Voici l’ère des grands parcs solaires sans subvention en Espagne

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L’Espagne a suspendu tout tarif d’achat aux énergies renouvelables en janvier dernier, mais des développeurs allemands et espagnols osent préparer pour 2015 d’immenses fermes photovoltaïques dont l’électricité sera vendue directement au prix du marché, sans subvention !

Une première en Europe à cette échelle, et peut-être le début d’une ère solaire, où cette énergie sera suffisamment bon marché pour être compétitive.

Depuis début avril, trois méga-projets ont été autorisés et deux autres sont dans les tuyaux, dans les régions d’Extrémadure et de Murcie, dans le sud du pays. Une région idéale où l’ensoleillement atteint un record en Europe et où le prix des terrains est très bas, alors que le prix de l’électricité classique (le prix de marché) y est bien plus cher qu’en France.

Un même modèle est bien plus délicat à créer en France, où le soleil est moins fort et les terrains plus chers, et jusqu’ici seul le développeur Solairedirect, dans son fief de Poitou-Charentes, s’est aventuré en ce sens.

1,2 GW sans subvention en 2015

La région Extrémadure concentre les trois projets autorisés, dont les mises en route sont toutes prévues à l’horizon 2015 :

  • Une centrale de 400 MW, d’un coût de 450 M€, développée par l’allemand S.A.G. Solarstrom (SAG) et l’espagnol Valsolar.
  • Un parc solaire de 500 MW, pour 725 M€, du développeur espagnol Ecoenergias del Guadiana a été autorisé début mai.
  • Une ferme de 250 MW, pour 250 M€, prévue par l’allemand Gehrlicher, a été autorisée en avril dernier.

Du côté du projet de Solarstrom, la centrale photovoltaïque va venir remplacer deux projets de centrales solaires thermiques qui avaient été initiés par Valsolar avant l’arrêt des subventions. Mais contrairement au photovoltaïque, ces projets thermiques n’auraient pas pu se passer de subventions.

Le projet de Gehrlicer, lui, est prévu sur la commune de Talavan, l’un des territoires les plus ensoleillés d’Europe. La ferme couvrira 750 hectares, pour produire 400.000 MWh par an. Via sa filiale Gehrlicher Espana, le groupe bavarois reste l’un des plus actifs développeurs solaires en Espagne, où le marché photovoltaïque a été considérablement ralenti par le gel des tarifs d’achat. L’Espagne n’a installé que 400 MW l’an dernier.

Encore des projets

Dans la région de Murcie, l’allemand Würth Solar et l’espagnol Gestamp Renewables Corp prévoient des parcs de taille similaire, qui vendront leur électricité eux aussi sans subvention.

En janvier dernier, Madrid a instauré un moratoire sur tous les tarifs d’achat des électricités renouvelables. Tous les installateurs solaires qui restent actifs en Espagne, comme Gehrlicher, Gestamp, Würth, Juwi et SunEdison, ont pourtant continué leurs projets, et pourraient donc emboîter le pas à Gehrlicher si son modèle paraît viable.

Vers une renaissance du solaire espagnol

Les demandes de raccordement restent très élevées en Espagne à divers stades de développement : 9 GW de dossiers ont été déposés au total, dont 4 GW dans la région de Murcia. Les syndicats professionnels estiment cependant que le solaire n’atteindra la parité réseau qu’après 2016, et craignent un excès d’optimisme qui exonère le gouvernement de toute aide au secteur.

Pour Guillermo Barea, patron de Gehrlicher España, son projet de 250 MW non aidé illustre « l’avenir du secteur », une « renaissance du solaire espagnol » et « un message d’optimisme » qui montre que le photovoltaïque sera viable sans subvention en Europe dès 2014. L’Espagne pourrait alors reprendre le leadership mondial du photovoltaïque, selon lui.