Londres annonce un « budget carbone », une première mondiale

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La Grande-Bretagne donne l’exemple en annonçant un très officiel « budget carbone » qui l’engagera devant les électeurs  à réduire ses émissions de CO2 de 34% pour 2020, par rapport au niveau de 1990.

Et en prime, Londres prévoit 1,4 milliard de livres de subventions pour des projets « verts » dans son budget 2009/2010. Une gageure dans un pays qui devrait subir une récession de 3,5% cette année, et qui doit prévoir de fortes hausses d’impôts alors que sa dette publique atteint des sommets vertigineux.

Dans ce contexte, le « budget carbone » de Londres est non seulement une première mondiale, mais un acte de forte volonté. Il est cependant  moins ambitieux que ne le réclamait son propre comité de conseil du climat qui demandait 42% de réduction, afin de pouvoir atteindre l’objectif de 80% de baisse pour 2050. Mais les grandes entreprises industrielles ont demandé un objectif plus limité, arguant qu’elles ne seraient plus compétitives à l’international.

Pour l’instant, Londres a fixé un objectif général, les mesures qui doivent permettre ces réductions ne seront pas détaillées avant l’été.

Les organisations pro-environnement ont plutôt approuvé cette annonce, regrettant surtout que le gouvernement envisage de parvenir à ce but en partie en achetant des crédits carbone auprès des pays émergents. Ce qui s’apparente pour elles à acheter un droit à polluer, en payant les pays pauvres pour qu’ils réduisent leurs émissions de CO2 à la place de la Grande-Bretagne. Cela coûtera moins cher à l’économie britannique que de procéder elle-même à une « décarbonisation » de son industrie.

L’idée d’un budget carbone reste novatrice, d’autant plus  qu’elle est approuvée par le patronat britannique, la CBI, qui le juge « essentiel » pour donner une direction générale et « un cadre plus sûr » pour que les entreprises britanniques investissent dans des procédés moins émetteurs de carbone.

Selon les analystes, les économies générées par la réduction des émissions de CO2 dépassent largement son coût, de 53 à 696 milliards de livres sterling. La CBI estime elle que cet effort coûtera aux Britanniques en moyenne 100 livres par an et par ménage, et que ce sera de l’argent bien placé.

Mais le patronat a posé des conditions : il demande en échange une protection des industries lourdes face aux importations venant de pays sans règlementation des émissions de CO2, et davantage de soutien aux énergies nouvelles.

Petit point un peu flou, ce budget lie légalement le gouvernement « sauf circonstances exceptionnelles », une petite clause qui inquiète beaucoup les défenseurs de l’environnement.

Londres a aussi annoncé mercredi une panoplie de projets verts, dont des subventions, mais pas seulement.

L’un des mesures les plus attendues, très coûteuse et pourtant pas clairement financée, est l’annonce de la construction de deux à quatre projets pilotes de capture de carbone (CCS) – de grosses unités qui doivent être construites sur une centrale à charbon.

C’est une bonne surprise, car c’est bien davantage que l’unique projet CCS prévu jusqu’ici en Grande-Bretagne. Mais avec deux gros bémols : d’abord, il est aussi prévu de construire 8 centrales à charbon supplémentaires, et d’autre part le gouvernement britannique a annoncé que le financement de ces projets pilotes, qui sont extrêmement  coûteux, proviendra en partie de l’UE et en partie d’un mystérieux « nouveau mécanisme » non précisé, qui pourrait bien consister en nouvelle taxe.

Le coût estimé du premier projet pilote britannique va de 750 millions à 1,5 milliard de livres. Les projets pilote de CCS, l’une des pistes importantes pour réduire le CO2 mondial, se comptent encore sur les doigts de la main : les industriels européens se sont mis à 13 pour en construire un dans l’est de la France.

Voici les autres subventions vertes annoncées par Londres mercredi :

– 60 millions de livres pour financer des recherché sur les projets de capture du carbone

– 70 millions de livres pour aider les petits projets décentralisés d’énergies renouvelables

-525 millions pour financer les projets éoliens offshore sur 2010 et 2011, financés sur la loi dite de « Renewables Obligation », qui taxe les industriels. La Grande-Bretagne, qui jusqu’ici a peu développé les énergies renouvelables mise l’essentiel de ses efforts en la matière sur l’éolien en mer.

– Aides aux projets combinés chaleur et électricité entre 2013 et 2023, ce qui suppose 2,5 milliards de livres d’investissements pour générer 3 GW d’électricité d’ici 2015

– 375 millions de livres pour l’efficacité énergétique des bâtiments commerciaux, publics et résidentiels dont 10 millions pour la gestion des déchets

– 405 millions de livres pour aider les processus industriels à faibles émissions de CO2