Pourquoi Direct Energie veut acheter Quadran

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(Crédit : Quadran)

Direct Energie fait une entrée fracassante dans la production d’énergies renouvelables en annonçant des négociations exclusives avec Quadran. Le fournisseur alternatif d’énergie fait une offre de 303 M€ sur tout le portefeuille terrestre français, Dom compris, du développeur-producteur créé et présidé par Jean-Marc Bouchet. Soit 363 MW bruts et 243 MW nets. L’activité logée dans Energies libres, la filiale de Quadran consacrée à l’efficacité énergétique, à la vente d’énergie et à l’agrégation, n’est pas reprise pour l’instant, les projets dans l’éolien flottant et  l’international, non plus.

Sécuriser l’approvisionnement, coller au futur mix énergétique national

« Nous voulons que notre production corresponde à terme au mix énergétique national. Direct Energie vient d’acheter des centrales au gaz et a désormais besoin d’intégrer les énergies renouvelables, parfaitement complémentaires», explique Fabien Choné, directeur général de Direct Energie. Le fournisseur détenu à 34% par le fonds Impala (par ailleurs propriétaire de Neoen) a acheté deux centrales à gaz de 400 MW chacune en France et en Belgique et en construit une à Landivisiau (Finistère) de 400 MW.

L’acquisition des parcs et projets français de Quadran va tout de suite porter la puissance globale de Direct Energie à 1,2 GW. Ce challenger d’EDF et Engie, encore petit à leur échelle mais très offensif, cherche à ...

maîtriser et sécuriser dès maintenant son approvisionnement dans l’éolien et le solaire, en attendant de faire une offre sur les centrales hydroélectriques lors de leur ouverture à la concurrence. « En France, les EnR entrent dans une nouvelle période, inaugurée par la Loi sur la transition énergétique. Avec trois conséquences majeures pour nous, analyse Fabien Choné : la possibilité pour les producteurs de nous vendre l’énergie, sans passer par EDF Obligation d’achat, la nécessité pour Direct Energie, pour des raisons d’image, de fournir de l’électricité verte et enfin, la volonté de sécuriser notre approvisionnement, lorsque cette électricité verte deviendra de plus en plus merchant ».

Direct Energie veut avoir une visibilité maximum sur les prix, lorsque les parcs éoliens et centrales solaires sortiront du mécanisme de soutien. Le meilleur moyen de ne pas dépendre du marché est d’être propriétaire des centrales. Or, selon les chiffres rappelés par Jean-François Carenco, président de la Commission de régulation de l’énergie lors d’une conférence organisée par FTI Compass et Uniper mercredi dernier, « 1 GW va sortir de l’obligation d‘achat d’ici 2020 ». Direct Energie commence donc dès maintenant à faire ses courses, pour bénéficier à terme de la plus grande puissance de production possible au meilleur prix : « Nous sécurisons notre approvisionnement et diversifions notre mix énergétique. Les concurrents qui ne le font pas prennent le risque d’une perte de compétitivité », résume Fabien Choné.

L’intégration à la main des distributeurs

L’originalité de l’opération, en forme de paradoxe, réside dans le fait que Direct Energie est ici à l’origine de cette opération d’intégration entre production renouvelable et distribution d’énergie alors que justement Quadran était l’un des seuls producteurs indépendants français à appliquer concrètement cette stratégie, matérialisée par la création d’Energies

Jean-Marc Bouchet, Quadran

Libres et le rachat d’Enel France. Explication d’un proche du dossier : « Jean-Marc Bouchet possède une vraie vision sur l’évolution du secteur, sa concentration et l’émergence de modèles intégrés. Mais la distribution est un métier, avec un marketing considérable, des outils de suivi des consommateurs… Or, nous entrons dans une zone où la diminution probable de la part du nucléaire, l’autoconsommation, le trading, l’agrégation et la déréglementation rendent très flous les nouveaux modèles de l’énergie. Quadran estime qu’il vaut mieux participer au mouvement à travers un distributeur déjà puissant ». Le producteur a d’ailleurs pu mesurer à quel point cette intégration devient stratégique, car il a reçu d’autres offres, en particulier celle d’un grand énergéticien français.

Quadran se développe à marche forcée 

Il se trouve qu’Impala, le fonds d’investissement détenu par Jacques Veyrat, est non seulement actionnaire minoritaire de Direct Energie mais aussi majoritaire de Neoen, un autre grand développeur et producteur français. Pourquoi ne pas intégrer plutôt le portefeuille de cette société – une opération qui avait été prévue dès 2008 mais écartée ensuite -, laquelle dispose elle aussi d’importants actifs en France, en particulier la centrale de Cestas de 300 MW ? « Une grande partie des projets de Neoen est tournée vers l’international et nous n’avons pas de ce fait beaucoup de synergies stratégiques. Quadran nous ressemble plus », argumente Fabien Choné.

Le prix n’est pas encore définitif

Le prix d’acquisition annoncé est un montant de base et pourrait grimper jusqu’à 416 M€, en fonction du rythme de mise en service des projets en cours de construction par Quadran, d’ici à mi-2019 et des négociations normales entre les parties prenantes. De janvier 2017 à fin 2018, Quadran prévoit de mettre en service près de 450 MW supplémentaires, principalement en éolien (environ deux tiers) et en photovoltaïque (environ un tiers), pour un investissement estimé de 530 M€. Ce qui portera la puissance installée à plus de 800 MW bruts. L’opération devrait être bouclée cet été ou à la rentrée. Pour la financer, Direct Energie a annoncé avoir sécurisé un financement auprès de BNP Paribas et envisage une augmentation de capital d’environ 100 M€.

Quadran, dont les principaux actionnaires sont la famille Bouchet, Bpifrance et le fonds Demeter Partners, connaît un développement soutenu depuis début 2017 : en 6 mois, il a ouvert 7 nouveaux parcs éoliens terrestres, 7 centrales solaires et une centrale hydraulique sur le territoire français. « Ce rythme de construction se poursuivra toute l’année, avec une moyenne de 20 MW mis en service chaque mois » a récemment promis la société. Elle totalise 47 parcs éoliens terrestres, 16 centrales solaires au sol, 97 toitures solaires, 9 centrales hydroélectrique et 10 centrales de méthanisation sur 12 MW. Le groupe prévoit un chiffre d’affaires consolidé de 300 M€ en 2017, dont 120 M€ provenant de la production d’électricité et 180 M€ de la fourniture aux consommateurs. La valeur de Quadran tournait autour de 170 M€  il y a seulement deux ans.