Pourquoi Amarenco acquiert le groupe Carré

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(Crédit : Groupe Carré)

C’est une nouvelle illustration de la recomposition à l’oeuvre dans les énergies renouvelables. L’irlandais Amarenco prend la majorité du capital du groupe Carré, développeur et exploitant solaire basé à Gaillac (Tarn). Fondateur en 2008 de cette PME de 35 personnes, Olivier Carré conserve une part du capital et prend les rênes de ce qui s’appelle désormais Amarenco France et restera basé à Gaillac – mais en déménageant dans le magnifique château viticole de Touny les Roses, que le nouvel ensemble vient d’acheter.  « Nous sommes un développeur EPCiste, avec une activité O&M. Il nous fallait la brique financement de projets », explique Olivier Carré.

Gros moyens financiers

Or, des moyens, Amarenco n’en manque pas, depuis que cet investisseur dirigé par Alain Desvignes s’est allié au méga-fonds infrastructure britannique InfraCapital. « Amarenco dispose de 300 M€ en equity, dont une grande partie destiné au marché français. Avec 200 M€, nous avons accès à 1,5 Md€ voire 2 Mds€ de projets, à développer sous trois ans », se réjouit Olivier Carré. C’est là un changement d’échelle pour sa société, qui dispose aujourd’hui de 80 MW installés et d’un chiffre d’affaires de 15 M€ surtout porté par l’activité construction.

De fait, le rachat vise à démultiplier l’activité historique de l’ex-groupe Carré sur les toitures et ombrières, avec des puissances comprises entre 100 kW et 2 à 3 MW et à l’emmener vers ...

de nouveaux horizons : les centrales solaires plus puissantes et l’éolien. Ce dans tout l’Hexagone alors que les réalisations de la PME sont ancrées pour l’instant dans le Sud-Ouest. Pour grandir, cette PME fait, elle aussi, le choix de perdre son indépendance, comme cela a été le cas de Quadran à une échelle différente.

Le financement devient critique
Pour Olivier Carré, le rapprochement avec un investisseur était devenu indispensable.  « Les contraintes des appels d’offres et notamment les garanties bancaires qu’il faut fournir lorsqu’on remporte les projets – 30 000€ sous deux mois – sont lourdes. » Parmi les autres motifs, la bataille sur le terrain pour trouver et réserver des projets compte beaucoup ; elle mobilise d’importants moyens humains. Mais aussi les économies d’échelle : la capacité d’emprunt modifie les conditions bancaires et la puissance d’achat – celles des fournisseurs.

Mais avant de se marier, les deux sociétés ont appris à se connaître. En 2016, Amarenco avait ainsi discrètement pris une participation minoritaire dans la filiale O&M de la PME. Pour le fonds irlandais, alimenté depuis 2014 par des family offices, cet investissement puis ce rachat matérialisent en effet un vrai changement de stratégie. Depuis sa création,  il investissait sur des projets en construction ou installés et excluait de participer au développement. « Amarenco s’est aperçu qu’il devait désormais développer des projets pour étendre son portefeuille », explique Olivier Carré. La concurrence intense à la fois sur le terrain et sur l’achat d’actifs incite cet investisseur ambitieux, doté de nouveaux moyens fournis par un investisseur puissant et long terme, à intervenir plus en amont de la chaîne de valeur.

Ménage à trois avec Total Solar

De façon un peu plus étonnante, un troisième protagoniste vient se joindre au deal et pas n’importe qui : Total Solar. Un accord entre le groupe Carré et l’équipe de développement solaire du groupe pétrolier est apparu au grand jour le 20 septembre dernier. Le groupe Carré et Total Solar étaient, ensemble, lauréats de 31 MW lors du dernier appel d’offres solaires sur bâtiment. Mais cette alliance n’entraîne pas d’engagement capitalistique entre le groupe méridional et Total, même si ce dernier est clairement « à l’achat », mais sur de gros portefeuilles. C’est une coopération tournée vers le développement de projets, destinée là aussi à accélérer sur le marché français. Total veut profiter de l’expérience de la PME et mieux comprendre le marché du solaire sur bâtiment. Lequel devient stratégique du fait de l’essor de l’autoconsommation et de l’impact possible de la future réglementation thermique des bâtiments.