Quand Wal-Mart exigera….

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Wal-Mart, le numéro un mondial de la distribution, vient d’annoncer un vaste plan à la fois environnemental et social non seulement pour ses magasins mais qu’il veut aussi imposer à ses quelque 60.000 fournisseurs dans le monde, en tête les entreprises chinoises, une annonce faite par le PDG Lee Scott à Pékin.

Avec pour la première fois un calendrier précis et une ambition mondiale de peser dans la balance de tout son poids, qui est immense, et en reconnaissant même que cela risque de réduire ses marges et d’augmenter ses prix… Une vraie révolution chez le chantre de l’« Everyday low price » (prix le plus bas tous les jours », qui parle de revoir toute sa chaîne d’approvisionnement. Et encore plus étonnante en pleine crise financière, où les consommateurs américains commencent à réduire leurs dépenses.

Feu de critiques récurrentes sur ses pratiques sociales et environnementales, et plus récemment de fortes contestations sur les salaires de ses employés, Wal-Mart dit vouloir dépenser 500 millions de dollars par an pour améliorer l’efficacité énergétique de sa flotte de camions de 25% d’ici 3 ans  et de 50% dans les 10 ans, réduire ses émissions de CO2 de 20% dans les 7 ans, diminuer de 30% la consommation d’énergie dans ses quelque 7.400 magasins et ses déchets de 25% d’ici 3 ans.

Mercredi à Pékin, Lee Scott s’est adressé à un parterre d’un millier de représentants de fournisseurs et d’organisations de défense de l’environnement, pour annoncer qu’il exigerait désormais de ses fournisseurs des normes environnementales et sociales plus strictes à partir de janvier.

D’ici 2012 ses fournisseurs devront lui procurer des produits provenant à 95% d’usines ayant obtenu les meilleures notations environnementales et sociales, comme l’interdiction du travail des enfants, du travail forcé, des horaires illégaux  et des salaires inférieurs au minium fixé dans le pays. Il surveillera aussi la gestion des déchets toxiques.

Pour s’en assurer il leur demandera des audits effectués par des tiers indépendants et le groupe a promis d’effectuer lui même des audits surprise.

En Chine, d’où Wal-Mart importe pour 9 milliards de dollars de produits par an, le groupe a déclaré vouloir d’ici 2010 une réduction de moitié de l’utilisation de l’eau et de 30% de la consommation d’énergie dans ses  l13 magasins chinois. Il compte ouvrir un magasin pilote qui utilisera 40% d’énergie en moins. Et  veut aussi d’ici 2012 améliorer l’efficacité énergétique de 20% dans les 200 plus grosses usines chinoises qui le fournissent.

Précision inédite du patron de Wal-Mart, ces efforts risquent selon lui à la fois de réduire les marges du groupe, d’augmenter les prix pour les consommateurs et de diminuer les marges des fournisseurs, une déclaration tout à fait rare de la part d’un groupe qui se veut le champion du prix moins cher en toutes circonstances.

« Au bout du compte, Wal-Mart aura-t-il des marges plus basses ? Très possible. Le consommateur devra-t-il payer légèrement plus ? Très possible. Les fabricants devront-ils devenir plus efficaces, ou, pour ceux qui ont des marges particulièrement hautes, les diminuer ? Je suppose que tout cela arrivera dans certaines catégories » de produits, a déclaré Lee Scott lors d’un point de presse à l’issue de son discours à Pékin.

Il a aussi reconnu qu’il existait des fournisseurs « auxquels Wal-Mart n’aurait jamais dû acheter » qui seront pénalisés par ces nouvelles exigences.

Fort de 7.400 magasins dans le monde, le groupe américain accélère ses accnonces pro-environnementales depuis 3 ans. Il a ainsi récemment annoncé qu’il voulait réduire drastiquement la distribution de sacs plastiques et annoncé sa volonté de réduire ses déchets et de parvenir à terme à l’utilisation exclusive d’énergie renouvelable. Il a promis de doubler ses ventes de produits électriques économes en énergie et même récemment ouvert un magasin expérimental à McKinney (Texas) où l’énergie provenait de la combustion d’huile de cuisson recyclée

Ces engagements pour l’environnement et les critères sociaux répondent en tout cas à une des principales demandes des ONG : qu’agissent ceux qui concrètement ont le plus de moyen de pression sur les entreprises chinoises ou autres pays à bas coût, c’est-à-dire leurs clients. En tête Wal-Mart qui est sans doute le tout premier client privé de la Chine.

Ces contraintes seront mises en place pour les fournisseurs chinois dans quelques mois et seront étendues à l’ensemble des fournisseurs du groupe pour 2011.

Un discours d’une nouveau ton chez Wal-Mart, qui avait commencé à annoncer des initiatives vertes depuis 3 ans  mais s’était vu reprocher des objectifs trop vagues et sans calendrier.

Une initiative qui survient aussi après le rappel retentissant en 2007 de plusieurs produits de grande consommation importés de Chine, allant des jouets au dentifrice et aux croquettes pour chiens, qui présentaient des dangers pour la santé ou la sécurité des consommateurs, et bien sûr du récent scandale du lait contaminé chinois.

La réaction des ONG devant ce nouveau ton a été mitigée : elles voient dans ces nouveaux objectifs le fruit de la pression de l’opinion publique  mais craint que les fournisseurs, contraint de fixer le prix le plus bas possible, ne soient tentés de tricher, et trouvent généralement que le group n’en fait pas assez.

Le groupe de pression Wal-Mart Watch y a vu une simple diversion par rapport aux revendications salariales, quant au groupe de défense de l’environnement The Sierra Club, il a salué les efforts environnementaux du groupe mais estimé qu’il pourrait également s’occuper des salaires, en rappelant aussi les récentes violations des réglementations sur l’eau par certains magasins Wal-Mart.

Wal-Mart, qui recherche partout les prix les plus bas, a régulièrement été dénoncé pour les conditions de travail parfois inhumaines chez ses fournisseurs dans les pays émergents. L’an dernier par exemple les ONG l’ont critiqué pour des cas de travail d’enfants dans une quinzaine d’usines de ses fournisseurs, plus récemment pour le cas de fournisseurs au Bangladesh qui faisaient travailler leurs salariés 19 heures par jours pour parfois seulement 20 dollars par mois. Il a aussi été la cible d’un procès pour déchets dangereux aux Etats-Unis, à Oklahoma City et vient en juillet d’être condamné en justice pour avoir imposé des horaires trop longs pour ses salariés dans le Minnesota, ce qui pourrait lui coûter 2 milliards de dollars.L

Les grands distributeurs français onbt eux lancé il ya 3 ans une initiative similaire de pression sur leurs fournisseurs appellée « Initiative Clause Sociale », qui s’appuie aussi sur les audits indépendants et des avertissements aux fabricants qui contreviendraient aux normes.