Dans l’Amérique de Donald Trump, les renouvelables non grata ?

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La Maison Blanche occupée par Donald Trump, d'après un sketch de Barack Obama
La Maison Blanche occupée par Donald Trump, d’après un sketch de Barack Obama

En pleine Cop22, l’élection cette nuit du candidat des climato-sceptiques à la tête des États-Unis fait l’effet d’une bombe. Le républicain Donald Trump s’est effet engagé durant sa campagne à relancer l’exploitation de toutes les énergies fossiles encore sous le sol américain, à supprimer toutes les « contraintes » environnementales et notamment l’Agence américaine de protection de l’environnement (EPA) et à réduire les crédits promis à l’ONU sur l’environnement. Enfin, il compte également revenir sur l’Accord de Paris. Qu’en sera-t-il ?

La pensée Trump en quelques mots

Le candidat Donald Trump a souvent eu l’occasion de s’exprimer sur les questions climatiques et énergétiques. Et pour le magnat de l’entertainment, le changement climatique n’est autre qu’« un canular du gouvernement chinois pour affaiblir l’économie américaine ». Ainsi pour redresser l’Amérique – « make America great again ! » -, le milliardaire mise sur « une révolution énergétique » basée sur l’exploitation de toutes énergies fossiles recensées sur son territoire : le charbon, le gaz et les pétroles de schiste, notamment. « Nous autoriserons aussi de larges zones de forage offshore pour une production sûre », peut-on lire sur son site internet. Ce faisant, Trump espère garantir à son pays l’indépendance énergétique, des millions d’emplois ainsi qu’une « nouvelle prospérité ». Les énergies renouvelables n’apparaissent pas dans son programme et pour cause puisqu’elles sont « très très chères, peu efficaces et non viables à grande échelle », selon des propos tenus à de multiples reprises par l’homme d’affaires. Sans compter que les éoliennes « ruine la beauté des campagnes américaines » et « tuent les oiseaux par milliers ». Ambiance…

Les bonnes nouvelles

  • Les EnR difficiles à arrêter

Après la stupeur, beaucoup tentent de (se) rassurer en soulignant que la transition énergétique aux États-Unis est désormais inarrêtable. Même si elles ne représentent encore que quelques points dans le mix énergétique du pays, les énergies renouvelables sont en plein boom : le solaire a représenté 29,5% des nouvelles capacités installées en 2015 et l’éolien 41%.
Alors que l’énergie photovoltaïque représente déjà 32 GW installés à la fin du premier semestre 2016, le cabinet d’étude GTM Research anticipe l’installation de 18,6 GW rien qu’au second semestre 2016. Toujours selon GTM Reseach, plus de 200 000 Américains et 8 000 entreprises travaillent dans le solaire aujourd’hui, c’est déjà plus que dans le charbon et l’oil&gas.

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Fin 2015, l’éolien représentait, quant à lui, 74 GW installés et 88 000 emplois (+ 20% sur un an), selon le U.S Wind Industry Annual Market Report.

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Ces deux filières, bien que compétitives, ont été boostées par la prolongation fin 2015 des aides fiscales Wind Production Tax Credit (PTC) et Solar Investment Tax Credit (ITC) – pour cinq ans. Cette décision, entérinée fin décembre par le Congrès (majoritairement républicain), a peu de chance d’être détricotée.

  • Les États et l’économie déjà engagés dans la transition énergétique

Lors d’une conférence de presse organisée à Marrakech, l’américain Alden Meyer, membres de l’Union of concerned scientists et du US Climate action network a rappelé que la politique énergétique des États-Unis restait largement entre les main des États fédéraux qui, pour 17 d’entre eux – représentant 40% de la population américaine – ont signé en février dernier un Accord for New Energy Future pour stimuler la transition énergétique. « 30 États sont déjà dotés d’exigences en termes d’électricité renouvelable […] Cela ne disparaîtra pas », a-t-il fait remarqué. Par ailleurs, le monde économique lui-même s’est tourné vers les renouvelables, en témoigne l’engagement de nombreuses multinationales américaines. Et les États-Unis restent un pays leader de l’investissement pro-climat.

Les mauvaises nouvelles

  • Le Clean Power Act menacé

Malgré tout, l’élection d’un représentant des climato-sceptiques ne sera pas sans conséquences pour le climat. Selon Lux Research la présidence Trump pourrait se traduire par une nouvelle hausse des émissions de CO2 du pays. La différence entre une présidence Trump et une présidence Hillary Clinton a même été évaluée à 3,4 milliards de tonnes de CO2.

lux-1-570x347Déjà, certaines mesures emblématiques engagées par Obama sont sérieusement menacées par le nouveau président et notamment le Clean Power Act, qui prévoit une réduction de 32% d’ici 2030 des émissions de gaz à effet de serre liées à la production d’électricité. 29 États américains ont engagé une procédure de justice estimant que l’EPA chargée de veiller à l’application du plan outrepasse ses droits dans des affaires relevant, selon eux, de la seule responsabilité des États. Le Clean Power Act est donc pour l’heure suspendu en attendant que la Cour suprême ne se prononce. Donald Trump, lui, souhaite tout simplement supprimer l’Agence et le Clean Power Act du même coup. « S’il persiste à vouloir revenir sur le Clean Power Act, cela aura pour conséquence de mettre l’État fédéral hors-jeu mais cela n’arrêtera pas la tendance », a néanmoins indiqué Alden Meyer, se voulant rassurant.

  • L’Accord de Paris risque d’être contourné

Un gros point d’interrogation concerne encore l’accord de Paris. La présidente de la Cop21, Ségolène Royal, a indiqué ce matin que Donald Trump ne sera pas en mesure de dénoncer l’accord, en vigueur depuis le 4 novembre dernier. De fait, l’article 28 du texte signé à Paris permet à chaque pays de le dénoncer « à l’expiration d’un délai de trois ans à compter de la date de son entrée en vigueur[…] La dénonciation prend effet une année après le début de la demande de retrait ». Cela signifie que les États-Unis ne pourront pas finaliser un retrait avant 2020, soit la fin du mandat de Donald Trump. Cela dit, rien n’empêche le nouveau président d’ignorer l’accord puisque celui-ci ne prévoit pas de sanction.

Dernière mauvaise nouvelle : alors qu’Obama a bataillé dur pour faire passer des mesures pro-climat face à un Congrès républicain, Trump, lui, a potentiellement les moyens d’aller beaucoup plus vite pour détricoter son héritage…

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