Eolien en mer : Bataille de fondations sur Saint-Nazaire et Saint-Brieuc (Premium)

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Les futurs parcs éoliens en mer de Saint-Brieuc (Côtes d’Armor) et Saint-Nazaire (Loire-Atlantique) font l’objet d’une bataille technologique sur le choix des fondations qui soutiendront les éoliennes, des équipements stratégiques représentant 30 à 35% de l’investissement final d’un parc. L’équipe formée par Iberdrola et Eole-RES, par exemple, a choisi des fondations jacket, des structures métalliques en treillis tubulaires reposant sur quatre pieux. L’équipe concurrente d’EDF Energies Nouvelles et Dong Energy avait aussi choisi cette solution technique à l’origine, avant de changer d’avis après ...

avoir réalisé ces derniers mois des études géotechniques approfondies des zones de l’appel d’offres. Résultat : EDF et Dong préfèrent des fondations de types gravitaire et monopieu.

La fondation gravitaire s’est finalement imposée sur Saint-Brieuc (83 unités prévues) : une structure de béton armé lestée au fond de la mer, sur laquelle viendra se greffer en dehors de l’eau le mât de l’éolienne. Le consortium n’annonce pas de fournisseur pour le moment, mais évoque une short-list d’entreprises, dont le groupe Bouygues. Ce dernier est l’actionnaire de référence d’Alstom, le fournisseur de turbines du consortium. Le choix gravitaire a aussi été fait sur Fécamp (83 unités). Les ports du Havre et de Brest ont été sélectionnés pour accueillir une usine de fondations de ce type.

Sur Saint-Nazaire (80 unités), le choix s’est porté sur une fondation monopieu : un long mat métallique planté dans le sol grâce à un seul point d’ancrage. Cette solution domine actuellement le marché européen et reste de loin la plus compétitive. Dans la short-list de fournisseurs du consortium se trouve notamment Eiffage (qui est par ailleurs sélectionné par Iberdrola et Eole RES pour la fourniture des jackets). Le monopieu est également adopté pour Courseulles-sur-mer (75 unités) et les ports de Cherbourg et Saint-Nazaire ont été choisis pour l’implantation d’une usine de fabrication.

Réalisation d’une campagne de carotage

EDF EN avait initialement envisagé de déployer des fondations jacket sur Saint-Nazaire et Saint-Brieuc. « Nous avons réalisé des carotages de 30 à 40 mètres pour évaluer la qualité des fonds marins. Les résultats obtenus ont été déterminants et nous ont fait renoncer à nos choix techniques pour les fondations », a expliqué Yvon André, directeur général délégué d’EDF EN, lors d’une rencontre avec la presse organisée à Saint-Nazaire (Loire-Atlantique) pour découvrir la turbine d’Alstom retenue par le consortium.

« La roche du sol marin des zones situées au large de Saint-Nazaire et Saint-Brieuc est très fracturée », ajoute Béatrice Buffon, directrice du développement d’EDF EN. Autrement dit, pour sceller correctement dans le sol une fondation jacket, il faut obligatoirement cimenter les quatre pieux d’ancrage. Une tâche possible en mer, mais qui serait inenvisageable pour une ferme de 80 éoliennes : « C’est impossible d’installer 80 jackets en série sur ces deux sites avec des coûts et un calendrier raisonnables », estime le groupe.

3 millions d’euros d’analyse

Le coût des analyses géotechniques est déjà très élevé : plus de 3 millions d’euros cumulés sur les quatre zones où EDF et Dong ont déposé une offre !

Selon nos informations, Iberdrola et Eole RES n’ont pas réalisé en amont ce type d’études géotechniques sur Saint-Nazaire et Saint-Brieuc. Positionné uniquement sur cette dernière zone, le consortium GDF Suez, Vinci et CDC Infrastructure, n’aurait pas non plus effectué une telle démarche. Le choix des fondations de GDF Suez n’est pas encore connu.

L’arrivée en juillet dernier du très expérimenté Dong Energy pour renforcer l’équipe d’EDF EN est peut-être à l’origine de ce revirement. Le danois, numéro un mondial dans le développement et l’exploitation de parcs éoliens marins, dispose d’une vingtaine d’années d’expérience dans l’éolien offshore et a probablement poussé la réalisation de ces études géotechniques… par précaution.