Quotas de CO2 : le secteur aérien sous pression

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bluenextL’analyse du marché du carbone avec BlueNext SA, la bourse de l’environnement. Your browser may not support display of this image.

A partir de 2012, les compagnies aériennes devront respecter des quotas d’émissions de CO2. Une directive parue en février précise les modalités. L’impact s’annonce important. L’analyse de David Rapin, Directeur du développement de BlueNext, la bourse de l’environnement.

GreenUnivers : qu’est-ce qui attend le secteur aérien ?

Dès 2012, il sera soumis au système européen des quotas de CO2, avec un plafond annuel à ne pas dépasser et pour les compagnies qui le dépasseraient, la possibilité d’acheter des quotas à celles qui seront excédentaires. Toutes les compagnies effectuant des vols au départ ou à l’arrivée d’un des 27 pays de l’Union européenne seront concernées par cette réglementation, même les non européennes. Seuls les vols correspondant à des missions de service public (hôpitaux, armée…) seront exclus, de même que les compagnies qui font moins de 250 vols par trimestre ou sont en-dessous de 10 000 tonnes de CO2 émises par an. Mais cela sera marginal. La Commission européenne vient de publier une liste des 2 000 compagnies concernées, qui se verront attribuer des quotas en fonction du niveau de leurs émissions.

GU : quels sont les objectifs ?

Le but est que les émissions de CO2 en 2012 ne dépassent pas 97% de la moyenne des émissions enregistrées sur la période 2004-2006. Ensuite, à partir de 2013 et jusqu’en 2020, on est sur un objectif de 95%. Il est prévu que 15% des quotas soient attribués de manière payante, via des enchères. C’est moins que pour le système général, mais pour l’aviation, c’est le début des quotas, c’est un apprentissage. L’aviation aura ses propres quotas, différents du système général : les compagnies pourront acheter des tonnes de CO2 (des EUA) aux autres secteurs, mais elles ne pourront pas vendre les leurs. Elles pourront aussi acquérir des crédits Kyoto (jusqu’à 15% de leurs émissions) pour compenser leurs émissions. Des amendes de 100 euros par tonne de CO2 seront infligées à celles qui dépasseront leurs quotas.

GU : le secteur aérien est-il un gros émetteur de CO2 ?

Au niveau de l’Europe des 27, l’aviation est responsable de 3% des émissions globales. Cela peut paraître peu important, mais ses émissions ont augmenté de 90% depuis 1990. Quand on sait que l’objectif global, c’est une baisse de 8% des émissions de l’Europe d’ici à 2012 par rapport au niveau de 1990, on voit bien que cette évolution est préoccupante. Pourtant, l’aviation a fait de gros efforts de modernisation de sa flotte et de R&D pour améliorer les performances énergétiques des moteurs. Au niveau mondial, l’aérien représente 2% des émissions globales, avec une hausse de 50% par rapport à 1990.

GU : faut-il s’attendre à un impact important du futur système européen pour les compagnies ?

Oui, c’est probable. On estime que le secteur aérien va manquer de quotas. Selon une étude de la Deutsche Bank de 2007, la moyenne des émissions entre 2004 et 2006 s’élève à 304 millions de tonnes par an. Si on tient compte d’une augmentation de 2% par an, on arrive à 340 millions de tonnes en 2012. Il faut mettre ce volume en perspective avec le 1,7 milliard de tonnes de CO2 visés par l’Union européenne en 2012. L’effort demandé aux compagnies est important. Les 20 à 40 qui ont la taille critique seront évidemment les plus impactées.

GU : cette réglementation européenne pourrait-elle inspirer d’autres pays ?

Une alliance de plusieurs grandes compagnies (Air France KLM, Virgin, British Airways…) s’est constituée au sein de l’ « aviation global deal ». Elle tente de promouvoir une extension de cette réglementation au niveau mondial dans le cadre de la négociation de Copenhague. Mais cela pose évidemment des problèmes politiques et techniques.

Point conjoncture

carbone

Le cours du carbone reste à peu près stable sur le marché spot, se rapprochant de la barre des 10 euros. Selon une étude Orbéo/ Société générale, le marché devrait être court de 26 millions de tonnes en 2008 : les émissions vérifiées, que l’on connaîtra dans quelques semaines, devraient être plus importantes que les quotas alloués aux sites industriels. Mais en 2009, le marché devrait être long de 63 millions de tonnes, les émissions baissant en raison de la crise économique. L’étude anticipe un prix moyen de 11 euros en 2009.