Eolien et solaire : un rapport controversé, sans concession

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Le rapport sur l’éolien et le solaire, demandé par le gouvernement et que vient de publier le ministère de l’Ecologie, en pleine conférence environnementale, risque de ne pas plaire à la filière, et les critiques fusent déjà, l’accusant d’être pro-nucléaire : sans concession pour les coûts et les faiblesses techniques de ces deux énergies, le rapport recommande en effet une révision des subventions et estime qu’elles ne pourront permettre à elles seules de passer de 75% à 50% d’électricité nucléaire.

Parmi ses principales demandes, l’abandon intégral (progressivement) des taris d’achat au profit des appels d’offres, afin de favoriser les industriels français plutôt que les importations. Ce serait un vrai handicap pour les projets éoliens, encadrés pour l’instant par des tarifs d’achat guère élevés, mais fixes. Toujours visant l’éolien, le rapport recommande de simplifier les procédures d’autorisations, mais de les confier aux élus locaux plutôt qu’aux préfets, ce que la filière éolienne craint beaucoup.

En voici les conclusions in extenso et les 24 recommandations : (le rapport intégral se trouve ici)

« L’électricité d’origine éolienne et photovoltaïque contribuera à la transition énergétique de notre pays, et doit être encouragée comme elle l’est dans les autres pays européens. Il convient cependant de bien prendre en compte, dans toute politique de soutien, les contraintes, voire les handicaps, propres à l’éolien et au photovoltaïque.

L’éolien comme le photovoltaïque sont des sources d’électricité intermittentes, qui ne sont pas nécessairement produites quand on en a besoin. Leur potentiel s’en trouve réduit, d’autant plus que les solutions de stockage industriel de l’électricité et de substitution d’autres sources sont encore pour la plupart incertaines et coûteuses (Recommandations 6 & 18).

L’implantation des unités de production soulève souvent aussi de fortes oppositions locales. Par ailleurs, l’impact de ces énergies sur le bilan carbone du mix électrique reste à évaluer précisément (Recommandation 7).

Indépendamment de toute considération économique, ces contraintes interdisent d’envisager que les énergies éolienne et photovoltaïque, à elles seules, permettent la diminution de 75 % à 50 % du nucléaire dans le mix électrique français à l’horizon de 2025 (Recommandation 5).

Du fait de leurs caractéristiques de fonctionnement et des investissements nécessaires, les panneaux solaires comme les éoliennes produisent une électricité dont le coût est plus élevé que le prix de vente au grand public (Recommandation 1).

Ce surcoût, encore massif dans le photovoltaïque, moins important dans l’éolien, est financé par le consommateur d’électricité au travers de la Contribution au Service Public de l’Electricité, ou CSPE (Recommandation 11). L’effort financier ainsi demandé aux consommateurs permet d’espérer atteindre des objectifs énergétiques ambitieux, mais faute d’outil industriel français significatif, il subventionne largement des importations de matériels, avec un effet très limité sur l’emploi français. En effet, dans le photovoltaïque comme dans l’éolien, les outils manufacturiers se trouvent essentiellement hors de France.

Un tel constat ne doit pas nous amener à abandonner la stratégie de soutien à ces énergies renouvelables, mais à mieux la concevoir pour l’orienter là où les perspectives de valeur ajoutée et d’emploi en France sont les plus grandes. Le caractère automatique du dispositif des tarifs de rachat ne permet pas cette orientation, et il conviendrait de décider et d’annoncer sa disparition progressive (Recommandations 12 & 13), au profit d’appels d’offres réguliers qui procurent aux industriels une visibilité nécessaire et permettent à la puissance publique d’en attendre la création d’emplois et le développement de technologies en France (Recommandation 14). Les panneaux photovoltaïques de qualité doivent notamment être favorisés, ce qui encouragera les progrès des industriels (Recommandations 17 & 19).

L’investissement dans la R&D française et européenne doit être accru, au travers de crédits publics mais aussi à la faveur de rapprochements industriels. Un cadre franco-allemand peut être pertinent pour le développement de ces filières (Recommandations 20, 21 & 22).

L’effort en faveur de l’emploi français s’accompagnera naturellement d’un travail spécifique sur les formations et les compétences (Recommandation 23). Enfin, le territoire français est divers et ce qui est vrai du continent ne l’est pas nécessairement de la Corse et de l’Outre-mer, où au moins le soutien à l’éolien doit revêtir des formes spécifiques (Recommandation 24).

Les filières éolienne et photovoltaïque, soutenues financièrement par la collectivité, ne pourront que bénéficier d’améliorations apportées au cadre administratif et réglementaire. Les procédures administratives qui concernent l’investissement photovoltaïque et surtout éolien nous paraissent devoir être simplifiées, et rapprochées des territoires (Recommandations 3, 4 & 10). Les règles d’implantation pourraient être revues, et éventuellement assouplies (Recommandations 8 & 9). Les schémas régionaux climat-air-énergie doivent permettre une prévision plus fine et un engagement encore plus fort des Régions dans l’effort national (Recommandations 2 & 16).

Ces changements, réglementaires ou législatifs, paraissent nécessaires, même s’il a été souvent rappelé à la mission par ses interlocuteurs qu’après le temps du débat et des réformes, doit venir le temps de la stabilité des dispositifs et des règlements, seul à même de permettre des investissements industriels de long terme (Recommandation 15). »