce que le renouvellement des concessions de grands barrages devrait faire l’objet d’appels d’offres en 2019. Les centrales de petites puissances concentrent elles aussi une attention croissante. Témoin cette acquisition que vient de réaliser Hydrocop, producteur créé en 2011 par des Entreprises locales de distribution (ELD) au premier rang desquelles le fournisseur et distributeur Sorégies, filiale du syndicat départemental d’énergie Energies Vienne. Accompagné par la Banque des Territoires (CDC), Hydrocop s’empare d’un des fleurons de la petite hydro hexagonale, en l’occurrence le groupe Nouvelles Energies Hydrauliques-Compagnie des Hautes Chutes de Roques (NEH-CHCR), premier producteur indépendant français, détenteur de 70 MW de centrales dans les Alpes. Hydrocop ne compte pour sa part que 10 MW en service.

19 centrales, 320 GWh

Le portefeuille de NEH-CHCR a été construit en une dizaine d’années par l’ancien champion olympique Frank Adisson (médaille d’or en canoé biplace à Atlanta 1996), avec 25 actionnaires qui l’ont suivi lors des levées de fonds. Il est constitué de 19 centrales, avec une production annuelle de 320 GWh et de quatre projets en développement. Parmi ces actifs, plusieurs unités assez exceptionnelles  ...

situées sous des lacs d’altitude, c’est-à-dire à production régulière et pilotable. NEH-CHCR compte aussi des sites détenus en propre, hors concessions. Le tout ayant fait l’objet de mises à niveau et repowering, l’outil est en excellent état. C’est l’une des raisons de la valorisation haute de cette infrastructure, évaluée à 250 M€. Déduction faite de la dette, la transaction porte sur 170 M€, apportés en grande partie en fonds propres par Hydrocop – rejoint pour ce faire par une dizaine d’ELD supplémentaires* – et par la Banque des territoires. Deux financeurs participent sous forme de prêts, Crédit Agricole et Natixis.

L’autre motif de cette forte valorisation réside dans l’intérêt croissant que suscite l’hydroélectricité chez les fournisseurs. « L’ouverture du marché de l’électricité nous impose de diversifier notre approvisionnement, ce qui va nous exposer au marché et à ses cours des plus volatils. Pour sécuriser notre sourcing, nous devons renforcer notre production d’électricité », résume Marc Loisel, président d’Hydrocop et directeur général de Sorégies. Pourquoi investir aussi lourdement dans la petite hydro ? Pour une même puissance installée, la production moyenne est pratiquement au double de celles des éoliennes. Surtout, les centrales situés dans les vallées garantissent une disponibilité l’hiver, en période critique et rémunératrice (lire encadré) , les centrales d’éclusées autorisant pour leur part du stockage pour les pointes de consommations. Avec NEH-CHCR, Hydrocop met donc la main sur un outil précieux. A titre d’exemple, Sorégies commercialise autour de 900 GWh par an. Comme il détient 19% d’Hydrocop, il va avoir accès à 45 GWh, une production soumise à peu d’aléas et source de dividendes récurrents, fournis ici par la vente de l’électricité du parc de NEH-CHCR à Enercoop.

De nouveaux deals pour bientôt

La difficulté de l’hydroélectricité ? Les projets en développement sont rares et de faible puissance, comme en témoigne le pipe actuel d’Hydrocop, de seulement 5 MW, et la modestie des appels d’offres publics nationaux. Cette pénurie contribue à valoriser un peu plus les actifs en service. Leurs prix élevés compliquent d’ailleurs les candidatures des producteurs indépendants éoliens et solaires, leurs fonds propres se révélant parfois insuffisants. Pour boucler son opération, Hydrocop a de son côté invité 10 nouvelles ELD au capital et s’est donc allié en plus à la Banque des Territoires. Cela dit, on notera que le prix n’était pas le seul critère de décision pour le vendeur. NEH-CHCR n’a pas organisé d’appel d’offres et souhaitait que les 35 collaborateurs soient repris intégralement, ce à quoi s’est engagé Hydrocop.

« Cette transaction en annonce d’autres, dans les semaines et mois qui viennent », prévoit Antoine Guibert, associé gérant d’Envinergy, cabinet de conseil qui a structuré l’opération. Une centrale de 10 MW dans le Massif Central a ainsi été achetée suite à un appel d’offres international, bientôt dévoilé, et un lot d’installations sur la même puissance a été repris par un opérateur hydro et un groupe industriel jusqu’à présent absent de la filière.

Les critères de la valorisation hydro
L’évaluation des petites et moyennes centrales hydroélectriques répond à plusieurs règles précises et spécifiques à cette énergie, comme l’explique Antoine Guibert. Le pilotage de la production en est une. De ce point de vue, une centrale située sous un lac a plus de valeur qu’une installation au fil de l’eau, à débit variable. Autre élément majeur : le droit d’eau. L’autorisation d’exploitation s’oppose ici à la concession. Dans le premier cas, le site est en propriété et l’affaire est pérenne, donc plus chère que si elle se trouve sous concession, à durée limitée, avec un appel d’offres à la fin.
Troisième critère, plus classique, les charges d’exploitation (Opex), actuelles et à venir. Dans quel état se trouve la centrale, a-t-elle fait l’objet d’un repowering récent ? Antoine Guibert observe de gros écarts d’Opex entre les centrales de haute chute – des ruisseaux de montagne dans une conduite forcée vers de petites turbines légères, faciles à changer ou réparer – et celles de basse chute, en grande rivière, qui supposent de grosses turbines et du génie civil lourd.
Le tout doit bien entendu tenir compte du productible, qui tourne grosso modo autour de 4 000 heures par an (l’éolien dépasse rarement 3 000 heures) et peut rester fort en hiver.  « Cette production importante explique l’intérêt de plus en plus marqué que les acteurs des énergies renouvelables portent à l’hydroélectricité », estime Antoine Guibert.


*Les actionnaires historiques d’Hydrocop, Sorégies, Sicap, Gaz de Barr, Ene’O, ES Lannemezan et Caléo ont été  rejoints par Séolis Prod, Terralis Power, Sergies, la SICAE Précy-Saint-Martin, la SICAE de l’Oise, ainsi que les régies de Saint-Avold, d’Ambérieux-en-Dombes, de Martres-Tolosane, de Cazères et de Sainte-Marie-aux-Chênes.