Berlin, ville pionnière en Europe pour les voitures à hydrogène

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Depuis quelques jours, dix voitures à hydrogène circulent dans les rues de la capitale allemande. Il s’agit d’une expérience unique en Europe, fruit d’un vaste partenariat public-privé, le « Clean energy partnership » qui réunit douze grandes entreprises (Opel, Vattenfall, BMW, Total…), avec le soutien de la ville, du gouvernement et de Bruxelles. Cette opération unique en Europe, dotée d’un budget de 500 millions d’euros, vise à tester les véhicules à hydrogène. C’est la deuxième phase de son déploiement, une première étape ayant vu notamment la mise en circulation de 14 bus à hydrogène.

La technologie utilise une pile à combustible alimentée par de l’hydrogène comprimé (700 bars) pour alimenter le moteur qui rejette de l’eau, ce qui est évidemment plus écologique que l’essence. Elle a été mise au point par le constructeur américain General Motors (GM). Les véhicules sont des adaptations du modèle Equinox de Chevrolet, un SUV, qui circulent sous la marque Opel, filiale de GM en Allemagne. Le groupe a commencé à explorer la technologie de l’hydrogène dès le milieu des années 60. Et cela fait plus de dix ans qu’il investit massivement – 1 milliard de dollars – dans la filière hydrogène, à laquelle sont dédiés quelque 600 collaborateurs.

Aujourd’hui, les modèles en circulation à Berlin représentent la quatrième génération de véhicules à hydrogène. Ils peuvent rouler à une température inférieure à zéro (et même de moins 25 degrés), ce qui était impossible sur la version précédente où l’eau gelait…

D’ici à 2010, les dix voitures berlinoises vont être prêtées aux entreprises partenaires du programme. Toute une sérié de données sera enregistrée et analysée par les ingénieurs de GM pour améliorer encore la technologie. Les impressions des conducteurs seront aussi recueillies avec soin.

La cinquième génération de véhicules à hydrogène de GM est déjà en phase de conception. Une fois les technologies validées, le prochain défi sera surtout économique : il faudra faire baisser le prix des composants avant une production à grande série et une commercialisation, que le constructeur envisage à l’horizon 2015 aux Etats-Unis.

La technologie des véhicules à hydrogène est actuellement expérimentée dans plusieurs pays, comme les Etats-Unis, la Corée ou la Chine. D’autres constructeurs que GM sont sur les rangs, comme Honda avec le modèle Clarity. En France, la réglementation ne les autorise pas. Les constructeurs français n’ont pas misé jusqu’à présent sur l’hydrogène, privilégiant d’autres technologies « propres » comme le diesel et maintenant les voitures électriques.

Par rapport à leurs principales concurrentes que sont les voitures électriques, les voitures à hydrogène ont l’avantage d’offrir une plus grande autonomie et de ne pas nécessiter une immobilisation longue pour les alimenter en carburant, le plein d’hydrogène se faisant en quelques minutes.

Selon une récente étude du conseil américain de la recherche (NRC), le marché des voitures à hydrogène se développera lentement : 2 millions de véhicules sur les routes du monde entier d’ici à 2020, et 200 millions en 2050, ce qui ne représenterait encore que 15% du parc automobile prévu à cette échéance.

Car de nombreux obstacles restent à surmonter : outre la nécessaire baisse du prix des véhicules, l’autre difficulté majeure concerne l’approvisionnement en hydrogène. Dans le cadre de l’expérience pilote de Berlin, Total a construit une station-pilote, représentant un investissement de 4 millions d’euros, dont 1,7 million de subventions.

Pour envisager un décollage du marché des véhicules à hydrogène, il faudra installer des dizaines de milliers de stations. Selon les experts de GM, pour 10 millions de véhicules à hydrogène circulant en Europe, il faudrait disposer de plus de 22 000 points d’alimentation en hydrogène. Ce qui représenterait un investissement massif, nécessitant des aides publiques !

Et aux Etats-Unis, il faudrait investir entre 10 et 15 milliards de dollars pour construire quelque 11 700 stations d’alimentation en hydrogène – dans les zones urbaines et le long des autoroutes – si 1 million de véhicules était en circulation.  

Reste aussi à voir comment l’hydrogène est produit. Pour un usage parfaitement écologique, il faut une production à partir d’énergies renouvelables. A Berlin, l’hydrogène est produit aujourd’hui à partir de gaz naturel, qui émet beaucoup de CO2, mais Total va tester avec le groupe Enertrag une production à partir d’éoliennes.

(Photo : DR)