Bilan carbone : le marché explose

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Plus de 1 000 bilans carbone auront été réalisés en France fin 2008, cinq ans après la création de cette méthodologie par l’Ademe. Et le marché devrait encore croître très rapidement, explique Laurence Gouthiere, en charge de l’animation et de la diffusion du bilan carbone à l’Ademe.

 

 

GU : Comment évolue le bilan carbone ?

En 2004, la première année, nous en avons comptabilisé une petite centaine, le mouvement a vraiment démarré en 2007 où on est passé à plus de 250 et fin 2008, on atteindra le cap des 1 000. Les grandes entreprises déjà concernées par des réglementations environnementales, dans l’industrie lourde ou la chimie notamment, ont été pionnières. Aujourd’hui, nous assistons à une montée en puissance du secteur tertiaire et, à un moindre niveau, des collectivités. Les PME sont moins représentées : nous sommes en train de préparer un outil plus simple, plus adapté pour elles. Logiquement, les prestataires sont de plus en plus nombreux sur le marché : l’Ademe aura formé quelque 1000 experts cette année, dont 80% travaillent dans des bureaux d’études. Cette formation est une condition sine qua non pour pouvoir effectuer un bilan carbone. Le marché devrait encore se développer rapidement, surtout si le projet de loi issu du Grenelle de l’environnement est adopté en l’état : il prévoit de rendre obligatoire la réalisation d’un bilan énergétique pour toutes les entreprises de plus de 250 salariés dans un délai de 5 ans.

 

 

GU : Quelles sont les motivations des entreprises ?

Leur impact sur l’environnement bien sûr, parfois leur image même si ce n’est pas la finalité du bilan carbone qui doit déboucher sur l’élaboration d’une stratégie pour réduire les émissions de CO2. Surtout, la dimension économique est de plus en plus présente. Les entreprises sont conscientes de l’importance de leur dépendance énergétique, de l’évolution de la réglementation qui va les obliger à revoir leur organisation, voire leur activité. Certains business models vont changer car les produits ne seront plus adaptés à la législation ou aux attentes des consommateurs. C’est la pérennité de l’entreprise qui est en jeu.

 

 

GU : la complexité de la méthodologie est-elle un frein ?

C’est surtout la collecte des données qui peut être délicate. Tout dépend du niveau de reporting qui existe déjà dans l’entreprise. Cette étape est d’autant plus longue que le bilan carbone intègre les émissions directes, générées par l’activité de l’entreprise, et aussi indirectes, comme les transports des marchandises, les déplacements des salariés, les matériaux utilisés pour les bâtiments ou même la nourriture de la cantine. Il faut enquêter auprès des founisseurs, qui n’ont pas forcément mesurer leurs émissions de gaz à effet de serre. Souvent, les entreprises procèdent par échantillonnage : une banque va mesurer les émissions de quelques agences, pas de toutes, pour en tirer des ratios. Idem pour les enseignes de la grande distribution. Tout dépend aussi du périmètre analysé : est-ce que l’on intègre le siège, les filiales étrangères…

 

GU : Quel est le coût ?

Il n’est pas aussi élevé que le redoutent certaines entreprises. En moyenne, il faut compter entre huit à dix jours de travail d’un expert. Cela comprend la sensibilisation du personnel, très importante pour éviter d’éventuelles résistances pour la remontée des informations, la collecte des données et l’élaboration d’un plan d’action.

 

(Propos recueillis par PL)