Autoconsommation solaire : les professionnels s’impatientent

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L’un des projets d’autoconsommation de la Communauté des communes du Montreuillois © Cohérence Energies

L’autoconsommation et l’autoproduction solaires décolleront-elles dans les années qui viennent en France ? Les représentants de la filière veulent l’espérer mais ont du mal à y croire. Lors de l’ouverture de l’université d’été organisée les 5 et 6 septembre sur ce thème par le syndicat Enerplan, son président Daniel Bour s’est avoué « désabusé » face au retard du marché tricolore. Il est vrai que l’Hexagone compte seulement 28 000 sites en autoconsommation et très peu d’installations de taille importante, loin derrière l’Allemagne, l’Italie ou la Grande-Bretagne. Cette faiblesse freine voire exclut l’émergence d’une filière industrielle.

La loi de finances en guise d’espérance

En cause selon Daniel Bour, avant tout la fiscalité et le tarif réseau de l’autoconsommation collective. Dans les semaines qui viennent, Enerplan et le Syndicat des énergies renouvelables (SER) vont encore essayer de ...

convaincre le gouvernement, à commencer par le nouveau ministre de la Transition écologique et solidaire, d’inscrire dans la prochaine loi de finances une exonération temporaire – par exemple 5 ans – de CSPE (Contribution pour le service public de l’électricité) pour les projets collectifs. La future directive européenne sur les EnR, en cours d’adoption, transposée sans doute dans deux ans en France, va un peu dans leur sens puisque qu’elle soulage d’impôts et taxes les projets de moins de 30 kW. « Mais dans deux ans, la guerre sera perdue pour les professionnels français », se désole André Joffre, fondateur du bureau d’études Tecsol et d’Enerplan.

Pour l’instant, Enerplan souhaite avant tout « une clarification » sur le sujet, pour gommer l’incertitude fiscale qui est, entre autres, à l’origine de l’échec au printemps du 3e round de l’appel d’offres national sur l’autoconsommation, les développeurs craignant que leur modèle d’affaires se révèle intenable. La 4e session, close le 24 septembre, sera-t-elle plus réussie ?

Freins persistants

Pour autant, la fiscalité n’est pas le seul frein de l’autoconsommation et n’explique certainement pas la prudence des clients domestiques. Et leur attitude n’est pas irrationnelle. L’Ademe a en tout cas annoncé ce matin, par la voix de son président Arnaud Leroy, vouloir faire signer une charte de bonnes pratiques aux organismes de crédit à la consommation, pour contribuer à couper l’herbe sous le pied des promoteurs et installateurs malhonnêtes. Des rencontres avec les banques sont prévues d’ici la fin de l’année. Mais l’initiative ne suffira pas à endiguer le phénomène. Selon un formateur-installateur présent à la conférence d’Enerplan, la gravité de la situation justifie un dispositif de contrôle et de formation plus vigoureux dans l’Hexagone. Un signalement qu’il a effectué sur une entreprise à problème est, huit mois après, resté sans aucun effet.

Un autre frein pour l’autoconsommation solaire individuelle ? Son manque de compétitivité par rapport aux prix encore obtenus par les clients sur le réseau, un sujet peu évoqué en général par les protagonistes du secteur. Dernier problème, tant que le stockage reste rare, le décalage entre la consommation domestique (soir et matin) et la production (le jour), un hiatus qui incitait l’Ademe, dans son rapport de février dernier sur le sujet, à privilégier surtout le marché des professionnels, par exemple celui des toitures commerciales.

Les territoires à la manoeuvre

Coté autoconsommation collective et même si elle est quand même un peu encouragée par le nouveau plan solaire du gouvernement (la nouvelle maille réseau), le salut viendra peut-être des initiatives 100% décentralisées. C’est là que résident les vraies bonnes nouvelles pour la filière. Après la région Occitanie en 2016 (30 projets en cours depuis lors), le Grand-Est vient de lancer cet été un appel en trois tranches (1 en 2018 et 2 en 2019) pour 15 projets, en subventionnant les études préalables à 70% et avec une aide de 500 €/kW jusqu’à 100 kW de puissance. A l’étage purement local, les pionniers se multiplient aussi, comme en témoigne la commune de Marmagne dans le Cher. Elle a bouclé en juin le financement (1,38 M€) de son infrastructure solaire, de 220 kW, destinée à fournir pas moins de 69% de l’électricité consommée sur son territoire.