L’étincelle des batteries d’A123 s’est éteinte (Premium)

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Il avait toujours paru téméraire de créer ex nihilo un leader des batteries, fussent-elles destinées aux voitures électriques, dans une industrie dominée par des géants. Après s’y être essayé pendant plusieurs années, soutenu par des aides importantes du gouvernement américain, A123 (1.700 salariés) abandonne. La lenteur du marché des voitures électriques ...

n’est pas seule responsable.

Pour Obama, qui en 2010 avait célébré en A123 « la naissance d’une industrie nouvelle » et la promesse de voitures électriques 100% « made in America », la nouvelle tombe bien mal, à quelques jours de l’élection. Washington avait accordé à la société en 2009 un crédit garanti de 249 M$ pour construire son usine. Le Département de l’Energie s’est empressé de préciser qu’A123 n’avait utilisé que 132 millions du total.

En annonçant son dépôt de bilan et la mise sous protection de la loi sur les faillites, A123 précise qu’une partie de son outil industriel sera racheté par le leader mondial des batteries Johnson Controls, pour 125 millions de dollars. Johnson apportera en outre 72,5 millions de dollars pour les faire redémarrer. Johnson reprendra les deux usines américaines du Michigan et une usine de poudre pour cathodes située en Chine ainsi que ses actions dans Shanghai Advanced Traction Battery Systems, une joint venture entre A123 et le groupe chinois Shanghai Automotive Industry.

La vente à un généreux chinois hors de question

La vente de la majorité d’A123 au grand équipementier automobile chinois Wanxiang, pour un prix bien plus élevé, a capoté – un projet annoncé cet été, qui avait déclenché un tollé aux Etats-Unis, où les Républicains avaient accusé les Chinois de vouloir s’emparer de technologies sensibles et Obama de laisser faire.

Le PDG d’A123 David Vieau a seulement indiqué dans un communiqué que ce projet « présentait trop de difficultés inattendues » pour aboutir. Wanxiang offrait 465 millions de dollars pour 80% du groupe américain.

Un parcours fulgurant

Pionnier des batteries au lithium-ion pour voitures électriques, grâce à une technologie d’avant-garde fondée sur les nanotechnologies qui améliore l’efficacité des électrodes, A123 Systems était brillamment entré au Nasdaq le 24 septembre 2009, en levant plus de 400 millions de dollars, inaugurant une vague d’introductions en Bourse des cleantech mondiales. Il avait conclu quelques contrats prometteurs avec des constructeurs automobiles, dont BMW, Chrysler et General Motors, puis Fisker Automotive, sur un marché encore balbutiant.

Mais beaucoup de grands constructeurs ont finalement préféré travailler avec des industriels confirmés, qui se sont eux aussi lancés dans les batteries pour EV, comme LG Chem : A123 a perdu des marchés et accumule les déficits depuis trois ans. De plus, il ne s’est vendu en 2012 que moins de 50.000 voitures électriques aux Etats-Unis, très loin du million appelé de ses voeux par le président américain.

Aujourd’hui, A123 affiche 376 millions de dollars de dettes pour 460 M$ d’actifs, plus de 3 ans de pertes consécutives et un cours qui s’est effondré de 85% cette année. Introduite en 2009 à 13,50 dollars, l’action vaut actuellement moins de 50 cents.

Le groupe devait cette semaine payer une échéance de 143,8 millions $. Il a aussi dû financer un rappel important de batteries livrées au constructeur de voitures électriques Fisker, y compris pour l’inauguration d’un nouveau modèle, ce qui avait produit un effet désastreux.

Son premier actionnaire est le fonds Heights Capital Management (7,3%), suivi du japonais IHI Corp et de General Electric, qui détiennent chacun entre 4 et 5% environ. Ses deux plus grands clients, et débiteurs, sont Fisker et AES Energy Storage.