Le « Green New Deal », la formule qui monte

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L’ONU, les Verts européens, les économistes britanniques, les éditorialistes influents, les ONG … Tous ne jurent plus que par cette « nouvelle donne verte »,  qui marierait économie et environnement. Une référence au vaste plan de relance gouvernemental mis en place par le président Roosevelt en 1933 pour sortir l’Amérique de la crise de 1929.

C’est d’abord l’éditorialiste et écrivain Thomas Friedman, champion des formules de choc, qui a lancé ces mots dans un édito de son journal, le New York Times, dès janvier 2007.

L’auteur de deux livres successifs qui ont fait un tabac outre-Atlantique, l’un sur la mondialisation en 2006 (The World is Flat – La Terre est plate), le tout dernier  (2008) sur la dégradation de l’état de la planète (Hot, Flat and Crowded – Chaud, plat et surpeuplé) a su résumer en trois mots le désir d’un nouveau rêve, celui d’une économie reconvertie sur des énergies propres, l’Amérique prenant la tête du mouvement.

Thomas Friedman y voit, en effet, au passage un moyen de faire retrouver à son pays un leadership économique et technologique mondial, car il a découvert avec horreur (interview ici) que la multiplication des nouvelles usines de panneaux solaires aux Etats-Unis, par exemple, se fait le plus souvent avec des financements de groupes européens (allemands notamment, comme SolarWorld qui vient d’y ouvrir une des plus grosses usines de cellules solaires au monde), plus en avance technologiquement et qui choisissent l’Amérique tout simplement pour le bas coût de la main d’oeuvre et du dollar faible (à l’époque).

Mais depuis l’expression fait florès bien au delà des Etats-Unis. Elle a en particulier été relancée par un nouveau groupe de pression britannique, le Green New Deal Group, qui réunit la députée du Green Party Caroline Lucas, des économistes et des défenseurs de l’environnement. Ils ont publié en juillet dernier un rapport intitulé Un Green New Deal: des politiques coordonnées pour résoudre la triple crise du crédit, du changement climatique et de la hausse des prix du pétrole » qui a fait beaucoup de bruit.

« Nous avons seulement 100 mois pour agir afin d’empêcher les dégâts irréversibles du changement climatique « , selon Andrew Simms, directeur politique de la New Economics Foundation (NEF), un des membres fondateurs du Green New Deal Group. Une allusion aux « 100 jours » du New Deal de Roosevelt.

Le Green New Deal Group préconisait dès ce rapport de juillet une réforme du système financier fondée sur la limitation du risque, la diminution des niches fiscales et l’augmentation de la transparence des entreprises. La régulation de l’inflation et la relance du crédit permettraient des investissements environnementaaux, et à terme, une reconversion totale de la production mondiale d’énergie.

Au niveau européen, la phrase est devenue le slogan de la campagne de Daniel Cohn-Bendit, le député européen Vert, qui espère bien que son parti réunira au moins 10% des voix lors des prochaines élections européennes. Et au delà de son parti, c’est le leimotiv d’un rassemblement politique plus large créé par Cohn-Bendit, Europe écologie.

Ces dernières semaines, l’implosion du système financier mondial ne fait que renforcer les partisans d’un mariage des objectifs environnementaux et d’une réforme du système économique et financier. En Europe et en Amérique du nord, de plus en plus de voix demandent que la « vague verte » soit le nouvel objectif de l’économie et de la finance mondiale qui se remettraient au service des hommes, dont le Centre du progrès américain, la Conférence des maires américains, etc.

Et cette semaine, c’est l’ONU elle même qui a repris l’expression à son compte, avec une ambition mondiale.

Dans un appel mondial, le PNUE (Programme des Nations-Unis pour l’environnement) plaide lui aussi pour un Green New Deal capable, selon lui, de générer des millions d’emplois et en même temps de combattre le réchauffement climatique avec une gestion plus sensée des ressources de la planète.

Pour le PNUE, les investissements dans les technologies propres et les « infrastructures naturelles » seront le principal moteur d’une croissance réelle.

« Les crises financière, alimentaire et énergétique de 2008 sont en partie le fruit d’une spéculation mais aussi d’un échec des gouvernements à gérer et orienter intelligemment les marchés, selon Achim Steiner, sous-secrétaire général de l’ONU et directeur exécutif du PNUE. Mais elles sont aussi le résultat d’échecs plus généraux des marchés, qui ont creusé encore davantage les pertes du capital naturel ».

« Les modèles économiques du XXème siècle ont désormais atteint les limites de leurs possibilités – possibilités en terme d’amélioration des conditions de vie pour les 2,6 milliards de personnes vivant encore avec moins de 2 dollars par jour et en terme d’empreinte écologique », a renchéri Pavan Sukdhev, banquier de la Deutsche Bank, conseiller du PNUE.

Le PNU promet pour dans deux ans un « guide » pour aider à transformer l’économie mondiale et rappelle que le monde compte déjà 262 millions de personnes par an affectées par les changements climatiques (entre 2000 et 2004), 1,8 milliard de personnes qui risquent de manquer d’eau à partir de 2025, 50 millions de réfugiés environnementaux à prévoir dans les années qui viennent, 600 millions qui souffriront de manque de nourriture en 2020, et 2 millions de morts prématurées dues à la pollution par an.